Sommaires du BSL

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Numéro 111/1 (2016)

PagesAuteursTitreLienRésumé
vii–xxvii Procès-verbaux des séances de l'année 2015 Indisponible
1–14 Gilbert LAZARD Un dernier mot à propos de Ferdinand de Saussure Résumé
La première partie de cet article apporte quelques explications complémentaires sur le sens profond de la conception saussurienne de la langue. La seconde présente une hypothèse sur une restriction, aujourd’hui perceptible, de l’influence de cette conception dans le domaine sémiotique. Une troisième partie est un bref aperçu de la vie de Ferdinand de Saussure à la lumière de sa correspondance.
15–70 Claude HAGÈGE La syntaxe
Une aporie de Saussure, ou une composante secondaire des langues humaines?
Indisponible
71–107 Nicolas MAZZIOTTA et Sylvain KAHANE Le « mot-phrase » dans les conceptions syntaxiques de Lucien Tesnière Résumé
La compréhension du concept de mot-phrase (également nommé phrasillon) dans la pensée de Lucien Tesnière peut être renouvelée par l’exploitation du fonds Tesnière conservé à la Bibliothèque nationale de France, qui recèle de nombreux brouillons et fichiers encore peu explorés. Dans ses Éléments de syntaxe structurale, Tesnière explique que le mot-phrase est une « espèce de phrase », c’est-à-dire qu’il s’agit d’un mot qui peut être employé comme une phrase. Du fait que sa construction interne n’est pas considérée comme syntaxique, le mot-phrase est rejeté du programme descriptif des Éléments. Toutefois, les conceptions de Tesnière en la matière ont évolué. Dans cet article, nous comparons les idées exposés dans les publications de l’auteur avec celles qui sont présentées dans le brouillon intitulé Chapitre I. — Les mots phrases ou phrasillons, dont nous livrons une édition. Cette comparaison nous permet de comprendre quelles difficultés Tesnière a pu éprouver pour intégrer le mot-phrase au reste de son système, principalement: ses relations hiérarchiques avec les termes régissants et subordonnés et son comportement par rapport à l’opération de translation.
109–156 Paulo DE CARVALHO Tenseur binaire radical, personne, empathie
Reconfiguration d'un concept guillaumien
Résumé
On sait l’importance, dans la théorie de la psychomécanique du langage initiée par Gustave Guillaume, et surtout dans la pratique descriptive de certains de ses adeptes, du tenseur binaire radical (TBR), à savoir cette articulation, supposée rendre compte dufonctionnement de différents systémes grammaticaux, de deux « mouvements de pensée » successifs, contradictoires et irréversibles, conduisant de l’Universel au Singulier puis du Singulier à l’Universel. On se propose ici, dans le prolongement de travaux précédents, de soumettre cette véritable cheville ouvrière conceptuelle à une critique serrée l’affranchissant de certains a priori qui en ont limité la portée et conduisant à une reconfiguration qui paraît propre à en augmenter considérablement la portée théorique en même temps que le rendement explicatif. Aux fins de cette reconfiguration seront convoquées deux notions dont il est temps de reconnaître le rôle constitutif au cœur du langage et des langues, à savoir d’une part la Personne locutive, dont Guillaume avait clairement entrevu, sinon véritablement défini, le statut fondateur, et l’empathie, qui n’a bénéficié, depuis son introduction récente dans la recherche linguistique (S. Kuno), que d’un traitement 'énonciativiste', limité à l’analyse de quelques faits de discours relevés dans un certain nombre de langues (R. Forest) et fonctionnant comme une roue de secours, à l’aide d’une syntaxe défaillante sinon muette. À l’aide de ces deux notions, on montrera que le « tenseur binaire radical » de Guillaume gagne à être, d’abord, 'désarticulé', la « tension I », particularisante, étant 'rétrogradée' vers un amont virtuel, non pas pré-linguistique, mais prégrammatical — comme la 'condition de possibilité' prédéterminant toute grammaire — et la « tension II », généralisante, prenant seule en charge la genèse et la gestion des systèmes grammaticaux. Ce qu’elle est censée faire par une oscillation d’extensions (de Moi vers l’Univers) et de contre-extensions (rétroversives, ramenant à Moi) — jeu s’exerçant dans des conditions et selon des modalités toujours diverses, en fonction précisément des prédéterminations, nécessairement historiques, résultant de la tension I, préalable et virtuelle. Enfin, à la lumière de ces propositions seront reconsidérés quelques 'grands' systèmes grammaticaux typiques de langues indo-européennes occidentales modernes: 'nombre', genre, prédétermination nominale (articles), « parties du discours », et en particulier, pour finir, l’opposition verbo-nominale, dont ce 'TBR reconfiguré' permet peut-être de comprendre enfin pourquoi — en vertu de quoi — elle est tout sauf universelle.
