| Pages | Auteurs | Titre | Lien | Résumé |
|---|---|---|---|---|
| li–lxii | Nécrologies | Indisponible | ||
| vii–xlix | Procès-verbaux des séances de l'année 2018 | Indisponible | ||
| 1–54 | André WŁODARCZYK et Hélène WŁODARCZYK | Qu'est-ce au juste que la prédication? | Résumé | |
| Il est d’usage d’emprunter à la logique élémentaire la définition du prédicat pour représenter toutes sortes de relations linguistiques: syntaxiques, sémantiques et parfois même pragmatiques. Or, la définition du prédicat en logique formelle s’écarte de sa définition d’origine langagière donnée par Platon dans les termes de l’opposition entre ‘noms’ et ‘prédicables’ (onoma et rhema). En fait, la définition du prédicat logique suit celle d’Aristote qui a remplacé la définition de Platon par celle de 'mettre (des termes) en rapport' en vue du raisonnement. L’approche que nous proposons pour analyser la prédication linguistique s’inscrit à présent dans le programme de la Grammaire répartie (GR) que nous élaborons depuis plus de deux décennies. Nous postulons que la structure du contenu des énoncés linguistiques se compose d’au moins trois couches d’information: à côté du niveau ortho-informatif (strictement sémantique) de la signification, il convient de dégager un niveau para-informatif de l’identification et un niveau méta-informatif de la prédication. En effet, c’est le fait de présélectionner des participants et/ou des repères spatio-temporels, en même temps que leurs perspectives respectives, qui crée de la para-information. De même, c’est le fait de concentrer son attention sur un ou même deux rôles et/ou ancrages spatio-temporels de l’ortho-information qui crée de la méta-information. La théorie du centrage méta-informatif de l’énoncé (CMI), permet de construire des modèles plus adéquats de la prédication linguistique indépendamment du sens que les logiciens ont donné au terme de prédicat. Notons que le prédicat et ses arguments tels qu’il sont définis en logique ne permettent pas de rendre compte de la nature du sujet et du complément d’objet direct. Le caractère séquentiel du discours impose de privilégier (distinguer, mettre en valeur) certains éléments des situations sémantiques dont les opérations mentales sont, elles, de nature à la fois incrémentales et parallèles. | ||||
| 55–93 | Ivaylo BUROV | L'harmonisation vocalique du français dans le contexte des harmonies de hauteur De l'universel au particulier |
Résumé | |
| Cet article passe en revue les diverses variables d’un processus caractéristique de la phonologie du français, désigné parfois abusivement du terme d’harmonie vocalique, afin de les rattacher ou de les opposer à certains paramètres translinguistiques des harmonies de hauteur. Au-delà de quelques ressemblances curieuses, l’analyse contrastive fait apparaître des différences liées à la directionnalité et surtout au caractère non phonologisé du patron harmonique observé en français. Cette étude propose aussi une formalisation originale des phénomènes d’harmonisation du degré d’aperture des voyelles dans le cadre de la Théorie de la binarité relative (TBR) qui consiste en un modèle de l’interaction segmentale recourant à des primitives phonologiques à la fois binaires et polyvalentes. Contrairement aux cadres phonologiques qui ont été proposés précédemment, la TBR a l’avantage de rendre compte de manière naturelle de l’effet du déclencheur faible, qui est à l’origine de nombreux processus harmoniques, et de distinguer formellement les changements catégoriels (ayant lieu sur le plan phonologique) des changements non catégoriels (ou allophoniques). | ||||
| 95–122 | Jorge Juan VEGA Y VEGA | Être ou ne pas être dans les nuages! Constructions locatives à verbe être et sens « figuré » |
Résumé | |
