| Pages | Auteurs | Titre | Lien | Résumé |
|---|---|---|---|---|
| vii–xxiv | Procès-verbaux des séances de l'année 2014 | Indisponible | ||
| 1–50 | Laurent GOSSELIN | De l'opposition modus / dictum à la distinction entre modalités extrinsèques et modalités intrinsèques | Indisponible | |
| 51–114 | Alain LEMARÉCHAL | Systèmes protase-apodose hypothétiques « Parataxe » et marques segmentales susceptibles d'être associées aux systèmes hypothétiques. Du bon usage des langues isolantes en syntaxe |
Résumé | |
| Comme les complétives (Lemaréchal 2014) et les relatives, les conditionnelles et les systèmes protase-apodose en général peuvent très bien se passer de marques segmentales; les marques non segmentales, séquentielles, intégratives et catégorielles, suffisent. Les marques segmentales susceptibles d’être associées aux systèmes protase-apodose, aux conditionnelles, mais aussi à l’interrogation indirecte totale (lat. sī et fr. si, grec ei, anglais if), ne renvoient aux relations complexes qu’elles marquent qu’à travers une de leurs facettes, par synecdoque pourrait-on dire (Lemaréchal 1998). L’opacité plus ou moins complète, en synchronie, de marques comme si est précisément ce qui leur permet de jouer des rôles divers, en s’opposant à d’autres marques comme quand, d’une part, ou comme au cas où ou dans l’hypothèse que, d’autre part, selon un fonctionnement de type parfaitement saussurien. Cela ne les empêche pas, par ailleurs, de garder, éventuellement sur des millénaires, certains sèmes constitutifs: c’est le cas de *se‑i (> lat. sī) et *se-i + *-ke (> lat. sīc) qui conservent, du sème d’ipséité-identité attaché à la particule PIE *se, l’aptitude à marquer la mise en opposition d’univers de croyance et de discours (R. Martin), différents voire contradictoires, nécessaire à l’expression de toute hypothèse comme de toute interrogation totale (si P ou non), ou à fournir des adverbes de manière (« ainsi, comme ça ») qui, eux aussi, reposent sur la comparaison entre univers de croyance différents. | ||||
| 115–148 | Anne-Gaëlle TOUTAIN | De la circularité des rapports entre linguistique et sémiologie ou sémiotique Pour une sémiotique saussurienne? |
Résumé | |
| Cet article s’attache à l’examen des sémiotiques jakobsonienne, benvenistienne et hjelmslevienne qui, bien que singulières et différentes les unes des autres, ont deux traits caractéristiques en commun: leur incapacité à rendre compte du caractère fondamental du langage, par ailleurs unanimement reconnu, et la dualité de perspective qu’elles manifestent, entre démarche de spécification et construction du caractère fondamental du langage, dualité qui fait figure de circularité. Cette dualité est en effet d’autant plus remarquable qu’elle n’est pas sans évoquer la contradiction constitutive de la sémiologie saussurienne, consistant à inscrire la linguistique dans la sémiologie tout en faisant de la première le « patron » de la seconde. Or, la sémiologie saussurienne se distingue précisément de la sémiotique structuraliste par la définition du signe et de la langue qui en est corrélative, et qui permet quant à elle de rendre compte du caractère fondamental du langage parmi les autres systèmes de signes. Reste cependant, sur cette base, à élaborer une sémiotique, ce qui implique en premier lieu de redéfinir cette discipline. | ||||
| 149–204 | Georges-Jean PINAULT | Genèse de l'optatif indo-européen | Résumé | |
| Le suffixe de l’optatif proto-indo-européen est reconstruit comme une marque de mode ajoutée au thème temporel-aspectuel, qui présentait une apophonie entre degré plein et degré zéro, i.e. *-iéh1-/*-ih1-, d’après la plupart des manuels en usage. En outre, le suffixe est censé présenter la variante faible *-ih1- après voyelle thématique, d’où le suffixe complexe *-o-ih1-, et probablement aussi dans l’aoriste sigmatique, i.e. *-s-ih1-. La flexion de l’optatif emploie exclusivement les désinences secondaires. Néanmoins, cette reconstruction de l’optatif laisse de nombreux problèmes en suspens dès qu’il s’agit d’expliquer précisément les formes attestées. On passe d’abord en revue (§§ 2-5) les diverses tentatives de restituer l’origine du suffixe, soit à partir d’une racine verbale, soit à partir d’une formation