157–211 Đanh Thành DO-HURINVILLE et Huy Linh DAO La transcatégorialité
Une histoire de limite sans limite
Résumé
Cet article est composé de deux grandes parties. La première comporte cinq points. Dans le premier point, nous revisitons la notion de transcatégorialité, d’une part sous l’angle linguistique (la transcatégorialité respectivement dans les langues flexionnelles, isolantes et agglutinantes), d’autre part sous l’angle métaphysique. Le deuxième point porte sur une précision terminologique. Le troisième point présente, d’une part les relations entre les deux processus, grammaticalisation et pragmaticalisation (la seconde fait-elle partie de la première? Constitue-t-elle un sous-type de la première, ou un autre processus?), d’autre part les traits définitoires des pragmatèmes. Dans le quatrième point, nous proposons un modèle dynamique et interactif de forme triangulaire du fonctionnement des unités transcatégorielles (lexème, grammèmes, pragmatèmes). Dans le cinquième et dernier point nous examimons succinctement trois tendances de l’économie en français actuel (adjectifs en emploi adverbial; noms en emploi d’épithète; noms en emploi prépositionnel). La seconde grande partie, consacrée à une étude de l’unité transcatégorielle « limite », contient trois points. Dans le premier point, nous nous penchons sur « limite » comme lexème, en vue d’une comparaison avec le lexème « frontière », et sur les syntagmes prépositionnels « à la limite de SN » et « à la frontière de SN ». Nous examinons, dans le deuxième point, le fonctionnement de « limite » en qualité de grammème: nous expliquons le passage de « à la limite de SN » à « limite - adjectif », puis étudions « limite » comme modifieur d’adjectifs, de noms, de verbes, et « limite » suivi de syntagmes prépositionnels ou de propositions; nous procédons ensuite à une brève étude comparative entre « limite », « presque » et « voire ». Le troisième et dernier point est dédié à une analyse de quelques exemples dans lesquels « limite » se comporte comme un pragmatème.
213–241 Hans LAGERQVIST Métaphorisation et création morphologique Résumé
Partant de considérations sur la formation du pluriel de la souris outil périphérique de l’ordinateur en suédois et en anglais, mus et mouse, j’attire dans cet article l’attention sur le rôle joué par la métaphore dans l’innovation morphologique nominale. A l’aide d’une définition de la métaphore fondée sur l’anisosémie et l’analyse sémique, je tâche de montrer (1) que la métaphorisation peut aboutir à une réfection totale du substantif, au moyen, par exemple, d’affixes, mais (2) qu’elle ne modifie souvent que le pluriel qui est alors pourvu de deux formes, dont l’une métaphorisée. D’autre part, (3) il arrive que la métaphorisation n’exerce aucune influence innovatrice sur le nom qui reste morphologiquement tel quel. Là où les innovations font partiellement ou entièrement défaut, autrement dit, parmi les noms appartenant aux catégories (2-3), je cherche à trouver les causes qui sous-tendent cette carence, entre autres dans l’insuffisance des moyens morphologiques disponibles. Dans les mêmes catégories, rejetant l’interprétation polysémique, je tire la conclusion qu’il y a homonymie au singulier et, pour ce qui est de la troisième catégorie, également au pluriel. Les exemples de morphologie métaphorisée que je discute ont été empruntés à une gamme de langues européennes, mais aussi à l’arabe. Je joins à l’article une Annexe résumant les noms étudiés.
