| Pages | Auteurs | Titre | Lien | Résumé |
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| vii–xxiii | Procès-verbaux des séances de l'année 2010 | Indisponible | ||
| 1–5 | Alain LEMARÉCHAL | Jean Perrot (1925-2011) | Indisponible | |
| 7–37 | Zygmunt FRAJZYNGIER | Les fonctions de l'ordre linéaire des constituants | Résumé | |
| Les théories linguistiques traditionnelles et contemporaines ont toujours considéré l’ordre des mots comme une caractéristique importante de la structure des langues. Tandis que les études anciennes mettaient davantage en valeur les fonctions pragmatiques et stylistiques de l’ordre des mots dans les langues flexionnelles, la plupart des études contemporaines considèrent l’ordre des mots comme un objet en soi, et depuis Greenberg 1963, comme un élément permettant de prédire l’existence d’autres éléments de la structure des langues. Notre étude porte sur l’ordre des mots non en tant qu’objet en soi, mais en tant que domaine formel composé de plusieurs moyens de codage opérant dans une variété de domaines fonctionnels. Les questions posées sont au nombre de trois: quels types de moyens de codage linéaire existent; quelles fonctions ces moyens codent-ils; et quelles sont les conséquences du fait qu’un moyen de codage linéaire donné code une fonction donnée. | ||||
| 39–94 | Gilbert LAZARD | Horizons de la linguistique | Résumé | |
| Après avoir rappelé quelques principes d’une « linguistique pure » inspirée de la tradition saussurienne, on entreprend, à leur lumière, un examen critique de la pratique actuelle des deux principales écoles du « courant dominant » d’influence américaine dans la recherche linguistique: les formalistes et les fonctionalistes. On considère d’abord les formalistes. On choisit quelques travaux qui paraissent effectivement apporter du nouveau et l’on recherche dans quelle mesure le recours à la formalisation contribue à ce progrès. Au terme de l’examen de deux livres et de trois articles, il apparaît que l’utilisation d’un langage formel n’est pour rien dans les découvertes réalisées: celles-ci résultent de l’application des méthodes classiques d’analyse. La tentative de transcrire ces résultats en un langage formel n’est pas en soi illégitime, mais semble bien ne rien y ajouter. L’expérience suggère que l’on peut douter que la matière linguistique se prête à une mise en forme du type logico-algébrique inauguré par Chomsky. On aborde ensuite l’examen de l’activité des fonctionalistes et typologues. On considère successivement la Basic Linguistic Theory prônée par Dixon, qui représente typiquement la pratique de la plupart de ces linguistes, puis les arguments allégués au cours d’une intéressante discussion entre typologues au sujet de l’état de leur discipline. On constate que la méthode de description des langues et la recherche typologique, qui s’appuie sur ces descriptions, sont assurément fécondes: elles ont produit des travaux très utiles et des conclusions suggestives. Cependant, de l’aveu même des typologues, cette activité est dépourvue de base théorique. En conséquence, ses résultats restent entachés d’une part de subjectivité, c’est-à-dire d’incertitude. On soutient que la conception saussurienne de la langue, qui a animé le structuralisme européen, mais reste ignorée du courant actuellement dominant, peut fournir à la typologie le soubassement théorique qui lui manque, et lui donner les moyens d’aboutir à des conclusions véritablement scientifiques, c’est-à-dire objectives, donc incontestables. | ||||
| 95–127 | Jean-Pierre DESCLÉS et Zlatka GUENTCHÉVA | Référentiels aspecto-temporels Une approche formelle et cognitive appliquée au français |
Résumé | |