nominale. Selon la première direction, il a été souvent considéré comme acquis, depuis les débuts de la linguistique indo-européenne, que le suffixe de l’optatif était apparenté d’une manière ou d’une autre à une racine « aller », qui constituait le dernier terme d’une périphrase. Tous ces essais sont restés stériles, en l’absence d’une reconstruction convaincante du premier terme de la périphrase et du processus de grammaticalisation de l’optatif. L’article vise à montrer que les points controversés du développement de l’optatif dans différentes langues requièrent une nouvelle reconstruction de l’optatif qui soit en accord avec sa genèse. Le premier problème est celui du type véd. gameyam, gaméma, autrement dit l’existence de formes thématiques dans un paradigme d’aoriste radical athématique (§§ 6-8). Il est montré que véd. bhujema, qui est toujours employé avec la négation prohibitive mā, remonte à une forme d’injonctif qui repose sur une périphrase. On examine ensuite à nouveaux frais le type véd. dheyām et le problème de l’optatif de l’aoriste radical des verbes terminés en °ā- en indo-iranien (§§ 9-13). Il apparaît impossible d’expliquer ces formes dans le cadre de la théorie du type acrostatique de l’optatif aoriste. En fait, certaines formes de l’Avesta ancien s’expliquent plus facilement à partir d’une construction sérielle qui combinait deux verbes à l’injonctif: un aoriste passif en valeur impersonnelle et un verbe « aller ». L’enquête se concentre ensuite sur l’histoire interne et externe du type véd. dheyām et sa relation avec le type gr. θείην (§§ 14-17). Il apparaît que ces deux formations sont superposables et qu’elles remontent à une construction sérielle qui combinait le datif d’un abstrait (nom-racine) employé comme prédicat, avec valeur potentielle, et l’injonctif du dit verbe « aller ». La correspondance permet de rattacher son présent radical athématique à la racine *h1ieh1- (§ 18), qui était employé comme second verbe d’une construction sérielle asymétrique. En ce qui concerne l’optatif thématique, les formes de l’indo-iranien et du grec sont incompatibles avec la reconstruction habituelle *-o-ih1-, parce qu’elles présupposent le caractère syllabique de /i/, au lieu de l’évolution normale de cette séquence en *-o-ih1-. Jusqu’à présent, cette difficulté a été contournée au moyen d’hypothèses spéculatives (§§ 19-20). Le moyen le plus simple de rendre compte de la séquence en question est de poser *-o-h1ih1- (§ 22), qui s’accorde avec la reconstruction *-s-h1ih1- de l’optatif de l’aoriste sigmatique. Celle-ci explique assez facilement les diverses variantes de cet optatif dans les dialectes grecs, y compris l’optatif dit « éolien » (§ 21). Une énigme supplémentaire de l’optatif thématique tient au fait que la voyelle thématique ne présente pas de variation et est toujours au timbre /o/. On fait remonter ce morphème à la désinence médio-passive *-o d’un injonctif en valeur impersonnelle, combiné dans une construction sérielle avec le verbe « aller » (§ 23). La conversion du second terme des périphrases optatives en suffixe modal relève de l’évolution connue des constructions sérielles. Dans le cas présent, elle s’explique par un processus de réduction formelle à la suite de l’univerbation, dans le cadre de la coexistence de l’optatif et de l’impératif (§ 24). En principe, les formations d’optatif remontaient toutes à deux (au moins) constructions verbales sérielles, qui sont encore reflétées dans diverses langues par des formes fossilisées issues de l’univerbation et de la coalescence, lesquelles ont survécu à côté du type synthétique de l’optatif (§ 25). L’emploi des désinences secondaires à l’optatif concorde avec la présence d’un verbe à l’injonctif comme second terme des périphrases originelles. | ||||
| 205–236 | Éric DIEU | La loi de Bartoli Une loi de rétraction iambique de l'accent en grec ancien? |
Résumé | |
| Le présent article vise à montrer que la loi prosodique de rétraction iambique de l’accent en grec ancien dite loi de Bartoli n’existe pas, et que les formes dont l’accentuation est souvent expliquée par une telle loi doivent être interprétées en recourant à d’autres critères accentuels. | ||||