243–275 Olga SPEVAK À propos de l'aspect verbal en grec ancien, en slave et en latin Résumé
La présente contribution a deux objectifs. D’abord, nous comparons les systèmes aspectuels du grec ancien et du slave, plus particulièrement, l’opposition perfectivité vs. imperfectivité, pour montrer que l’aoriste grec ne correspond pas toujours aux verbes perfectifs slaves, comme on le postule souvent. Les perfectifs slaves sont inaptes à rendre l’aoriste « complexif », résumant un procès qui a duré un certain temps. La perfectivité et l’imperfectivité ne sont pas identiques dans ces deux systèmes. Ensuite, nous nous concentrons sur la catégorie d’aspect en latin. En réfutant la théorie ancienne sur le préverbe perfectivisant et la théorie récente sur l’opposition aspectuelle entre le parfait et l’imparfait, nous introduisons des arguments en faveur de la neutralité aspectuelle des formes verbales latines.
277–316 Camille DENIZOT et Sophie VASSILAKI La notion d'éventuel comme catégorie linguistique
Deux formes modales du grec ancien et du grec moderne
Résumé
"Dans cette étude sont comparées deux configurations morpho-syntaxiques du grec ancien et du grec moderne, d’un côté le subjonctif accompagné de la particule modale ἄν en grec ancien, de l’autre la forme nue de perfectif non passé (parfois appelée « subjonctif sans να ») du grec moderne. Ces structures partagent des propriétés syntaxiques et sémantiques, définitoires d’une catégorie linguistique, l’éventuel. Nous montrons la cohérence interne de cette catégorie dans les deux langues, particulièrement dans le cas des propositions relatives, au-delà des différences induites par deux systèmes synchroniques profondément différents."
317–339 Emmanuel DUPRAZ Ille introducteur de citation chez Cicéron Résumé
Le démonstratif latin ille est couramment employé pour pointer vers une citation qui suit et qu’il introduit. Nous examinons les conditions syntaxiques et pragmatiques de cet emploi. Ille s’utilise aussi bien pour introduire une citation de prose que de poésie. Ille et le groupe nominal auquel il appartient sont un topique nouveau dans le contexte discursif, qui n’a pas été introduit indépendamment par un autre groupe syntaxique. L’emploi d’ille indique que le topique nouveau doit être identifié par appariement avec un contenu stocké dans la mémoire stable de l’interlocuteur, et la citation totale ou partielle qui suit est une aide pour cet appariement.
341–389 Catherine SCHNEDECKER Les pronoms dits « indéfinis » référant à la personne humaine
Des grammaires à l'usage et réciproquement
Résumé
L’objectif de cet article est de montrer que le système des pronoms dits indéfinis du français est beaucoup plus cohérent que ne le montrent les grammaires et qu’il se structure en micro-systèmes où la plupart des formes, y compris celles qui sont censées résulter de phénomènes de variation et sont ainsi marginalisées dans les inventaires, trouvent — formellement et structurellement — toute leur place. Pour ce faire, nous partirons des classements opérés par les grammaires usuelles et des propriétés nombreuses établies dans la littérature permettant de préciser les notions de pronom, de quantification et d’(in-)définitude, dans le but de clarifier le statut de certaines formes et de les trier en nous appuyant sur le classement proposé par Haspelmath. Nous illustrerons notre propos à travers trois études de cas, appuyées sur des corpus et des bases de données, l’une où nous comparerons aucun et sa variante « littéraire et juridique » nul, une seconde où nous interrogerons la présence d’autrui et de d’aucuns au sein de leur microsystème respectif et un troisième cas où nous essaierons d’élucider le rôle sémantico-référentiel de la locution pronominale peu étudiée tout un chacun.