| Les auteurs argumentent que la notion de référentiel temporel apparaît comme une nécessité pour une conceptualisation cohérente de la temporalité appréhendée par les langues. Un référentiel temporel est constitué d’instants repérés entre eux par des relations, soit par identification (concomitance ou simultanéité), soit par différenciation (antériorité/postériorité). Le référentiel énonciatif REN doit être distingué du référentiel externe REX (temps cosmique, temps calendaire...); il a sa propre structure et il est organisé à partir du processus énonciatif (Je suis en train de dire...) qui se réalise sur un intervalle topologique, dont la borne droite d’inaccomplissement est l’instant T0; ce dernier apparaît alors comme un repère fixe dans REN et comme une coupure continue entre le domaine modal du Réalisé (constitué des instants déjà réalisés en T0) et du domaine du non-Réalisé, constitué des instants non encore réalisés en T0. Dans ce référentiel REN, le domaine du non-Réalisé n’apparaît pas comme le symétrique du Réalisé qui, lui, est linéairement ordonné. Pour l’analyse des textes, d’autres référentiels doivent être pris en considération, en particulier le référentiel RNA des situations non actualisées qui sont repérées les unes par rapport aux autres mais indépendamment de tout repérage par rapport à leur énonciation. Le référentiel RNA est ainsi construit dans une relation de rupture par rapport au référentiel REN. Certaines analyses (présent narratif, présent de reportage, par exemple) font appel à une relation de synchronisation entre certains instants de deux référentiels, par ailleurs en relation de rupture. D’autres référentiels, comme le référentiel des commentaires (pour rendre compte du style indirect libre), le référentiel des cadres de pensée, le référentiel des situations hypothétiques introduites par si, le référentiel des vérités générales, sont mis en oeuvre dans une analyse d’exemples précis du français. Des visualisations, sous forme de diagrammes temporels, viennent illustrer certaines de ces analyses. Cette étude sur les référentiels s’inscrit comme une des pièces majeures d’une théorie plus générale des représentations aspecto-temporelles exprimées par des textes, en français (et dans d’autres langues). | ||||
| 129–182 | Georges-Jean PINAULT | L'origine déictique du genre féminin en indo-européen | Résumé | |
| Il est désormais généralement admis que le proto-indo-européen avait un contraste entre deux genres, animé et neutre. Ce système obtenu par la reconstruction interne est confirmé par l’anatolien. Les autres langues indo-européennes présentent un contraste entre trois genres. Les genres masculin et féminin ont pratiquement la même flexion, qui s’oppose à celle du genre neutre; le contraste entre masculin et le féminin se marque par la dérivation, mais les marques formelles du masculin et du féminin ne sont pas réparties d’une manière totalement cohérente. Les deux suffixes de féminin sont *-eh2- pour les noms thématiques et *-ih2- pour les noms athématiques. Ils ont en commun le morphème *-h2- qui semble se retrouver dans les formations d’abstrait, de collectif et dans les finales de pluriel neutre. Depuis l’ouvrage célèbre de Johannes Schmidt (1889), qui a identifié les finales de pluriel neutre à celles d’abstrait/collectif de genre féminin et fléchi au singulier, plusieurs chercheurs ont tenté de clarifier les relations entre les types d’abstrait/collectif et le pluriel neutre, dont la marque commune est en effet *-(e)h2-. En dépit du consensus quasi général sur ce point, jusqu’ à présent il est apparu impossible d’expliquer à partir de ce point de départ l’origine du féminin, quel que soit le scénario envisagé: 1) extension du féminin grammatical à partir d’un nom désignant un être de sexe féminin; 2) réinterprétation de l’abstrait/collectif à partir de l’accord avec un nom déjà marqué comme féminin; 3) extension à partir des pronoms démonstratifs masc. *só, fém. *séh2; 4) individualisation des abstraits/collectifs; 5) grammaticalisation de classes nominales. Du point de vue typologique, les pronoms démonstratifs jouent un rôle majeur dans l’évolution des systèmes de genre. On montre que