| Cette étude prétend montrer comment les nombreuses constructions locatives déployées par le verbe être peuvent expliquer la progressive organisation interne de ce verbe essentiel à la langue. En réalité, dans la constitution linguistique du verbe être, aussi bien historiquement qu’en synchronie actuelle, le repérage cognitif du corps vivant joue un rôle décisif. C’est ce repère cognitif qui est à la base de l’avènement du sens figuré. | ||||
| 123–180 | Jan GOES | Une petite grammaire de grand Pour une hypothèse unitaire concernant la classe des adjectifs en français |
Résumé | |
| L’histoire récente de la catégorie adjectivale en français moderne a été marquée par deux discussions cruciales concernant sa classification. Après la création de la catégorie du déterminant, on aurait pu croire que la catégorie de l’adjectif constituait une classe homogène; une première discussion (années soixante) a néanmoins abouti à la création de la sous-classe des adjectifs de relation, tandis qu’une deuxième discussion sur les adjectifs dits sans qualités (années deux-mille) a mené à l’identification des adjectifs du troisième type. Si ces recherches ont incontestablement contribué à une meilleure connaissance des adjectifs, elles ont également mené à une grande fragmentation en classes et sous-classes. Ainsi, il y aurait au moins trois types de grand: un adjectif qualificatif, un adjectif relationnel, et un adjectif du troisième type. Ce dernier serait encore à subdiviser en grand, adjectif d’intensité, grand, adjectif de mesure et grand, adjectif de quantification des traits. Il y aurait aussi un grand classifiant, voire un grand affectif. Nous avons pris cet adjectif comme objet pour effectuer une autre analyse: notre hypothèse fondamentale est que l’adjectif prend une grande partie de son sens du substantif qu’il qualifie. Ceci permet de constater qu’on a affaire à un seul adjectif grand, en différents emplois. Cette hypothèse unitaire nous a déjà permis de constater qu’un même adjectif dénominal comme royal est en emploi qualificatif ou relationnel selon le substantif support (le palais royal, un salaire royal); appliquée à grand, elle permet une analyse syntactico-sémantique plus fine, tout en gardant l’unité de la catégorie. Cette analyse nous permet aussi d’émettre des hypothèses plus générales concernant le comportement syntactico-sémantique des adjectifs en français. | ||||
| 181–205 | Danh Thành DO-HURINVILLE | Regard sur le couple futur antérieur/passé composé dans la presse française contemporaine | Résumé | |
| Cet article a pour objectif d’étudier le fonctionnement du couple FA/PC dans la presse écrite. L’examen de plusieurs articles de la presse sportive montre que le FA est essentiellement utilisé de nos jours dans des positions communicatives stratégiques (titre, sous-titre, phrase d’attaque, chute), alors que le PC est employé dans le chapeau, la légende, ou le corps de texte. Le FA rétrospectif est certes commutable avec le PC, mais cette commutation n’est pas sans incidence sémantique. En effet, si les procès au PC sont interprétés comme factuels, en revanche, ceux au FA sont représentés comme exceptionnels ou n’ayant pas été attendus. | ||||
| 207–226 | Jean-Pierre KHERLAKIAN | Le subjonctif « réflexif » du latin Genèse et développement |
Résumé | |
| Le subjonctif accompagnant cum causal a été rapproché par Kuryłowicz de celui du discours indirect: à l’instar de quod + subj., il caractérise à l’origine des propositions causales « subjectives », reflétant l’état mental du sujet de la principale. On montre ici que par-delà leur affinité avec les conditionnelles « subjectives » (si = « pour voir si, dans l’espoir que »), ces deux types propositionnels entretiennent un rapport étroit avec l’opposition potentiel : irréel, à laquelle ils ont été historiquement annexés. Cette connexion de l’hypothétique et du causal apparaît aussi dans l’évolution sémantique des conjonctions quasi et tamquam, qui peuvent introduire des propositions énonçant une raison qu’on écarte comme imaginaire. Tous