| 237–288 | Jean HADAS-LEBEL | Questions de terminologie institutionnelle sabellique « Nation », « peuple », « cité » et « ville » en osque, ombrien et sud-picénien |
Résumé | |
| Le latin, on le sait, établit dans sa terminologie institutionnelle une assez subtile distinction entre les notions d’urbs, de cīuitās, de populus et de nōmen. Ces quatre notions entretiennent entre elles des rapports très étroits: l’urbs est en effet le lieu de la cīuitās, qui est la version politique et sédentaire du populus, lequel est en définitive une émanation du nōmen. On pourrait même dire qu’il y a entre ces notions — rangées dans cet ordre — une sorte un continuum sémantique au sein duquel chacune possède un lien métonymique avec sa voisine: urbs avec cīuitās, cīuitās avec populus, populus avec nōmen. Si elle est centrale en latin, cette triple opposition n’existe cependant pas dans toutes les langues. Était-elle connue des langues sabelliques, cousines du latin? Telle est la question qu’il s’agira ici d’élucider. Seront analysés quatre termes capables de correspondre, pour le sens, à l’une ou l’autre des quatre notions susdites: toutā-, okri- (tous deux pan-sabelliques), nōm(e)n- (attesté en osque et en ombrien) ainsi que vereiā- (connu de l’osque seulement), pour lequel nous proposons une nouvelle étymologie. | ||||
| 289–321 | Olga SPEVAK | Les noms verbaux en latin | Résumé | |
| Dans cet article, nous nous proposons d’étudier les propriétés des noms verbaux latins (obseruatio « observation ») par opposition aux noms qui se rattachent à un verbe mais qui sont dépourvus de valeur verbale (noms non-verbaux, tel consilium « conseil (institution) »). Les noms verbaux représentent des nominalisations de procès; en dénotant des procès, ils préservent des propriétés aspectuelles (en particulier, la télicité et l’atélicité) des verbes auxquels ils se rattachent. Leurs compléments (arguments) prennent le plus souvent la forme du génitif, interprétable comme subjectif (premier argument) ou objectif (deuxième argument). Les noms non-verbaux, comprenant les noms avec une valeur de résultat, les noms de faculté, les noms exprimant des concepts et les noms exprimant des contenus informationnels, présentent des compléments facultatifs (satellites). Des critères d’identification des deux catégories de noms, verbaux et non-verbaux, sont étudiés d’une manière détaillée. La présente contribution est fondée sur un examen du livre premier de la Divination de Cicéron. Les données montrent que les arguments des noms verbaux sont explicitement exprimés dans environ un tiers des cas. Il y a alors non pas seulement une différence sémantique et syntaxique entre les arguments des noms verbaux et les satellites des noms non-verbaux, mais encore une différence quantitative nette quant à leur expression. Si les arguments ne sont pas explicites, ils peuvent être déductibles du contexte ou d’un autre constituant présent dans la phrase; ils peuvent aussi être absents, en raison d’une application très générale du procès ou en raison de l’impossibilité de les spécifier. Cependant, les noms verbaux apparentés à des verbes bivalents manifestent une tendance à expliciter un seul argument, le premier ou le deuxième; l’expression de deux arguments est évitée. | ||||
| 323–338 | Jean-Pierre KHERLAKIAN | Les pronoms indéfinis sous l'éclairage du structuralisme Esquisse d'un système universel |
Résumé | |
| Le principe de hiérarchie conduit à distinguer deux strates dans la catégorie des pronoms indéfinis: 1) une structure de base de quatre membres (neutre— positif — négatif — complexe, ainsi en anglais: some — one of — every — each). C’est la collection (réunion d’objets contigus) qui forme le contexte spatial auquel se réfèrent ces expressions pronominales. Les réductions formelles du système ne compromettent pas le caractère universel des significations que ces formations incarnent; 2) un complexe de termes dérivés (énumératifs comme quisquam et quilibet, numéraux comme unus et singuli, collectifs comme totus, omnis, omnes), dont le domaine de référence est ici la classe (ensemble d’éléments similaires). Par là-même, ces formations s’apparentent aux expressions nominales: elles sont privées de fonction déictique. Au sein même du système nucléaire, la deixis est doublement restreinte: 1) elle caractérise uniquement le membre non marqué (et sa variante négative) ; 2) elle est défective: l’interprétation de aliquis (some, quelqu’un) comme « hic aut iste aut ille… » implique une indication indéterminée, i.e. une signification indicative sans signification indiquée (Husserl). Elle permet en tout cas le rattachement du sous-système des pronoms indéfinis à celui des pronoms démonstratifs. | ||||