le genre féminin est issu de la grammaticalisation d’un adverbe pronominal à valeur déictique qui référait à la terre, conçue comme féminine, par opposition au ciel, conçu comme masculin. Ce scénario est le point de départ de la généralisation du féminin en *-eh2- dans les démonstratifs et dans les adjectifs thématiques. On propose une nouvelle explication du féminin du type véd. devī- à partir de l’emploi d’un autre pronom démonstratif marqué comme féminin sur le modèle de *séh2. Dans la phase post-anatolienne un grand nombre de noms ont été classés dans le genre féminin selon des critères sémantiques et formels. Cela s’est appliqué en particulier aux abstraits en *-eh2-, et selon ce modèle plusieurs autres formations d’abstrait/collectif ont été transférées au genre féminin. | ||||
| 183–220 | Camille DENIZOT | Les différentes manières de dire « jamais » en grec ancien L'emploi de ποτέ ou de πώποτε |
Résumé | |
| Le grec ancien dispose d’au moins quatre manières d’exprimer la négation adverbiale temporelle « ne...jamais »: οὐ...ποτέ, οὐ...πώποτε (en un seul mot ou en deux mots), οὐδέποτε et οὐδεπώποτε. En nous appuyant sur un corpus de prose oratoire classique (Lysias et Démosthène), nous tentons de rendre compte de l’emploi d’une série en πώποτε (souvent traduite par « ne...jamais encore ») à côté d’une série en ποτέ. Pour ce faire, nous mettons en évidence des différences de plusieurs sortes entre les deux séries. Il existe en effet des différences syntaxiques, puisque πώποτε est un terme à polarité négative, tout comme πώ qui entre dans sa formation, et des différences sémantiques, particulièrement aspectuelles et modales, liées au sens de πώ (habituellement traduit par « ne...pas encore »). Avec la série en πώποτε, sur le plan aspectuel, le procès négatif est susceptible de devenir positif au-delà d’un moment de référence défini dans le discours, et sur le plan modal, ce procès négatif s’oppose à un procès positif auquel on aurait pu s’attendre. La particularité du grec ancien provient des cas où l’indéfini πώ, terme à polarité négative, impose une lecture de πώποτε comme un indéfini de libre choix (« jamais, à quelque moment que ce soit ») et non comme un adverbe de phase (« jamais encore »). | ||||
| 221–247 | Alain BLANC | Sur quelques adjectifs grecs en -ερό- | Résumé | |
| Le grec possède quelques adjectifs en -ερό- qui sont des doublets d’adjectifs en -ύ- (γλυκερός, θαλερός, κρατεός) et un autre qui est le doublet d’un adjectif en -νό- (στυγερός : στυγνός). On pense généralement ou bien que l’adjectif a été formé sur un vieux substantif neutre en *-er du type du latin iter, ou bien que c’est un dérivé primaire où *-ró- a été remplacé, pour une raison obscure, par *-eró-. La liaison synchronique très claire entre les adjectifs en -ερό- et les substantifs neutres sigmatiques permet de proposer un autre type d’explication. On peut en effet partir d’adjectifs dérivés des substantifs sigmatiques au moyen de la seule voyelle thématique. Après l’affaiblissement de la sifflante intervocalique, le souffle h a été remplacé par le phonème r des adjectifs en *-ró- primaires comme λαμπρός (substantif *krétes-, d’où l’adjectif *kretes-ó-s transformé d’après κράτος en κρατεh-ό-ς → κρατερός). Si l’on explique ainsi ces quelques adjectifs en -ερό-, leur mode de formation peut être comparé à celui des adjectifs sanskrits à finale -as-á- (ojas-á- « doué de force » sur ójas- « force »). | ||||
| 249–262 | Romain GARNIER | Sur l'étymologie du grec ὠμός « cru » | Résumé | |