ces emplois trouvent leur place dans un système brøndalien. Le fondement personnel → non personnel a joué ici un rôle décisif, en rendant possible la genèse de fonctions « désubjectives », dérivées de la structure nucléaire: subordonnées causales en cum dépendant d’une principale à sujet non personnel, emploi causal « objectif » de quasi et tamquam, s’opposant à l’origine à quod « sous prétexte que », subjonctif de l’interrogation indirecte, motivé par celui des conditionnelles et des interrogatives subjectives. En marge de ce système, les propositions adversatives en cum représentent une bifurcation sémantique des causales correspondantes; mais le subjonctif peut déjà n’y exprimer qu’une simple emphase contrastive (sans réflexivité), ouvrant ainsi la voie à cum historicum. Quant aux propositions consécutives, elles ont hérité du subjonctif (non réflexif, mais prospectif) des finales dominantes, sans que le mode succède ici à un ancien indicatif, contrairement à l’opinion de Kuryłowicz. | ||||
| 227–290 | Charles DE LAMBERTERIE | Un nom du « jeune bovin », du « fils » et de la « jeune fille » en indo-européen balkanique | Indisponible | |
| 291–320 | Alain BLANC | Le verbe grec εὐθενέω/εὐθηνέω, l'adjectif grec moderne φτηνός, et l'expression indo-européenne *h1ésu *dheh1- | Résumé | |
| Le verbe εὐθηνέω/εὐθενέω et le substantif εὐθηνία/εὐθένεια sont des termes tout à fait courants en grec classique pour dire « être en bonne forme, être florissant » et « bonne forme, bon état, prospérité, abondance ». L’étymologie est d’autant plus difficile à établir que l’on ne sait pas s’il faut partir des formes en -η- ou des formes en -ε-. On a souvent posé un adjectif sigmatique *εὐθενής et on a rapproché l’adjectif védique āhanás- « lascif, lubrique ». On montre ici que εὐθηνέω et εὐθηνία supposent plutôt un adjectif thématique *εὐθηνος, qui a été employé comme anthroponyme (Εὔθηνος) et qui se trouve même peut-être à la base de l’adjectif φτηνός du grec moderne (« à bon marché, de bas prix »), si ce dernier n’est pas un dérivé inverse de εὐθηνέω et εὐθηνία. Après examen du sens précis de ces termes, il apparaît qu’ils sont très proches de l’adjectif εὔθετος « bien disposé, bien établi », du verbe εὐθετέω « être en bon état » et de l’expression εὖ τιθέναι/εὖ θεῖναι « mettre en bon état, bien arranger ». Posant la question de savoir s’il y a eu une expression indo-européenne *h1ésu *dheh1- signifiant « bien établir, bien disposer » (cf. védique súdhita- « bien placé, bien disposé »), on reconnaît dans εὐθηνέω et εὐθενέω la racine θη-/θε- de la famille de τίθημι, le vocalisme bref pouvant s’expliquer par une innovation. | ||||
| 321–340 | Romain GARNIER | Sur le grec χρή « falloir » | Résumé | |
| La racine gr. χρη- « falloir/être utile/être nécessaire/faire défaut » n’a point reçu d’étymologie satisfaisante à ce jour: l’obstacle heuristique majeur en est la profusion de ses ramifications sémantiques, qui aboutissent à quatre racines fort distinctes en synchronie (« utiliser », « consulter un oracle », « devoir/falloir » et « être dans le besoin »). Si la hiérarchisation diachronique de ces acceptions protéiformes dessine une manière de nœud gordien, la nature aberrante du type nominal χρή « il faut » (Hom.+), de genre inconnu, employé en fonction de prédicat verbal sans copule, enferme des difficultés considérables (le postulat d’un ancien nom-racine de genre neutre †ĝʱréh1 « besoin » est des moins vraisemblables, de même qu’une formation cvi à l’instrumental †ĝʱr-éh1 « en désir » sur thème d’un autre nom-racine imaginaire †ĝʱér- « désir »). L’on ne s’est guère avisé jusque là qu’un tel Transponat (je n’ose dire étymon) dût être reflété par hom. **χρῆ. La présente contribution propose donc une analyse toute différente afin de rendre compte du statut synchronique de ce vocable dont la résistance à l’exégèse est peu commune, même au sein du grec. L’étude du gr. χρη- « falloir/être utile/être nécessaire/faire défaut » invite à reconstruire une nouvelle racine indo-européenne de forme *ĝʱer- « raccourcir, castrer, affaiblir, amoindrir », dont le versant essif en est venu à désigner la privation, à l’instar du lat. careō « manquer », et fournir à l’expression d’un verbe d’obligation (ce qui s’observe aussi pour l’osque kasit « il faut »). On peut reconstruire un paradigme i.