Sommaires du BSL

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Numéro 118/1 (2023)

PagesAuteursTitreLienRésumé
vii–lvi Procès-verbaux des séances de l'année 2022 Indisponible
1–25 Nicolas GREGOV et Nicolas MAZZIOTTA Système et argumentation dans les diagrammes syntaxiques d'André Martinet Résumé
La théorie syntaxique élaborée par André Martinet fait usage de diagrammes syntaxiques spécifiques donnant à voir les choix posés par le linguiste. Dans cet article, nous décrivons le système constitué par les diagrammes de Martinet, à partir des concepts sémiotiques de réification et de configuration. Si le système diagrammatique est en grande partie similaire au formalisme de l’arbre dépendanciel (relations binaires hiérarchisées), nous observons divers écarts à cette base dépendancielle. La modélisation du rapport entre le sujet et le prédicat, celle du groupement de monèmes (terme fonctionnaliste renvoyant à une notion proche de celle de morphème), ainsi que celle des monèmes fonctionnels impliquent en effet une complexification du système à travers l’adoption de conventions particulières. En contrepartie, ces dernières renforcent la saillance des éléments-clés de la théorie, témoignant de la dimension argumentative des diagrammes syntaxiques.
27–50 Leïla BEN HAMAD Nouvelles perspectives diachroniques et synchroniques sur l'analogie Résumé
Nous proposons de reconsidérer le processus d’analogie dans son rapport à l’évolution de la langue. Notre objectif est de saisir sa dynamicité complexe, de mettre en évidence ses spécificités, ses contours et ses frontières et de mieux en évaluer le statut épistémologique. Notre optique, tant diachronique que synchronique, est axée sur l’hétérogénéité des définitions et leur empan variable. Nous traitons, d’abord, du terme analogie pris au sens large, indépendamment de toute considération théorique et se situant à l’articulation du (méta)linguistique et du non-linguistique. Nous essayons ensuite de faire le point sur le concept qui réfère techniquement à la langue (ou aux langues) d’une manière explicite en tant que principe d’organisation et, plus particulièrement, en tant que mécanisme d’évolution. Notre propos n’est pas d’expliciter le rapport entre la pérennité d’un mot et les renversements de son sémantisme, en fonction de sa fortune grammaticale et de sa propension annexionniste. Nous ne prétendons pas, non plus, faire une épistémologie exhaustive d’un concept fluide, qui ne peut être assujetti à des règles globales. Nous tenterons une petite esquisse, minimalement suffisante pour situer l’analogie dans la mouvance des processus de changement linguistique.
51–74 Denis CREISSELS Les propositions adnominales et la notion de relativisation Résumé
Cet article discute quelques questions fondamentales dans la perspective de la définition d’un cadre théorique susceptible de rendre compte de la diversité qui existe à travers les langues dans le domaine des constructions dans lesquelles un nom est d’une manière ou d’une autre modifié par une expression dont la structure interne est de type phrastique. Il aborde notamment la question de délimiter, à l’intérieur de ce domaine, ce qui relève ou non de la notion de relativisation. La discussion s’organise à partir d’un examen critique, d’une part de la description des subordonnées relatives dans la Grande Grammaire du Français, et d’autre part de l’approche de la typologie des propositions adnominales (noun modifying clauses) développée par Matsumoto et Comrie.