| Le grec ὠμός « cru » est depuis longtemps rapproché du véd. āmá- « cru » ainsi que de l’arm. hum « cru, qui n’est pas cuit ». Ces trois termes se disent notamment de la chair crue et sanglante, qui fait la pâture des fauves et des vautours. Il existe en védique un vieux composé āmād- « carnassier, mangeur de viande crue » (< *ōmo-h1éd-), qui se renouvelle en grec dans l’hom. ὠμ-ηστής « carnassier » où l’on a réinjecté le sème -ηστ- « manger » d’après le vieux composé hom. νῆστις « qui ne mange pas » (< *ṇ-h1d-ti-). Contrairement à la doctrine reçue, l’adjectif i.-e. *ōmó- « cru » n’a sans doute rien à faire avec le lat. amārus « amer » (± skr. amla- « aigre, acide »). Sur la base des données phraséologiques, on poserait un nom d’action de la racine *h1ed- au sens d’arracher la chair, soit i.-e. *h1od-mó- m. « action de déchirer la chair » concrétisé au sens de « chair crue, chair sanglante ». Si l’on admet l’effet Kortlandt, tel qu’il s’observe dans le gr. πεντήκοντα « 50 » (< *penkw=h1kont- < *penkw=dkom-t-), c’est à dire le reflet d’une séquence *-Vd=C- par *-Vh1=C-, avec la lénition du *-d- en *-h1- devant consonne, le produit d’un étymon *h1od=mó- « chair crue » devait aboutir à i.-e. *h1oh1=mó- (c’est-à-dire i.-e. *ōmó- après l’amuïssement des laryngales). Le véd. āmād- « carnassier » (< *ōmo-h1éd-) reposerait ainsi sur une vieille figure étymologique i.-e. *h1od-mó- h1ed- « manger de la chair crue ». | ||||
| 263–291 | Colette BODELOT | La grammaticalisation de lat. tamquam (si) + verbe fini De l'origine corrélative comparative à l'emploi complétif |
Résumé | |
| Tamquam (si), à la différence de quasi (cf. simulo quasi... dès Plaute) n’introduit pas encore de proposition subordonnée complétive en latin ancien. On admet couramment que cet emploi, plus purement fonctionnel et grammatical, est une particularité du latin postclassique. Dans cette étude, il s’agira de retracer jusqu’en latin préclassique l’origine de cet emploi et de montrer comment, par le biais de contextes ambigus et d’influences croisées entre tours nominaux (tamquam + syntagme nominal) et tours verbaux (tamquam (si) + verbe fini), ont pu se développer certains effets de sens et certaines particularités de construction qui ont progressivement rendu possible l’emploi de tamquam (si) comme introducteur d’une proposition complétive. Dans cette « transfonctionnalisation », un rôle important est joué par la polyphonie de l’énoncé, susceptible de reproduire le point de vue du locuteur et / ou du sujet modal de l’énoncé, et impliquant une incidence syntaxique variable de la proposition en tamquam (si). Pour appréhender les différentes étapes de grammaticalisation qui sont à l’oeuvre dans ce cas, il sera utile d’étudier les points suivants: l’emploi des temps dans la subordonnée, la présence ou non de la notion de (fausse) hypothèse ou de feinte, l’ellipse, l’ordre de succession des deux propositions, la valence du noyau prédicatif de la proposition-hôte, la forme d’un ana- ou cataphorique référant éventuellement à la proposition en tamquam (si), la possibilité d’employer dans cette dernière un réfléchi indirect. | ||||
| 293–303 | Jean-Pierre CHAMBON | Note sur la diachronie du vocalisme accentué en istriote/istroroman et sur la place de ce groupe de parlers au sein de la branche romane | Résumé | |
| On se propose de contribuer à déterminer, sur la base fournie par les innovations survenues dans le vocalisme (en position de différenciation phonologique maximale), la place occupée par les parlers istriotes/istromans (Croatie) au sein de la branche romane. L’examen conduit à conclure que ces parlers remontent à un état protolinguistique s’embranchant anciennement et directement sur le protoroman italo-occidental. Il donne l’occasion de souligner qu’il convient, dans l’application des méthodes classiques de la grammaire comparée aux idiomes romans, de tenir compte du fait que, dans un espace en voie de fragmentation, mais en grande partie géographiquement continu et, au plan communicationnel, pendant longtemps perméable, des innovations diaromanes alternativement spécifiantes et rapprochantes peuvent se succéder et se succèdent dans le temps (évolutions « en accordéon »). | ||||
| 305–341 | Jérémie DELORME | Généalogie d'un article étymologique Le cas de l'étynom protoroman */βi'n-aki-a/ dans le Dictionnaire Étymologique Roman |