-e. *ĝʱér-ōs, acc. *ĝʱr-ós-ṃ, loc. *ĝʱr-és f. « shortness, shortage », source d’un dérivé externe *ĝʱres-ṷó- « provided with shortness » (véd. hrasvá- « court, petit, insignifiant, faible »), doublon d’un dérivé interne à vṛddhi i.-e. *ĝʱrēs-ó- adj. « relatif au manque », d’où « manquant, qui fait défaut » (cf. gr. com. *χρηh-óς). Cet adjectif fournissait une construction en fonction de prédicat verbal *χρηh-ά n. pl. « il fait défaut, il manque » élidé devant voyelle, d’où hom. *χρή’ (cf. μ 154 χρὴ p ἕνα) avec généralisation analogique de χρή devant consonne. Cette proposition étymologique vient confirmer le type rare d’hom. ἐμοὶ φίλ(α) ἀληθέα μυθήσασθαι (ρ 15) « j’aime à dire la vérité ». | ||||
| 341–383 | Marc BAVANT | À propos d'éventuels cognats caucasiques en élamite | Résumé | |
| La question de la parenté de l’élamite reste ouverte. Cette langue, attestée par des inscriptions cunéiformes datées d’entre les 23e et 4e siècles avant notre ère, était parlée en plusieurs points du territoire de l’actuel Iran, donc non loin du Caucase. Si, peu après sa découverte, l’hypothèse de sa parenté avec les langues caucasiques a été promptement évoquée, elle n’a jamais été fondée de manière plus convaincante que les diverses autres conjectures de cet ordre, comme l’hypothèse élamo-dravidienne, qui semble s’être plus ou moins imposée dans les esprits. Le présent article entend reprendre l’étude de l’hypothèse élamo-caucasique sur de nouvelles bases. Il commence par souligner les écueils d’une démarche qui concerne une langue assez mal connue, l’élamite, et le très vaste ensemble des langues caucasiques, dont la parenté interne n’est pas totalement établie, et qui sont soumises à de fortes influences aréales; écueils d’une démarche qui doit aussi s’appuyer sur des « ressemblances » entre faits de langue terriblement distants dans le temps. L’article dévoile ensuite des parallèles fonctionnels élamo-caucasiques fondés sur le rôle important de l’accord de classe nominale dans l’expression de la dépendance syntaxique. Puis il présente des parallèles lexicaux, peu nombreux, mais qui peuvent être frappants, comme celui de l’élamite kur-pi « mains », qui semble avoir de nombreux cognats en caucasique du Nord-Est (avar kwer, oudi kul… « main »). Mais l’article évoque aussi sans ambages les dissemblances entre les langues comparées, dont la plus frappante, qui concerne les systèmes phonologiques, n’est pourtant pas rédhibitoire pour l’hypothèse qu’il soutient. En conclusion, il est affirmé que l’hypothèse élamo-caucasique, vue sous cet angle neuf, est à prendre sérieusement en considération dans les développements à venir de l’élamologie. | ||||
| 385–458 | Daniel PETIT | Ab urbe condita Le participe dominant et son ellipse dans les langues baltiques |
Résumé | |
| La notion de « participe dominant » a été introduite il y a environ 50 ans pour rendre compte de la construction latine bien connue du type ab urbe condita « depuis la cité ayant été fondée » (= « depuis la fondation de la cité »). Cette construction est largement attestée en latin comme en grec et a laissé des traces significatives en gotique, mais on sait moins qu’elle a existé aussi en vieux lituanien, avec des restrictions spécifiques qui l’ont rapprochée plus étroitement de la construction du datif absolu. L’objet du présent article est de décrire l’extension du type ab urbe condita en baltique et de proposer une interprétation de sa structure à la lumière de ces données nouvelles. | ||||