75–124 Jacques FRANÇOIS, Laurette CHARDON et Justine REYNAUD La polysémie évolutive des vocables du français contemporain visualisée sur la base des entrées historiques du TLFi Résumé
Cette étude est consacrée à l’exploration de la notion de «polysémie évolutive», qui ne pointe pas sur un type particulier de polysémie lexicale, mais sur l’évolution de l’éventail des sens véhiculés par un vocable au fil des siècles, essentiellement par le biais d’extensions de sens, car le déclin d’une partie d’entre eux se laisse difficilement documenter. L’accrétion progressive des sens des vocables polysémiques en français contemporain a fait l’objet d’études approfondies depuis plus d’un siècle, depuis les travaux d’A. Darmesteter jusqu’au dictionnaire historique d’A. Rey en passant par le FEW de W. von Wartburg et les entrées «Étymologie et Histoire» du Trésor de la Langue Française rédigées dans les trois dernières décennies du 20e siècle sur cette base. L’informatisation du TLF a donné lieu à deux niveaux de traitement: formel et fonctionnel (les différentes polices de caractères et leur fonction contextuelle) pour les entrées principales, mais seulement formel pour les entrées historico-étymologiques, ce qui interdit toute enquête transversale. L’objet de notre étude, assise sur trois publications antérieures est double. Il s’agit d’abord de compléter le traitement formel de ces entrées en attribuant une fonction lexicographique diachronique à différents types de segments, notamment les identifiants des multiples rubriques (jusqu’à 154 pour le verbe tenir), la datation de la première attestation de chaque type d’emploi, les collocations en cause, les définitions, etc.). Ensuite ces classes de données sont rassemblées dans un tableau de conversion graphique, lequel permet de construire automatiquement un graphe historique arborescent pour les ± 29000 entrées polysémiques (sur ± 49000 au total). Le but de cette modélisation graphique est de permettre la comparaison entre des types de profils historiques dont la dernière section de l’article donne une illustration en combinaison avec l’exploitation diachronique de FRANTEXT du XIIe siècle à nos jours. La méthode d’interprétation fonctionnelle des segments est explicitée en Annexe.
125–180 Franck FLORICIC Remarques sur les formes possessives en occitan Résumé
La question du possessif peut être abordée de multiples points de vue: du point de vue morphologique, syntaxique ou du point de vue sémantique (cf. la question de la «possession» et de la «sphère personnelle»). L’intérêt des données occitanes présentées dans cette contribution réside tout d’abord dans le fait qu’elles représentent des données dialectales inédites et largement inexploitées dans les travaux de syntaxe ou de morphologie dites «formelles» – il faut bien reconnaître également que les données dialectales romanes sont largement sous-exploitées dans les travaux de typologie linguistique d’une manière générale. On verra en outre que la distinction de la grammaire traditionnelle qui oppose «adjectif» et «pronom» possessif mérite au moins quelques clarifications. On verra enfin que la question du possessif rencontre aussi inévitablement celle de la cliticisation.
181–206 Romain GARNIER On the mi-na-Gerundives in Hieroglyphic Luwian Résumé
The traditional interpretation of HLuw. -mi-na (once -mi-i-na) as a first-person plural indicative has been dismissed by Melchert, who established that these forms are 'gerundives', not showing agreement with the patient, which always stands in the nominative, for instance in the clause: 30 OVIS-sa … ¦DARE-mi-na (KULULU lead strip 2: obv., §1) '30 sheep (are) to be given'. These patient-oriented deontic predicates with nul-copula must reflect a petrified case form of a verbal noun. Melchert cautiously suggested a lenghtened-grade endingless locative (PIE *-mēn > Luw. *-mīn > HLuw. */mīn/ written ‹mi-na›), a reading as */mīn/ built on by Pinault with a different analysis (PIE *-mh1-ḗn [HK]). Differently, García-Ramón proposed an allative to a -mn-stem (viz. PA *-mn-ā), but the regular outcome of non-initial PA *-mn- is HLuw. *-mm-, with assimilation (by contrast with PA *mnā- ‘to see, look upon’ > CLuw. manā- and HLuw. */mana-(-di)/ both with anaptyctic -a-). As a result, the alleged Luwian etymon *piyámmn-ā ‘to give/to be given’ should surface as HLuw. **/piyamma/. No matter how clever these reconstructions may be, they are not compelling, since the -mi-na-forms under consideration are very late and appear in Iron Age Hieroglyphic Luwian only. I rather suggest a phrase *piyámmiy⸗ánni ‘for donation, to give’ with (i) apocope (*piyámmiy⸗án) and (ii) syncope (*piyámmīn), written ‹DARE-mi-na›. This would be the dative of a productive verbal noun in -ámman hosting the postposition ⸗ánni ‘with, for, to’. The seldom spelling ‹mi-i-na› (SULTANHAN §3) could therefore be vindicated as a plene writing, as per Vertegaal. The adduced phonetics are echoed by the evolution of HLuw. */tāwiy⸗ánni/ > */tāwiyán/ > */tāwīn/ ‘towards; against’ (undoubtedly a calque of Aram. l-ʕyn /lǝʕēn/ [prep.] ‘before one’s eyes; face to face; publicly’).