391–432 Thomas JÜGEL et Pollet SAMVELIAN Les pronoms enclitiques dans les langues ouest-iraniennes
Fonctions et distribution géographique
Résumé
"Alors que les pronoms clitiques constituaient un trait commun des langues moyens iraniens, ils ont connu des destins divers dans les langues iraniennes modernes de l’ouest, en ce qui concerne leur maintien (ou non), leurs fonctions et leur placement. Totalement disparus de certaines d’entre elles, ex. le zazaki ou le kurmandji, ils ont survécu dans d’autres, tout en maintenant leur fonction pronominale initiale, ex. le persan, ou en y ajoutant la nouvelle fonction de marqueur d’accord sujet-verbe, ex. le sorani, voire en perdant leur ancienne fonction au profit de cette dernière, ex. le talysh. En ce qui concerne leur placement, ils ont abandonné leur position de Wackernagel pour se rapprocher du verbe: leur placement ne se détermine plus par rapport au premier mot accentué de la phrase mais par rapport au domaine verbal, ex. le sorani, voire au verbe, ex. le persan. Cet article est consacré aux deux premières questions, c’est-à-dire le maintien (ou non) et les fonctions des « pronoms » clitiques dans les langues iraniennes de l’ouest. Nous dresserons tout d’abord un état des lieux des fonctions de ces clitiques dans les langues où ils ont survécu, au regard des fonctions qu’ils assumaient en moyen iranien. Nous nous intéresserons ensuite à la question de l’existence d’une corrélation possible entre le maintien du marquage casuel pour les noms d’une part et la perte des pronoms clitiques d’autre part. Cette corrélation, plausible au premier abord si l’on compare le sorani (sans cas mais disposant de pronoms clitiques) au kurmandji (avec cas mais pas de pronoms clitiques), s’avère toutefois non systématique à l’issue d’un examen détaillé d’un grand nombre de langues et de dialectes. Toutefois, la projection cartographique de ces deux paramètres (l’existence ou non d’un marquage casuel et l’existence ou non des clitiques), combinés à un troisième paramètre indiquant la fonction des clitiques (pronom vs marque d’accord), permet de mettre en évidence une distribution géographique intéressante en fonction du type de langues. Deux pôles géographiques se distinguent: le sud, où le cas est abandonné, et le nord, où les pronoms clitiques sont abandonnés. La transition entre les deux pôles se fait par une zone intermédiaire, où les « pronoms » clitiques, tout en étant maintenus, ont cessé de fonctionner comme des pronoms pour se consacrer à la réalisation de l’accord sujet-verbe."
433–444 Albek ABAZOV Un trésor découvert
Le dictionnaire abkhaze de 1827
Indisponible
vii–xxvii Procès-verbaux des séances de l'année 2015

1–14 Un dernier mot à propos de Ferdinand de Saussure
Gilbert LAZARD
Résumé
La première partie de cet article apporte quelques explications complémentaires sur le sens profond de la conception saussurienne de la langue. La seconde présente une hypothèse sur une restriction, aujourd’hui perceptible, de l’influence de cette conception dans le domaine sémiotique. Une troisième partie est un bref aperçu de la vie de Ferdinand de Saussure à la lumière de sa correspondance.
15–70 La syntaxe
Une aporie de Saussure, ou une composante secondaire des langues humaines?

Claude HAGÈGE
71–107 Le « mot-phrase » dans les conceptions syntaxiques de Lucien Tesnière
Nicolas MAZZIOTTA et Sylvain KAHANE
Résumé
La compréhension du concept de mot-phrase (également nommé phrasillon) dans la pensée de Lucien Tesnière peut être renouvelée par l’exploitation du fonds Tesnière conservé à la Bibliothèque nationale de France, qui recèle de nombreux brouillons et fichiers encore peu explorés. Dans ses Éléments de syntaxe structurale, Tesnière explique que le mot-phrase est une « espèce de phrase », c’est-à-dire qu’il s’agit d’un mot qui peut être employé comme une phrase. Du fait que sa construction interne n’est pas considérée comme syntaxique, le mot-phrase est rejeté du programme descriptif des Éléments. Toutefois, les conceptions de Tesnière en la matière ont évolué. Dans cet article, nous comparons les idées exposés dans les publications de l’auteur avec celles qui sont présentées dans le brouillon intitulé Chapitre I. — Les mots phrases ou phrasillons, dont nous livrons une édition. Cette comparaison nous permet de comprendre quelles difficultés Tesnière a pu éprouver pour intégrer le mot-phrase au reste de son système, principalement: ses relations hiérarchiques avec les termes régissants et subordonnés et son comportement par rapport à l’opération de translation.