| 339–358 | Thierry POIBEAU | Pour une sémantique de l'usage Le cas de l'instrumental sujet en français |
Résumé | |
| Cet article porte sur la question de l’instrumental sujet, c’est-à-dire des phrases dont le sujet est l’instrument et non l’agent de l’action exprimée par le verbe. Nous montrons que ce phénomène pousse à remettre en cause les frontières traditionnelles entre rôle sémantique et fonction syntaxique. L’analyse montre en outre la complexité de la notion d’acceptabilité d’une séquence, quand à la fois la structure prédicative, le contexte linguistique et le focus jouent un rôle. A partir de ces observations, nous montrons que la notion d’acceptabilité est un phénomène construit qui se prête mal à la formalisation, même si on peut identifier certains des facteurs qui rendent une séquence acceptable ou inacceptable. | ||||
| 359–443 | Daniel PETIT | Les prépositions nominatives de l'albanais | Résumé | |
| Les deux prépositions albanaises nga « de » et te, tek « vers, chez » sont souvent mentionnées dans la littérature typologique pour leur construction extrêmement inhabituelle avec le nominatif. Ce n’est pas la seule difficulté à laquelle doivent faire face les linguistes qui traitent de ces prépositions: nga ne signifie pas seulement « de, en provenance de » (source), mais aussi « vers » (direction), ce qui est très surprenant, et te, tek ne dénote pas seulement la direction (« vers, chez »), mais aussi la position (« à, dans, chez »). L’objet du présent article est d’expliquer ces propriétés anormales et de jeter un peu de lumière sur la préhistoire de ces deux prépositions. | ||||
| 445–459 | Gilbert LAZARD | Thèses pour la linguistique pure | Indisponible | |
| 461–478 | Alain LEMARÉCHAL | Cinq notules de grammaire comparée, à propos de PIE *se | Indisponible | |
| vii–xxiv | Procès-verbaux des séances de l'année 2014 |
| 1–50 | De l'opposition modus / dictum à la distinction entre modalités extrinsèques et modalités intrinsèques Laurent GOSSELIN |
| 51–114 | Systèmes protase-apodose hypothétiques « Parataxe » et marques segmentales susceptibles d'être associées aux systèmes hypothétiques. Du bon usage des langues isolantes en syntaxe Alain LEMARÉCHAL Résumé |
| Comme les complétives (Lemaréchal 2014) et les relatives, les conditionnelles et les systèmes protase-apodose en général peuvent très bien se passer de marques segmentales; les marques non segmentales, séquentielles, intégratives et catégorielles, suffisent. Les marques segmentales susceptibles d’être associées aux systèmes protase-apodose, aux conditionnelles, mais aussi à l’interrogation indirecte totale (lat. sī et fr. si, grec ei, anglais if), ne renvoient aux relations complexes qu’elles marquent qu’à travers une de leurs facettes, par synecdoque pourrait-on dire (Lemaréchal 1998). L’opacité plus ou moins complète, en synchronie, de marques comme si est précisément ce qui leur permet de jouer des rôles divers, en s’opposant à d’autres marques comme quand, d’une part, ou comme au cas où ou dans l’hypothèse que, d’autre part, selon un fonctionnement de type parfaitement saussurien. Cela ne les empêche pas, par ailleurs, de garder, éventuellement sur des millénaires, certains sèmes constitutifs: c’est le cas de *se‑i (> lat. sī) et *se-i + *-ke (> lat. sīc) qui conservent, du sème d’ipséité-identité attaché à la particule PIE *se, l’aptitude à marquer la mise en opposition d’univers de croyance et de discours (R. Martin), différents voire contradictoires, nécessaire à l’expression de toute hypothèse comme de toute interrogation totale (si P ou non), ou à fournir des adverbes de manière (« ainsi, comme ça ») qui, eux aussi, reposent sur la comparaison entre univers de croyance différents. | |
| 115–148 | De la circularité des rapports entre linguistique et sémiologie ou sémiotique Pour une sémiotique saussurienne? Anne-Gaëlle TOUTAIN Résumé |