207–233 Elena SQUERI Pour une origine commune des formes grecques βρυχάομαι, βρύχω et βρύκω Résumé
Les dictionnaires étymologiques modernes de la langue grecque sont prudents face à la possibilité de postuler une origine commune pour le verbe βρυχάομαι («râler», «grogner») – une forme tirée secondairement du parfait homérique βέβρυχα – et les formes βρύχω et βρύκω. On trouve βρύχω et βρύκω avec les deux signifiés de «faire claquer des dents» et de «mordre», «dévorer», sans qu’il soit possible de les attribuer aux deux formes de façon réciproquement exclusive. Cette contribution montre qu’il est possible d’identifier dans βέβρυχα homérique une origine commune pour les trois formes, à la fois du point de vue morphologique et du point de vue sémantique. Un facteur fondamental pour cette démonstration c’est l’emploi fait de βρύχω par la Collection hippocratique, pour exprimer un symptôme qui est proche du sens moderne de «faire claquer des dents». Ce signifié de βρύχω se rapproche à celui de βρυχάομαι, même s’il est lié à la forme active, à laquelle, en revanche, on attribue normalement la valeur de «mordre», «dévorer».
235–274 Agnès LENEPVEU-HOTZ Comparaison du système verbal du tat avec celui du persan Résumé
Le tat et le persan sont deux langues iraniennes du rameau sud-ouest. Malgré leur non-intelligibilité, elles ont de si nombreux points communs que la question de leur rapport s’est toujours posée. Certaines descriptions considèrent le tat comme une sorte de variété dialectale du persan, alors que d’autres expliquent que le tat dérive d’une langue iranienne du sud-ouest proche du persan. Qu’en est-il exactement de leur parenté? Cet article entend répondre à cette question, mais dans une perspective diachronique. En comparant leurs systèmes verbaux respectifs, on constate que la grande majorité des formes qui les composent sont identiques, aussi bien celles ressortissant au système Temps-Aspect-Mode (Section 2) que les formes non finies et le passif (Section 3), ou encore les formes de la copule et du verbe «être» (Section 4). Or il s’avère que beaucoup de ces formes sont des innovations du persan par rapport à son ancêtre le moyen perse ; et comme certaines d’entre elles ne sont même apparues qu’au 15e siècle, il est difficile de penser que le tat et le persan auraient été deux langues distinctes avant cette époque.
275–288 Guillaume JACQUES Essai de comparaison de la morphologie verbale des langues ram (awtuw et pouye), famille sepik Résumé
Cet article est une première tentative de comparaison de la morphologie verbale des langues ram, l’awtuw et le pouye. Il montre qu’une partie importante de la chaîne préfixale de ces deux langues est constituée de matériau cognat, et est vraisemblablement héritée de leur ancêtre commun.
289–305 Nathaniel A. SIMS Le mouvement associé en rma, une langue sino-tibétaine Résumé
La catégorie grammaticale du «mouvement associé» (MA) est récemment devenue un sujet d’intérêt dans la linguistique transhimalayenne (sino-tibétaine). Cet article présente une enquête préliminaire sur le MA dans la langue rma (Qiang), ici spécifiquement sous la variété yonghe. La langue rma est relativement bien documentée, et les enquêtes antérieures ont démontré que le MA est absent de la plupart des variétés de rma, avec quelques exceptions, comme en yonghe rma. Cette enquête a montré que le MA est plus répandu qu’on ne le croyait auparavant, avec l’attestation de marques de MA, sous divers degrés de grammaticalisation, dans chacun des cinq comtés dans lesquels la langue rma est parlée. On a également observé pour presque toutes les marques de MA qu’elles sont apparemment liées aux verbes indépendants de mouvement, et que le MA de sens itif est préféré au MA de sens ventif dans les textes examinés.