109–156 Tenseur binaire radical, personne, empathie
Reconfiguration d'un concept guillaumien

Paulo DE CARVALHO
Résumé
On sait l’importance, dans la théorie de la psychomécanique du langage initiée par Gustave Guillaume, et surtout dans la pratique descriptive de certains de ses adeptes, du tenseur binaire radical (TBR), à savoir cette articulation, supposée rendre compte dufonctionnement de différents systémes grammaticaux, de deux « mouvements de pensée » successifs, contradictoires et irréversibles, conduisant de l’Universel au Singulier puis du Singulier à l’Universel. On se propose ici, dans le prolongement de travaux précédents, de soumettre cette véritable cheville ouvrière conceptuelle à une critique serrée l’affranchissant de certains a priori qui en ont limité la portée et conduisant à une reconfiguration qui paraît propre à en augmenter considérablement la portée théorique en même temps que le rendement explicatif. Aux fins de cette reconfiguration seront convoquées deux notions dont il est temps de reconnaître le rôle constitutif au cœur du langage et des langues, à savoir d’une part la Personne locutive, dont Guillaume avait clairement entrevu, sinon véritablement défini, le statut fondateur, et l’empathie, qui n’a bénéficié, depuis son introduction récente dans la recherche linguistique (S. Kuno), que d’un traitement 'énonciativiste', limité à l’analyse de quelques faits de discours relevés dans un certain nombre de langues (R. Forest) et fonctionnant comme une roue de secours, à l’aide d’une syntaxe défaillante sinon muette. À l’aide de ces deux notions, on montrera que le « tenseur binaire radical » de Guillaume gagne à être, d’abord, 'désarticulé', la « tension I », particularisante, étant 'rétrogradée' vers un amont virtuel, non pas pré-linguistique, mais prégrammatical — comme la 'condition de possibilité' prédéterminant toute grammaire — et la « tension II », généralisante, prenant seule en charge la genèse et la gestion des systèmes grammaticaux. Ce qu’elle est censée faire par une oscillation d’extensions (de Moi vers l’Univers) et de contre-extensions (rétroversives, ramenant à Moi) — jeu s’exerçant dans des conditions et selon des modalités toujours diverses, en fonction précisément des prédéterminations, nécessairement historiques, résultant de la tension I, préalable et virtuelle. Enfin, à la lumière de ces propositions seront reconsidérés quelques 'grands' systèmes grammaticaux typiques de langues indo-européennes occidentales modernes: 'nombre', genre, prédétermination nominale (articles), « parties du discours », et en particulier, pour finir, l’opposition verbo-nominale, dont ce 'TBR reconfiguré' permet peut-être de comprendre enfin pourquoi — en vertu de quoi — elle est tout sauf universelle.
157–211 La transcatégorialité
Une histoire de limite sans limite

Đanh Thành DO-HURINVILLE et Huy Linh DAO
Résumé
Cet article est composé de deux grandes parties. La première comporte cinq points. Dans le premier point, nous revisitons la notion de transcatégorialité, d’une part sous l’angle linguistique (la transcatégorialité respectivement dans les langues flexionnelles, isolantes et agglutinantes), d’autre part sous l’angle métaphysique. Le deuxième point porte sur une précision terminologique. Le troisième point présente, d’une part les relations entre les deux processus, grammaticalisation et pragmaticalisation (la seconde fait-elle partie de la première? Constitue-t-elle un sous-type de la première, ou un autre processus?), d’autre part les traits définitoires des pragmatèmes. Dans le quatrième point, nous proposons un modèle dynamique et interactif de forme triangulaire du fonctionnement des unités transcatégorielles (lexème, grammèmes, pragmatèmes). Dans le cinquième et dernier point nous examimons succinctement trois tendances de l’économie en français actuel (adjectifs en emploi adverbial; noms en emploi d’épithète; noms en emploi prépositionnel). La seconde grande partie, consacrée à une étude de l’unité transcatégorielle « limite », contient trois points. Dans le premier point, nous nous penchons sur « limite » comme lexème, en vue d’une comparaison avec le lexème « frontière », et sur les syntagmes prépositionnels « à la limite de SN » et « à la frontière de SN ». Nous examinons, dans le deuxième point, le fonctionnement de « limite » en qualité de grammème: nous expliquons le passage de « à la limite de SN » à « limite - adjectif », puis étudions « limite » comme modifieur d’adjectifs, de noms, de verbes, et « limite » suivi de syntagmes prépositionnels ou de propositions; nous procédons ensuite à une brève étude comparative entre « limite », « presque » et « voire ». Le troisième et dernier point est dédié à une analyse de quelques exemples dans lesquels « limite » se comporte comme un pragmatème.