| 459–477 | Irina FOUGERON | Pages d'archives inédites Karcevski, Bally... |
Indisponible | |
| li–lxii | Nécrologies |
| vii–xlix | Procès-verbaux des séances de l'année 2018 |
| 1–54 | Qu'est-ce au juste que la prédication? André WŁODARCZYK et Hélène WŁODARCZYK Résumé |
| Il est d’usage d’emprunter à la logique élémentaire la définition du prédicat pour représenter toutes sortes de relations linguistiques: syntaxiques, sémantiques et parfois même pragmatiques. Or, la définition du prédicat en logique formelle s’écarte de sa définition d’origine langagière donnée par Platon dans les termes de l’opposition entre ‘noms’ et ‘prédicables’ (onoma et rhema). En fait, la définition du prédicat logique suit celle d’Aristote qui a remplacé la définition de Platon par celle de 'mettre (des termes) en rapport' en vue du raisonnement. L’approche que nous proposons pour analyser la prédication linguistique s’inscrit à présent dans le programme de la Grammaire répartie (GR) que nous élaborons depuis plus de deux décennies. Nous postulons que la structure du contenu des énoncés linguistiques se compose d’au moins trois couches d’information: à côté du niveau ortho-informatif (strictement sémantique) de la signification, il convient de dégager un niveau para-informatif de l’identification et un niveau méta-informatif de la prédication. En effet, c’est le fait de présélectionner des participants et/ou des repères spatio-temporels, en même temps que leurs perspectives respectives, qui crée de la para-information. De même, c’est le fait de concentrer son attention sur un ou même deux rôles et/ou ancrages spatio-temporels de l’ortho-information qui crée de la méta-information. La théorie du centrage méta-informatif de l’énoncé (CMI), permet de construire des modèles plus adéquats de la prédication linguistique indépendamment du sens que les logiciens ont donné au terme de prédicat. Notons que le prédicat et ses arguments tels qu’il sont définis en logique ne permettent pas de rendre compte de la nature du sujet et du complément d’objet direct. Le caractère séquentiel du discours impose de privilégier (distinguer, mettre en valeur) certains éléments des situations sémantiques dont les opérations mentales sont, elles, de nature à la fois incrémentales et parallèles. | |
| 55–93 | L'harmonisation vocalique du français dans le contexte des harmonies de hauteur De l'universel au particulier Ivaylo BUROV Résumé |
| Cet article passe en revue les diverses variables d’un processus caractéristique de la phonologie du français, désigné parfois abusivement du terme d’harmonie vocalique, afin de les rattacher ou de les opposer à certains paramètres translinguistiques des harmonies de hauteur. Au-delà de quelques ressemblances curieuses, l’analyse contrastive fait apparaître des différences liées à la directionnalité et surtout au caractère non phonologisé du patron harmonique observé en français. Cette étude propose aussi une formalisation originale des phénomènes d’harmonisation du degré d’aperture des voyelles dans le cadre de la Théorie de la binarité relative (TBR) qui consiste en un modèle de l’interaction segmentale recourant à des primitives phonologiques à la fois binaires et polyvalentes. Contrairement aux cadres phonologiques qui ont été proposés précédemment, la TBR a l’avantage de rendre compte de manière naturelle de l’effet du déclencheur faible, qui est à l’origine de nombreux processus harmoniques, et de distinguer formellement les changements catégoriels (ayant lieu sur le plan phonologique) des changements non catégoriels (ou allophoniques). | |
| 95–122 | Être ou ne pas être dans les nuages! Constructions locatives à verbe être et sens « figuré » Jorge Juan VEGA Y VEGA Résumé |