vii–lvi Procès-verbaux des séances de l'année 2022

1–25 Système et argumentation dans les diagrammes syntaxiques d'André Martinet
Nicolas GREGOV et Nicolas MAZZIOTTA
Résumé
La théorie syntaxique élaborée par André Martinet fait usage de diagrammes syntaxiques spécifiques donnant à voir les choix posés par le linguiste. Dans cet article, nous décrivons le système constitué par les diagrammes de Martinet, à partir des concepts sémiotiques de réification et de configuration. Si le système diagrammatique est en grande partie similaire au formalisme de l’arbre dépendanciel (relations binaires hiérarchisées), nous observons divers écarts à cette base dépendancielle. La modélisation du rapport entre le sujet et le prédicat, celle du groupement de monèmes (terme fonctionnaliste renvoyant à une notion proche de celle de morphème), ainsi que celle des monèmes fonctionnels impliquent en effet une complexification du système à travers l’adoption de conventions particulières. En contrepartie, ces dernières renforcent la saillance des éléments-clés de la théorie, témoignant de la dimension argumentative des diagrammes syntaxiques.
27–50 Nouvelles perspectives diachroniques et synchroniques sur l'analogie
Leïla BEN HAMAD
Résumé
Nous proposons de reconsidérer le processus d’analogie dans son rapport à l’évolution de la langue. Notre objectif est de saisir sa dynamicité complexe, de mettre en évidence ses spécificités, ses contours et ses frontières et de mieux en évaluer le statut épistémologique. Notre optique, tant diachronique que synchronique, est axée sur l’hétérogénéité des définitions et leur empan variable. Nous traitons, d’abord, du terme analogie pris au sens large, indépendamment de toute considération théorique et se situant à l’articulation du (méta)linguistique et du non-linguistique. Nous essayons ensuite de faire le point sur le concept qui réfère techniquement à la langue (ou aux langues) d’une manière explicite en tant que principe d’organisation et, plus particulièrement, en tant que mécanisme d’évolution. Notre propos n’est pas d’expliciter le rapport entre la pérennité d’un mot et les renversements de son sémantisme, en fonction de sa fortune grammaticale et de sa propension annexionniste. Nous ne prétendons pas, non plus, faire une épistémologie exhaustive d’un concept fluide, qui ne peut être assujetti à des règles globales. Nous tenterons une petite esquisse, minimalement suffisante pour situer l’analogie dans la mouvance des processus de changement linguistique.
51–74 Les propositions adnominales et la notion de relativisation
Denis CREISSELS
Résumé
Cet article discute quelques questions fondamentales dans la perspective de la définition d’un cadre théorique susceptible de rendre compte de la diversité qui existe à travers les langues dans le domaine des constructions dans lesquelles un nom est d’une manière ou d’une autre modifié par une expression dont la structure interne est de type phrastique. Il aborde notamment la question de délimiter, à l’intérieur de ce domaine, ce qui relève ou non de la notion de relativisation. La discussion s’organise à partir d’un examen critique, d’une part de la description des subordonnées relatives dans la Grande Grammaire du Français, et d’autre part de l’approche de la typologie des propositions adnominales (noun modifying clauses) développée par Matsumoto et Comrie.