213–241 Métaphorisation et création morphologique
Hans LAGERQVIST
Résumé
Partant de considérations sur la formation du pluriel de la souris outil périphérique de l’ordinateur en suédois et en anglais, mus et mouse, j’attire dans cet article l’attention sur le rôle joué par la métaphore dans l’innovation morphologique nominale. A l’aide d’une définition de la métaphore fondée sur l’anisosémie et l’analyse sémique, je tâche de montrer (1) que la métaphorisation peut aboutir à une réfection totale du substantif, au moyen, par exemple, d’affixes, mais (2) qu’elle ne modifie souvent que le pluriel qui est alors pourvu de deux formes, dont l’une métaphorisée. D’autre part, (3) il arrive que la métaphorisation n’exerce aucune influence innovatrice sur le nom qui reste morphologiquement tel quel. Là où les innovations font partiellement ou entièrement défaut, autrement dit, parmi les noms appartenant aux catégories (2-3), je cherche à trouver les causes qui sous-tendent cette carence, entre autres dans l’insuffisance des moyens morphologiques disponibles. Dans les mêmes catégories, rejetant l’interprétation polysémique, je tire la conclusion qu’il y a homonymie au singulier et, pour ce qui est de la troisième catégorie, également au pluriel. Les exemples de morphologie métaphorisée que je discute ont été empruntés à une gamme de langues européennes, mais aussi à l’arabe. Je joins à l’article une Annexe résumant les noms étudiés.
243–275 À propos de l'aspect verbal en grec ancien, en slave et en latin
Olga SPEVAK
Résumé
La présente contribution a deux objectifs. D’abord, nous comparons les systèmes aspectuels du grec ancien et du slave, plus particulièrement, l’opposition perfectivité vs. imperfectivité, pour montrer que l’aoriste grec ne correspond pas toujours aux verbes perfectifs slaves, comme on le postule souvent. Les perfectifs slaves sont inaptes à rendre l’aoriste « complexif », résumant un procès qui a duré un certain temps. La perfectivité et l’imperfectivité ne sont pas identiques dans ces deux systèmes. Ensuite, nous nous concentrons sur la catégorie d’aspect en latin. En réfutant la théorie ancienne sur le préverbe perfectivisant et la théorie récente sur l’opposition aspectuelle entre le parfait et l’imparfait, nous introduisons des arguments en faveur de la neutralité aspectuelle des formes verbales latines.
277–316 La notion d'éventuel comme catégorie linguistique
Deux formes modales du grec ancien et du grec moderne

Camille DENIZOT et Sophie VASSILAKI
Résumé
"Dans cette étude sont comparées deux configurations morpho-syntaxiques du grec ancien et du grec moderne, d’un côté le subjonctif accompagné de la particule modale ἄν en grec ancien, de l’autre la forme nue de perfectif non passé (parfois appelée « subjonctif sans να ») du grec moderne. Ces structures partagent des propriétés syntaxiques et sémantiques, définitoires d’une catégorie linguistique, l’éventuel. Nous montrons la cohérence interne de cette catégorie dans les deux langues, particulièrement dans le cas des propositions relatives, au-delà des différences induites par deux systèmes synchroniques profondément différents."
317–339 Ille introducteur de citation chez Cicéron
Emmanuel DUPRAZ
Résumé
Le démonstratif latin ille est couramment employé pour pointer vers une citation qui suit et qu’il introduit. Nous examinons les conditions syntaxiques et pragmatiques de cet emploi. Ille s’utilise aussi bien pour introduire une citation de prose que de poésie. Ille et le groupe nominal auquel il appartient sont un topique nouveau dans le contexte discursif, qui n’a pas été introduit indépendamment par un autre groupe syntaxique. L’emploi d’ille indique que le topique nouveau doit être identifié par appariement avec un contenu stocké dans la mémoire stable de l’interlocuteur, et la citation totale ou partielle qui suit est une aide pour cet appariement.