| Cette étude prétend montrer comment les nombreuses constructions locatives déployées par le verbe être peuvent expliquer la progressive organisation interne de ce verbe essentiel à la langue. En réalité, dans la constitution linguistique du verbe être, aussi bien historiquement qu’en synchronie actuelle, le repérage cognitif du corps vivant joue un rôle décisif. C’est ce repère cognitif qui est à la base de l’avènement du sens figuré. | |
| 123–180 | Une petite grammaire de grand Pour une hypothèse unitaire concernant la classe des adjectifs en français Jan GOES Résumé |
| L’histoire récente de la catégorie adjectivale en français moderne a été marquée par deux discussions cruciales concernant sa classification. Après la création de la catégorie du déterminant, on aurait pu croire que la catégorie de l’adjectif constituait une classe homogène; une première discussion (années soixante) a néanmoins abouti à la création de la sous-classe des adjectifs de relation, tandis qu’une deuxième discussion sur les adjectifs dits sans qualités (années deux-mille) a mené à l’identification des adjectifs du troisième type. Si ces recherches ont incontestablement contribué à une meilleure connaissance des adjectifs, elles ont également mené à une grande fragmentation en classes et sous-classes. Ainsi, il y aurait au moins trois types de grand: un adjectif qualificatif, un adjectif relationnel, et un adjectif du troisième type. Ce dernier serait encore à subdiviser en grand, adjectif d’intensité, grand, adjectif de mesure et grand, adjectif de quantification des traits. Il y aurait aussi un grand classifiant, voire un grand affectif. Nous avons pris cet adjectif comme objet pour effectuer une autre analyse: notre hypothèse fondamentale est que l’adjectif prend une grande partie de son sens du substantif qu’il qualifie. Ceci permet de constater qu’on a affaire à un seul adjectif grand, en différents emplois. Cette hypothèse unitaire nous a déjà permis de constater qu’un même adjectif dénominal comme royal est en emploi qualificatif ou relationnel selon le substantif support (le palais royal, un salaire royal); appliquée à grand, elle permet une analyse syntactico-sémantique plus fine, tout en gardant l’unité de la catégorie. Cette analyse nous permet aussi d’émettre des hypothèses plus générales concernant le comportement syntactico-sémantique des adjectifs en français. | |
| 181–205 | Regard sur le couple futur antérieur/passé composé dans la presse française contemporaine Danh Thành DO-HURINVILLE Résumé |
| Cet article a pour objectif d’étudier le fonctionnement du couple FA/PC dans la presse écrite. L’examen de plusieurs articles de la presse sportive montre que le FA est essentiellement utilisé de nos jours dans des positions communicatives stratégiques (titre, sous-titre, phrase d’attaque, chute), alors que le PC est employé dans le chapeau, la légende, ou le corps de texte. Le FA rétrospectif est certes commutable avec le PC, mais cette commutation n’est pas sans incidence sémantique. En effet, si les procès au PC sont interprétés comme factuels, en revanche, ceux au FA sont représentés comme exceptionnels ou n’ayant pas été attendus. | |
| 207–226 | Le subjonctif « réflexif » du latin Genèse et développement Jean-Pierre KHERLAKIAN Résumé |
| Le subjonctif accompagnant cum causal a été rapproché par Kuryłowicz de celui du discours indirect: à l’instar de quod + subj., il caractérise à l’origine des propositions causales « subjectives », reflétant l’état mental du sujet de la principale. On montre ici que par-delà leur affinité avec les conditionnelles « subjectives » (si = « pour voir si, dans l’espoir que »), ces deux types propositionnels entretiennent un rapport étroit avec l’opposition potentiel : irréel, à laquelle ils ont été historiquement annexés. Cette connexion de l’hypothétique et du causal apparaît aussi dans l’évolution sémantique des conjonctions quasi et tamquam, qui peuvent introduire des propositions énonçant une raison qu’on écarte comme imaginaire. Tous ces emplois trouvent leur place