| Cet article s’attache à l’examen des sémiotiques jakobsonienne, benvenistienne et hjelmslevienne qui, bien que singulières et différentes les unes des autres, ont deux traits caractéristiques en commun: leur incapacité à rendre compte du caractère fondamental du langage, par ailleurs unanimement reconnu, et la dualité de perspective qu’elles manifestent, entre démarche de spécification et construction du caractère fondamental du langage, dualité qui fait figure de circularité. Cette dualité est en effet d’autant plus remarquable qu’elle n’est pas sans évoquer la contradiction constitutive de la sémiologie saussurienne, consistant à inscrire la linguistique dans la sémiologie tout en faisant de la première le « patron » de la seconde. Or, la sémiologie saussurienne se distingue précisément de la sémiotique structuraliste par la définition du signe et de la langue qui en est corrélative, et qui permet quant à elle de rendre compte du caractère fondamental du langage parmi les autres systèmes de signes. Reste cependant, sur cette base, à élaborer une sémiotique, ce qui implique en premier lieu de redéfinir cette discipline. | |
| 149–204 | Genèse de l'optatif indo-européen Georges-Jean PINAULT Résumé |
| Le suffixe de l’optatif proto-indo-européen est reconstruit comme une marque de mode ajoutée au thème temporel-aspectuel, qui présentait une apophonie entre degré plein et degré zéro, i.e. *-iéh1-/*-ih1-, d’après la plupart des manuels en usage. En outre, le suffixe est censé présenter la variante faible *-ih1- après voyelle thématique, d’où le suffixe complexe *-o-ih1-, et probablement aussi dans l’aoriste sigmatique, i.e. *-s-ih1-. La flexion de l’optatif emploie exclusivement les désinences secondaires. Néanmoins, cette reconstruction de l’optatif laisse de nombreux problèmes en suspens dès qu’il s’agit d’expliquer précisément les formes attestées. On passe d’abord en revue (§§ 2-5) les diverses tentatives de restituer l’origine du suffixe, soit à partir d’une racine verbale, soit à partir d’une formation nominale. Selon la première direction, il a été souvent considéré comme acquis, depuis les débuts de la linguistique indo-européenne, que le suffixe de l’optatif était apparenté d’une manière ou d’une autre à une racine « aller », qui constituait le dernier terme d’une périphrase. Tous ces essais sont restés stériles, en l’absence d’une reconstruction convaincante du premier terme de la périphrase et du processus de grammaticalisation de l’optatif. L’article vise à montrer que les points controversés du développement de l’optatif dans différentes langues requièrent une nouvelle reconstruction de l’optatif qui soit en accord avec sa genèse. Le premier problème est celui du type véd. gameyam, gaméma, autrement dit l’existence de formes thématiques dans un paradigme d’aoriste radical athématique (§§ 6-8). Il est montré que véd. bhujema, qui est toujours employé avec la négation prohibitive mā, remonte à une forme d’injonctif qui repose sur une périphrase. On examine ensuite à nouveaux frais le type véd. dheyām et le problème de l’optatif de l’aoriste radical des verbes terminés en °ā- en indo-iranien (§§ 9-13). Il apparaît impossible d’expliquer ces formes dans le cadre de la théorie du type acrostatique de l’optatif aoriste. En fait, certaines formes de l’Avesta ancien s’expliquent plus facilement à partir d’une construction sérielle qui combinait deux verbes à l’injonctif: un aoriste passif en valeur impersonnelle et un verbe « aller ». L’enquête se concentre ensuite sur l’histoire interne et externe du type véd. dheyām et sa relation avec le type gr. θείην (§§ 14-17). Il apparaît que ces deux formations sont superposables et qu’elles remontent à une construction sérielle qui combinait le datif d’un abstrait (nom-racine) employé comme prédicat, avec valeur potentielle, et l’injonctif du dit verbe « aller ». La correspondance permet de rattacher son présent radical athématique à la racine *h1ieh1- (§ 18), qui était employé comme second verbe d’une construction sérielle asymétrique. En ce qui concerne l’optatif thématique, les formes de l’indo-iranien et du grec sont incompatibles avec la reconstruction habituelle *-o-ih1-, parce qu’elles présupposent le caractère syllabique de /i/, au lieu de l’évolution normale de cette séquence en *-o-ih1-. Jusqu’à présent, cette difficulté a été contournée au moyen d’hypothèses spéculatives (§§ 19-20). Le moyen le plus simple de rendre compte de la séquence en question est de poser *-o-h1ih1- (§ 22), qui s’accorde avec la reconstruction *-s-h1ih1- de l’optatif de l’aoriste sigmatique. Celle-ci explique assez facilement les diverses variantes de cet optatif dans les dialectes grecs, y compris l’optatif dit « éolien » (§ 21). Une énigme supplémentaire de l’optatif thématique tient au fait que la voyelle thématique ne présente pas de variation et est toujours au timbre /o/. On fait remonter ce morphème à la désinence médio-passive *-o d’un injonctif en valeur impersonnelle, combiné dans une construction sérielle avec le verbe « aller » (§ 23). La conversion du second terme des périphrases optatives en suffixe modal relève de l’évolution connue des constructions sérielles. Dans le cas présent, elle s’explique par un processus de réduction formelle à la suite de l’univerbation, dans le cadre de la coexistence de l’optatif et de l’impératif (§ 24). En principe, les formations d’optatif remontaient toutes à deux (au moins) constructions verbales sérielles, qui sont encore reflétées dans diverses langues par des formes fossilisées issues de l’univerbation et de la coalescence, lesquelles ont survécu à côté du type synthétique de l’optatif (§ 25). L’emploi des désinences secondaires à l’optatif concorde avec la présence d’un verbe à l’injonctif comme second terme des périphrases originelles. | |
| 205–236 | La loi de Bartoli Une loi de rétraction iambique de l'accent en grec ancien? Éric DIEU Résumé |
| Le présent article vise à montrer que la loi prosodique de rétraction iambique de l’accent en grec ancien dite loi de Bartoli n’existe pas, et que les formes dont l’accentuation est souvent expliquée par une telle loi doivent être interprétées en recourant à d’autres critères accentuels. | |
| 237–288 | Questions de terminologie institutionnelle sabellique « Nation », « peuple », « cité » et « ville » en osque, ombrien et sud-picénien Jean HADAS-LEBEL Résumé |
| Le latin, on le sait, établit dans sa terminologie institutionnelle une assez subtile distinction entre les notions d’urbs, de cīuitās, de populus et de nōmen. Ces quatre notions entretiennent entre elles des rapports très étroits: l’urbs est en effet le lieu de la cīuitās, qui est la version politique et sédentaire du populus, lequel est en définitive une émanation du nōmen. On pourrait même dire qu’il y a entre ces notions — rangées dans cet ordre — une sorte un continuum sémantique au sein duquel chacune possède un lien métonymique avec sa voisine: urbs avec cīuitās, cīuitās avec populus, populus avec nōmen. Si elle est centrale en latin, cette triple opposition n’existe cependant pas dans toutes les langues. Était-elle connue des langues sabelliques, cousines du latin? Telle est la question qu’il s’agira ici d’élucider. Seront analysés quatre termes capables de correspondre, pour le sens, à l’une ou l’autre des quatre notions susdites: toutā-, okri- (tous deux pan-sabelliques), nōm(e)n- (attesté en osque et en ombrien) ainsi que vereiā- (connu de l’osque seulement), pour lequel nous proposons une nouvelle étymologie. | |
| 289–321 | Les noms verbaux en latin Olga SPEVAK Résumé |
| Dans cet article, nous nous proposons d’étudier les propriétés des noms verbaux latins (obseruatio « observation ») par opposition aux noms qui se rattachent à un verbe mais qui sont dépourvus de valeur verbale (noms non-verbaux, tel consilium « conseil (institution) »). Les noms verbaux représentent des nominalisations de procès; en dénotant des procès, ils préservent des propriétés aspectuelles (en particulier, la télicité et l’atélicité) des verbes auxquels ils se rattachent. Leurs compléments (arguments) prennent le plus souvent la forme du génitif, interprétable comme subjectif (premier argument) ou objectif (deuxième argument). Les noms non-verbaux, comprenant les noms avec une valeur de résultat, les noms de faculté, les noms exprimant des concepts et les noms exprimant des contenus informationnels, présentent