75–124 La polysémie évolutive des vocables du français contemporain visualisée sur la base des entrées historiques du TLFi
Jacques FRANÇOIS, Laurette CHARDON et Justine REYNAUD
Résumé
Cette étude est consacrée à l’exploration de la notion de «polysémie évolutive», qui ne pointe pas sur un type particulier de polysémie lexicale, mais sur l’évolution de l’éventail des sens véhiculés par un vocable au fil des siècles, essentiellement par le biais d’extensions de sens, car le déclin d’une partie d’entre eux se laisse difficilement documenter. L’accrétion progressive des sens des vocables polysémiques en français contemporain a fait l’objet d’études approfondies depuis plus d’un siècle, depuis les travaux d’A. Darmesteter jusqu’au dictionnaire historique d’A. Rey en passant par le FEW de W. von Wartburg et les entrées «Étymologie et Histoire» du Trésor de la Langue Française rédigées dans les trois dernières décennies du 20e siècle sur cette base. L’informatisation du TLF a donné lieu à deux niveaux de traitement: formel et fonctionnel (les différentes polices de caractères et leur fonction contextuelle) pour les entrées principales, mais seulement formel pour les entrées historico-étymologiques, ce qui interdit toute enquête transversale. L’objet de notre étude, assise sur trois publications antérieures est double. Il s’agit d’abord de compléter le traitement formel de ces entrées en attribuant une fonction lexicographique diachronique à différents types de segments, notamment les identifiants des multiples rubriques (jusqu’à 154 pour le verbe tenir), la datation de la première attestation de chaque type d’emploi, les collocations en cause, les définitions, etc.). Ensuite ces classes de données sont rassemblées dans un tableau de conversion graphique, lequel permet de construire automatiquement un graphe historique arborescent pour les ± 29000 entrées polysémiques (sur ± 49000 au total). Le but de cette modélisation graphique est de permettre la comparaison entre des types de profils historiques dont la dernière section de l’article donne une illustration en combinaison avec l’exploitation diachronique de FRANTEXT du XIIe siècle à nos jours. La méthode d’interprétation fonctionnelle des segments est explicitée en Annexe.
125–180 Remarques sur les formes possessives en occitan
Franck FLORICIC
Résumé
La question du possessif peut être abordée de multiples points de vue: du point de vue morphologique, syntaxique ou du point de vue sémantique (cf. la question de la «possession» et de la «sphère personnelle»). L’intérêt des données occitanes présentées dans cette contribution réside tout d’abord dans le fait qu’elles représentent des données dialectales inédites et largement inexploitées dans les travaux de syntaxe ou de morphologie dites «formelles» – il faut bien reconnaître également que les données dialectales romanes sont largement sous-exploitées dans les travaux de typologie linguistique d’une manière générale. On verra en outre que la distinction de la grammaire traditionnelle qui oppose «adjectif» et «pronom» possessif mérite au moins quelques clarifications. On verra enfin que la question du possessif rencontre aussi inévitablement celle de la cliticisation.
181–206 On the mi-na-Gerundives in Hieroglyphic Luwian
Romain GARNIER
Résumé
The traditional interpretation of HLuw. -mi-na (once -mi-i-na) as a first-person plural indicative has been dismissed by Melchert, who established that these forms are 'gerundives', not showing agreement with the patient, which always stands in the nominative, for instance in the clause: 30 OVIS-sa … ¦DARE-mi-na (KULULU lead strip 2: obv., §1) '30 sheep (are) to be given'. These patient-oriented deontic predicates with nul-copula must reflect a petrified case form of a verbal noun. Melchert cautiously suggested a lenghtened-grade endingless locative (PIE *-mēn > Luw. *-mīn > HLuw. */mīn/ written ‹mi-na›), a reading as */mīn/ built on by Pinault with a different analysis (PIE *-mh1-ḗn [HK]). Differently, García-Ramón proposed an allative to a -mn-stem (viz. PA *-mn-ā), but the regular outcome of non-initial PA *-mn- is HLuw. *-mm-, with assimilation (by contrast with PA *mnā- ‘to see, look upon’ > CLuw. manā- and HLuw. */mana-(-di)/ both with anaptyctic -a-). As a result, the alleged Luwian etymon *piyámmn-ā ‘to give/to be given’ should surface as HLuw. **/piyamma/. No matter how clever these reconstructions may be, they are not compelling, since the -mi-na-forms under consideration are very late and appear in Iron Age Hieroglyphic Luwian only. I rather suggest a phrase *piyámmiy⸗ánni ‘for donation, to give’ with (i) apocope (*piyámmiy⸗án) and (ii) syncope (*piyámmīn), written ‹DARE-mi-na›. This would be the dative of a productive verbal noun in -ámman hosting the postposition ⸗ánni ‘with, for, to’. The seldom spelling ‹mi-i-na› (SULTANHAN §3) could therefore be vindicated as a plene writing, as per Vertegaal. The adduced phonetics are echoed by the evolution of HLuw. */tāwiy⸗ánni/ > */tāwiyán/ > */tāwīn/ ‘towards; against’ (undoubtedly a calque of Aram. l-ʕyn /lǝʕēn/ [prep.] ‘before one’s eyes; face to face; publicly’).