dans un système brøndalien. Le fondement personnel → non personnel a joué ici un rôle décisif, en rendant possible la genèse de fonctions « désubjectives », dérivées de la structure nucléaire: subordonnées causales en cum dépendant d’une principale à sujet non personnel, emploi causal « objectif » de quasi et tamquam, s’opposant à l’origine à quod « sous prétexte que », subjonctif de l’interrogation indirecte, motivé par celui des conditionnelles et des interrogatives subjectives. En marge de ce système, les propositions adversatives en cum représentent une bifurcation sémantique des causales correspondantes; mais le subjonctif peut déjà n’y exprimer qu’une simple emphase contrastive (sans réflexivité), ouvrant ainsi la voie à cum historicum. Quant aux propositions consécutives, elles ont hérité du subjonctif (non réflexif, mais prospectif) des finales dominantes, sans que le mode succède ici à un ancien indicatif, contrairement à l’opinion de Kuryłowicz. | |
| 227–290 | Un nom du « jeune bovin », du « fils » et de la « jeune fille » en indo-européen balkanique Charles DE LAMBERTERIE |
| 291–320 | Le verbe grec εὐθενέω/εὐθηνέω, l'adjectif grec moderne φτηνός, et l'expression indo-européenne *h1ésu *dheh1- Alain BLANC Résumé |
| Le verbe εὐθηνέω/εὐθενέω et le substantif εὐθηνία/εὐθένεια sont des termes tout à fait courants en grec classique pour dire « être en bonne forme, être florissant » et « bonne forme, bon état, prospérité, abondance ». L’étymologie est d’autant plus difficile à établir que l’on ne sait pas s’il faut partir des formes en -η- ou des formes en -ε-. On a souvent posé un adjectif sigmatique *εὐθενής et on a rapproché l’adjectif védique āhanás- « lascif, lubrique ». On montre ici que εὐθηνέω et εὐθηνία supposent plutôt un adjectif thématique *εὐθηνος, qui a été employé comme anthroponyme (Εὔθηνος) et qui se trouve même peut-être à la base de l’adjectif φτηνός du grec moderne (« à bon marché, de bas prix »), si ce dernier n’est pas un dérivé inverse de εὐθηνέω et εὐθηνία. Après examen du sens précis de ces termes, il apparaît qu’ils sont très proches de l’adjectif εὔθετος « bien disposé, bien établi », du verbe εὐθετέω « être en bon état » et de l’expression εὖ τιθέναι/εὖ θεῖναι « mettre en bon état, bien arranger ». Posant la question de savoir s’il y a eu une expression indo-européenne *h1ésu *dheh1- signifiant « bien établir, bien disposer » (cf. védique súdhita- « bien placé, bien disposé »), on reconnaît dans εὐθηνέω et εὐθενέω la racine θη-/θε- de la famille de τίθημι, le vocalisme bref pouvant s’expliquer par une innovation. | |
| 321–340 | Sur le grec χρή « falloir » Romain GARNIER Résumé |
| La racine gr. χρη- « falloir/être utile/être nécessaire/faire défaut » n’a point reçu d’étymologie satisfaisante à ce jour: l’obstacle heuristique majeur en est la profusion de ses ramifications sémantiques, qui aboutissent à quatre racines fort distinctes en synchronie (« utiliser », « consulter un oracle », « devoir/falloir » et « être dans le besoin »). Si la hiérarchisation diachronique de ces acceptions protéiformes dessine une manière de nœud gordien, la nature aberrante du type nominal χρή « il faut » (Hom.+), de genre inconnu, employé en fonction de prédicat verbal sans copule, enferme des difficultés considérables (le postulat d’un ancien nom-racine de genre neutre †ĝʱréh1 « besoin » est des moins vraisemblables, de même qu’une formation cvi à l’instrumental †ĝʱr-éh1 « en désir » sur thème d’un autre nom-racine imaginaire †ĝʱér- « désir »). L’on ne s’est guère avisé jusque là qu’un tel Transponat (je n’ose dire étymon) dût être reflété par hom. **χρῆ. La présente contribution propose donc une analyse toute différente afin de rendre compte du statut synchronique de ce vocable dont la résistance à l’exégèse est peu commune, même au sein du grec. L’étude du gr. χρη- « falloir/être utile/être nécessaire/faire défaut » invite à reconstruire une nouvelle racine indo-européenne de forme *ĝʱer- « raccourcir, castrer, affaiblir, amoindrir », dont le versant essif en est venu à désigner la privation, à l’instar du lat. careō « manquer », et fournir à l’expression d’un verbe d’obligation (ce qui s’observe aussi pour l’osque kasit « il faut »). On peut reconstruire un paradigme i.