des compléments facultatifs (satellites). Des critères d’identification des deux catégories de noms, verbaux et non-verbaux, sont étudiés d’une manière détaillée. La présente contribution est fondée sur un examen du livre premier de la Divination de Cicéron. Les données montrent que les arguments des noms verbaux sont explicitement exprimés dans environ un tiers des cas. Il y a alors non pas seulement une différence sémantique et syntaxique entre les arguments des noms verbaux et les satellites des noms non-verbaux, mais encore une différence quantitative nette quant à leur expression. Si les arguments ne sont pas explicites, ils peuvent être déductibles du contexte ou d’un autre constituant présent dans la phrase; ils peuvent aussi être absents, en raison d’une application très générale du procès ou en raison de l’impossibilité de les spécifier. Cependant, les noms verbaux apparentés à des verbes bivalents manifestent une tendance à expliciter un seul argument, le premier ou le deuxième; l’expression de deux arguments est évitée. | |
| 323–338 | Les pronoms indéfinis sous l'éclairage du structuralisme Esquisse d'un système universel Jean-Pierre KHERLAKIAN Résumé |
| Le principe de hiérarchie conduit à distinguer deux strates dans la catégorie des pronoms indéfinis: 1) une structure de base de quatre membres (neutre— positif — négatif — complexe, ainsi en anglais: some — one of — every — each). C’est la collection (réunion d’objets contigus) qui forme le contexte spatial auquel se réfèrent ces expressions pronominales. Les réductions formelles du système ne compromettent pas le caractère universel des significations que ces formations incarnent; 2) un complexe de termes dérivés (énumératifs comme quisquam et quilibet, numéraux comme unus et singuli, collectifs comme totus, omnis, omnes), dont le domaine de référence est ici la classe (ensemble d’éléments similaires). Par là-même, ces formations s’apparentent aux expressions nominales: elles sont privées de fonction déictique. Au sein même du système nucléaire, la deixis est doublement restreinte: 1) elle caractérise uniquement le membre non marqué (et sa variante négative) ; 2) elle est défective: l’interprétation de aliquis (some, quelqu’un) comme « hic aut iste aut ille… » implique une indication indéterminée, i.e. une signification indicative sans signification indiquée (Husserl). Elle permet en tout cas le rattachement du sous-système des pronoms indéfinis à celui des pronoms démonstratifs. | |
| 339–358 | Pour une sémantique de l'usage Le cas de l'instrumental sujet en français Thierry POIBEAU Résumé |
| Cet article porte sur la question de l’instrumental sujet, c’est-à-dire des phrases dont le sujet est l’instrument et non l’agent de l’action exprimée par le verbe. Nous montrons que ce phénomène pousse à remettre en cause les frontières traditionnelles entre rôle sémantique et fonction syntaxique. L’analyse montre en outre la complexité de la notion d’acceptabilité d’une séquence, quand à la fois la structure prédicative, le contexte linguistique et le focus jouent un rôle. A partir de ces observations, nous montrons que la notion d’acceptabilité est un phénomène construit qui se prête mal à la formalisation, même si on peut identifier certains des facteurs qui rendent une séquence acceptable ou inacceptable. | |
| 359–443 | Les prépositions nominatives de l'albanais Daniel PETIT Résumé |
| Les deux prépositions albanaises nga « de » et te, tek « vers, chez » sont souvent mentionnées dans la littérature typologique pour leur construction extrêmement inhabituelle avec le nominatif. Ce n’est pas la seule difficulté à laquelle doivent faire face les linguistes qui traitent de ces prépositions: nga ne signifie pas seulement « de, en provenance de » (source), mais aussi « vers » (direction), ce qui est très surprenant, et te, tek ne dénote pas seulement la direction (« vers, chez »), mais aussi la position (« à, dans, chez »). L’objet du présent article est d’expliquer ces propriétés anormales et de jeter un peu de lumière sur la préhistoire de ces deux prépositions. | |
| 445–459 | Thèses pour la linguistique pure Gilbert LAZARD |
| 461–478 | Cinq notules de grammaire comparée, à propos de PIE *se Alain LEMARÉCHAL |