207–233 Pour une origine commune des formes grecques βρυχάομαι, βρύχω et βρύκω
Elena SQUERI
Résumé
Les dictionnaires étymologiques modernes de la langue grecque sont prudents face à la possibilité de postuler une origine commune pour le verbe βρυχάομαι («râler», «grogner») – une forme tirée secondairement du parfait homérique βέβρυχα – et les formes βρύχω et βρύκω. On trouve βρύχω et βρύκω avec les deux signifiés de «faire claquer des dents» et de «mordre», «dévorer», sans qu’il soit possible de les attribuer aux deux formes de façon réciproquement exclusive. Cette contribution montre qu’il est possible d’identifier dans βέβρυχα homérique une origine commune pour les trois formes, à la fois du point de vue morphologique et du point de vue sémantique. Un facteur fondamental pour cette démonstration c’est l’emploi fait de βρύχω par la Collection hippocratique, pour exprimer un symptôme qui est proche du sens moderne de «faire claquer des dents». Ce signifié de βρύχω se rapproche à celui de βρυχάομαι, même s’il est lié à la forme active, à laquelle, en revanche, on attribue normalement la valeur de «mordre», «dévorer».
235–274 Comparaison du système verbal du tat avec celui du persan
Agnès LENEPVEU-HOTZ
Résumé
Le tat et le persan sont deux langues iraniennes du rameau sud-ouest. Malgré leur non-intelligibilité, elles ont de si nombreux points communs que la question de leur rapport s’est toujours posée. Certaines descriptions considèrent le tat comme une sorte de variété dialectale du persan, alors que d’autres expliquent que le tat dérive d’une langue iranienne du sud-ouest proche du persan. Qu’en est-il exactement de leur parenté? Cet article entend répondre à cette question, mais dans une perspective diachronique. En comparant leurs systèmes verbaux respectifs, on constate que la grande majorité des formes qui les composent sont identiques, aussi bien celles ressortissant au système Temps-Aspect-Mode (Section 2) que les formes non finies et le passif (Section 3), ou encore les formes de la copule et du verbe «être» (Section 4). Or il s’avère que beaucoup de ces formes sont des innovations du persan par rapport à son ancêtre le moyen perse ; et comme certaines d’entre elles ne sont même apparues qu’au 15e siècle, il est difficile de penser que le tat et le persan auraient été deux langues distinctes avant cette époque.
275–288 Essai de comparaison de la morphologie verbale des langues ram (awtuw et pouye), famille sepik
Guillaume JACQUES
Résumé
Cet article est une première tentative de comparaison de la morphologie verbale des langues ram, l’awtuw et le pouye. Il montre qu’une partie importante de la chaîne préfixale de ces deux langues est constituée de matériau cognat, et est vraisemblablement héritée de leur ancêtre commun.
289–305 Le mouvement associé en rma, une langue sino-tibétaine
Nathaniel A. SIMS
Résumé
La catégorie grammaticale du «mouvement associé» (MA) est récemment devenue un sujet d’intérêt dans la linguistique transhimalayenne (sino-tibétaine). Cet article présente une enquête préliminaire sur le MA dans la langue rma (Qiang), ici spécifiquement sous la variété yonghe. La langue rma est relativement bien documentée, et les enquêtes antérieures ont démontré que le MA est absent de la plupart des variétés de rma, avec quelques exceptions, comme en yonghe rma. Cette enquête a montré que le MA est plus répandu qu’on ne le croyait auparavant, avec l’attestation de marques de MA, sous divers degrés de grammaticalisation, dans chacun des cinq comtés dans lesquels la langue rma est parlée. On a également observé pour presque toutes les marques de MA qu’elles sont apparemment liées aux verbes indépendants de mouvement, et que le MA de sens itif est préféré au MA de sens ventif dans les textes examinés.