-e. *ĝʱér-ōs, acc. *ĝʱr-ós-ṃ, loc. *ĝʱr-és f. « shortness, shortage », source d’un dérivé externe *ĝʱres-ṷó- « provided with shortness » (véd. hrasvá- « court, petit, insignifiant, faible »), doublon d’un dérivé interne à vṛddhi i.-e. *ĝʱrēs-ó- adj. « relatif au manque », d’où « manquant, qui fait défaut » (cf. gr. com. *χρηh-óς). Cet adjectif fournissait une construction en fonction de prédicat verbal *χρηh-ά n. pl. « il fait défaut, il manque » élidé devant voyelle, d’où hom. *χρή’ (cf. μ 154 χρὴ p ἕνα) avec généralisation analogique de χρή devant consonne. Cette proposition étymologique vient confirmer le type rare d’hom. ἐμοὶ φίλ(α) ἀληθέα μυθήσασθαι (ρ 15) « j’aime à dire la vérité ». | |
| 341–383 | À propos d'éventuels cognats caucasiques en élamite Marc BAVANT Résumé |
| La question de la parenté de l’élamite reste ouverte. Cette langue, attestée par des inscriptions cunéiformes datées d’entre les 23e et 4e siècles avant notre ère, était parlée en plusieurs points du territoire de l’actuel Iran, donc non loin du Caucase. Si, peu après sa découverte, l’hypothèse de sa parenté avec les langues caucasiques a été promptement évoquée, elle n’a jamais été fondée de manière plus convaincante que les diverses autres conjectures de cet ordre, comme l’hypothèse élamo-dravidienne, qui semble s’être plus ou moins imposée dans les esprits. Le présent article entend reprendre l’étude de l’hypothèse élamo-caucasique sur de nouvelles bases. Il commence par souligner les écueils d’une démarche qui concerne une langue assez mal connue, l’élamite, et le très vaste ensemble des langues caucasiques, dont la parenté interne n’est pas totalement établie, et qui sont soumises à de fortes influences aréales; écueils d’une démarche qui doit aussi s’appuyer sur des « ressemblances » entre faits de langue terriblement distants dans le temps. L’article dévoile ensuite des parallèles fonctionnels élamo-caucasiques fondés sur le rôle important de l’accord de classe nominale dans l’expression de la dépendance syntaxique. Puis il présente des parallèles lexicaux, peu nombreux, mais qui peuvent être frappants, comme celui de l’élamite kur-pi « mains », qui semble avoir de nombreux cognats en caucasique du Nord-Est (avar kwer, oudi kul… « main »). Mais l’article évoque aussi sans ambages les dissemblances entre les langues comparées, dont la plus frappante, qui concerne les systèmes phonologiques, n’est pourtant pas rédhibitoire pour l’hypothèse qu’il soutient. En conclusion, il est affirmé que l’hypothèse élamo-caucasique, vue sous cet angle neuf, est à prendre sérieusement en considération dans les développements à venir de l’élamologie. | |
| 385–458 | Ab urbe condita Le participe dominant et son ellipse dans les langues baltiques Daniel PETIT Résumé |
| La notion de « participe dominant » a été introduite il y a environ 50 ans pour rendre compte de la construction latine bien connue du type ab urbe condita « depuis la cité ayant été fondée » (= « depuis la fondation de la cité »). Cette construction est largement attestée en latin comme en grec et a laissé des traces significatives en gotique, mais on sait moins qu’elle a existé aussi en vieux lituanien, avec des restrictions spécifiques qui l’ont rapprochée plus étroitement de la construction du datif absolu. L’objet du présent article est de décrire l’extension du type ab urbe condita en baltique et de proposer une interprétation de sa structure à la lumière de ces données nouvelles. | |
| 459–477 | Pages d'archives inédites Karcevski, Bally... Irina FOUGERON |