341–389 Les pronoms dits « indéfinis » référant à la personne humaine
Des grammaires à l'usage et réciproquement

Catherine SCHNEDECKER
Résumé
L’objectif de cet article est de montrer que le système des pronoms dits indéfinis du français est beaucoup plus cohérent que ne le montrent les grammaires et qu’il se structure en micro-systèmes où la plupart des formes, y compris celles qui sont censées résulter de phénomènes de variation et sont ainsi marginalisées dans les inventaires, trouvent — formellement et structurellement — toute leur place. Pour ce faire, nous partirons des classements opérés par les grammaires usuelles et des propriétés nombreuses établies dans la littérature permettant de préciser les notions de pronom, de quantification et d’(in-)définitude, dans le but de clarifier le statut de certaines formes et de les trier en nous appuyant sur le classement proposé par Haspelmath. Nous illustrerons notre propos à travers trois études de cas, appuyées sur des corpus et des bases de données, l’une où nous comparerons aucun et sa variante « littéraire et juridique » nul, une seconde où nous interrogerons la présence d’autrui et de d’aucuns au sein de leur microsystème respectif et un troisième cas où nous essaierons d’élucider le rôle sémantico-référentiel de la locution pronominale peu étudiée tout un chacun.
391–432 Les pronoms enclitiques dans les langues ouest-iraniennes
Fonctions et distribution géographique

Thomas JÜGEL et Pollet SAMVELIAN
Résumé
"Alors que les pronoms clitiques constituaient un trait commun des langues moyens iraniens, ils ont connu des destins divers dans les langues iraniennes modernes de l’ouest, en ce qui concerne leur maintien (ou non), leurs fonctions et leur placement. Totalement disparus de certaines d’entre elles, ex. le zazaki ou le kurmandji, ils ont survécu dans d’autres, tout en maintenant leur fonction pronominale initiale, ex. le persan, ou en y ajoutant la nouvelle fonction de marqueur d’accord sujet-verbe, ex. le sorani, voire en perdant leur ancienne fonction au profit de cette dernière, ex. le talysh. En ce qui concerne leur placement, ils ont abandonné leur position de Wackernagel pour se rapprocher du verbe: leur placement ne se détermine plus par rapport au premier mot accentué de la phrase mais par rapport au domaine verbal, ex. le sorani, voire au verbe, ex. le persan. Cet article est consacré aux deux premières questions, c’est-à-dire le maintien (ou non) et les fonctions des « pronoms » clitiques dans les langues iraniennes de l’ouest. Nous dresserons tout d’abord un état des lieux des fonctions de ces clitiques dans les langues où ils ont survécu, au regard des fonctions qu’ils assumaient en moyen iranien. Nous nous intéresserons ensuite à la question de l’existence d’une corrélation possible entre le maintien du marquage casuel pour les noms d’une part et la perte des pronoms clitiques d’autre part. Cette corrélation, plausible au premier abord si l’on compare le sorani (sans cas mais disposant de pronoms clitiques) au kurmandji (avec cas mais pas de pronoms clitiques), s’avère toutefois non systématique à l’issue d’un examen détaillé d’un grand nombre de langues et de dialectes. Toutefois, la projection cartographique de ces deux paramètres (l’existence ou non d’un marquage casuel et l’existence ou non des clitiques), combinés à un troisième paramètre indiquant la fonction des clitiques (pronom vs marque d’accord), permet de mettre en évidence une distribution géographique intéressante en fonction du type de langues. Deux pôles géographiques se distinguent: le sud, où le cas est abandonné, et le nord, où les pronoms clitiques sont abandonnés. La transition entre les deux pôles se fait par une zone intermédiaire, où les « pronoms » clitiques, tout en étant maintenus, ont cessé de fonctionner comme des pronoms pour se consacrer à la réalisation de l’accord sujet-verbe."
433–444 Un trésor découvert
Le dictionnaire abkhaze de 1827

Albek ABAZOV