Résumé | |
| Comment rédige-t-on un article étymologique? À cette question, on répondra d’expérience par l’exemple d’un article du Dictionnaire Étymologique Roman. Les phases par lesquelles a transité sa rédaction, les choix qui ont soutenu son auteur dans la conduite de son raisonnement, les motifs sur lesquels l’auteur a fondé ses décisions, la suite des décisions qui, prises par l’auteur tout au long du processus d’élaboration, lui ont permis de mettre à jour l’état des connaissances relatives à un étymon et de leur consacrer un article neuf: tout cela se trouve ici décortiqué. De l’analyse dont on double cet examen se dégageront in fine des pistes pour souligner l’originalité du travail d’étymologiste-lexicographe. | ||||
| 343–356 | Isabelle GAUDY-CAMPBELL | Be+ing Opérateur de rhématisation en anglais oral spontané? |
Résumé | |
| Cette étude s’inscrit dans le cadre de l’analyse de l’anglais oral spontané. Nous nous intéressons plus particulièrement aux temps de construction du discours et aux modes d’enchaînement des propos. Si l’on considère les paragraphes oraux selon un axe syntaxique, on remarque que l’aspect be+ing apparaît le plus fréquemment dans le rhème de l’énoncé. Or, cet opérateur a été abondamment étudié dans le cadre de la linguistique anglaise et explicité comme opérateur thématique et opérateur d’anaphore. Confronté au comportement de l’opérateur dans la spontanéité de son usage, serait-on en contradiction avec des acquis théoriques? Notre propos est alors de résorber cette apparente contradiction en revenant sur les enjeux inhérents à la répartition syntaxique des énoncés oraux et en analysant des enchaînements authentiques à l’interface de l’analyse syntaxique et de la linguistique métaopérationnelle. | ||||
| 357–393 | René LACROIX | L'origine des suffixes personnels dans les langues caucasiques du sud L'hypothèse d'une réanalyse |
Résumé | |
| Dans chacune des langues de la famille caucasique du sud (aussi appelée « kartvèle »), les formes verbales finies sont spécifiées pour un ou deux ensembles de traits morphosyntaxiques de personne-nombre, nommés Série I et Série II. Dans la construction transitive, les traits de la Série I marquent l’accord avec le sujet; les traits de la Série II, l’accord avec l’objet. Les traits des Séries I et II sont réalisés aussi bien par des préfixes que par des suffixes. Dans le système reconstruit pour des états de langue plus anciens, les traits de la Série II étaient réalisés uniquement par des préfixes. A un moment donné, les suffixes réalisant la Série I en sont venus à être associés aux traits de la Série II. La seule explication ayant été proposée pour expliquer ce phénomène fait intervenir l’analogie. Elle laisse sans réponse un certain nombre de questions. Par contraste, l’hypothèse proposée ici suggère que les suffixes de la Série I ont été réanalysés, dans un certain type de construction, comme réalisant simultanément les Séries I et II. Cette hypothèse permet d’expliquer, d’une manière très naturelle, l’évolution des suffixes personnels dans les quatre langues de la famille, et rend compte de leur distribution paradigmatique particulière en synchronie. | ||||
| 395–449 | Jean Léo LÉONARD, Cédric GENDROT et Gilles POLIAN | Voyelles réarticulées en tseltal Pertinence d'une approche dialectologique et expérimentale pour la typologie phonologique (données d'ALTO) |
Résumé | |
| Le projet ALTO (Atlas linguistique du tseltal occidental) apporte des données nouvelles sur la variation dialectale du tseltal, importante langue maya occidentale parlée dans les Hautes Terres du Chiapas, au sud-est du Mexique, tant pour la phonologie que pour la morphologie flexionnelle et le lexique. Les voyelles réarticulées (VhV, V’V) élicitées à partir d’enquêtes auprès de deux locuteurs pour chacune des 17 localités qui constituent le réseau dialectal des centres urbains et périurbains où le tseltal occidental est parlé, sont observées à l’aide d’une instrumentation phonétique relevant de la phonologie de laboratoire. Au-delà des aires dialectales que composent les isophones des change ments que subissent les voyelles réarticulées dans l’espace géolinguistique tseltal, les principales classes de réalisation de ces noyaux complexes sont répertoriées, selon une échelle de neutralisation qui va de la réarticulation à la simplification des noyaux syllabiques en question. Ces classes de phénomènes fournissent les angles d’observation pour définir, en termes de complexité structurelle aussi bien qu’en termes de distribution aréale, les propriétés structurales de ces objets syllabiques particulièrement marqués dans les langues du monde. Les mesures de durée, la relation entre harmoniques et bruit (par constriction glottique partielle ou totale), la répartition du bruit en termes de centre de gravité, les structures prosodiques (F0) et le timbre vocalique (F1-F3) font l’objet d’un examen détaillé, entre les deux principaux degrés d’aperture vocalique (voyelles basses vs voyelles hautes). Les résultats obtenus montrent que ces voyelles tendent à être ultra-longues, qu’aucun noeud de lieu n’est inhérent à la phase de hiatus (CdeG), et que la réarticulation – dont les mesures d’harmoniques sur bruit et d’intensité RMS montrent clairement les propriétés segmentales en termes de concavité des courbes – n’entraîne aucune modification sensible du timbre ni de la fréquence fondamentale (F0) sur le plan suprasegmental. Ils montrent également quelques propriétés asymétriques fines entre voyelles basses et voyelles hautes réarticulées d’une part, ainsi qu’entre les gradients de neutralisation de la réarticulation entre les deux sous-classes de noyaux complexes (VhV versus V’V). Les auteurs concluent que les voyelles réarticulées présentent des propriétés génériques qui les apparentent davantage à des voyelles longues qu’à des hiatus tautosyllabiques, mais que cette catégorisation est sujette à des réanalyses qui tendent à en faire, selon les variétés dialectales ou les idiolectes, des séquences vocaliques resyllabées séparées par une attaque rattachée à un lieu d’articulation épiglottique, des hiatus avec approximante, ou voyelles brèves issues de crase interne. | ||||
| vii–xxiii | Procès-verbaux des séances de l'année 2010 |
| 1–5 | Jean Perrot (1925-2011) Alain LEMARÉCHAL |
| 7–37 | Les fonctions de l'ordre linéaire des constituants Zygmunt FRAJZYNGIER Résumé |
| Les théories linguistiques traditionnelles et contemporaines ont toujours considéré l’ordre des mots comme une caractéristique importante de la structure des langues. Tandis que les études anciennes mettaient davantage en valeur les fonctions pragmatiques et stylistiques de l’ordre des mots dans les langues flexionnelles, la plupart des études contemporaines considèrent l’ordre des mots comme un objet en soi, et depuis Greenberg 1963, comme un élément permettant de prédire l’existence d’autres éléments de la structure des langues. Notre étude porte sur l’ordre des mots non en tant qu’objet en soi, mais en tant que domaine formel composé de plusieurs moyens de codage opérant dans une variété de domaines fonctionnels. Les questions posées sont au nombre de trois: quels types de moyens de codage linéaire existent; quelles fonctions ces moyens codent-ils; et quelles sont les conséquences du fait qu’un moyen de codage linéaire donné code une fonction donnée. | |
| 39–94 | Horizons de la linguistique Gilbert LAZARD Résumé |
| Après avoir rappelé quelques principes d’une « linguistique pure » inspirée de la tradition saussurienne, on entreprend, à leur lumière, un examen critique de la pratique actuelle des deux principales écoles du « courant dominant » d’influence américaine dans la recherche linguistique: les formalistes et les fonctionalistes. On considère d’abord les formalistes. On choisit quelques travaux qui paraissent effectivement apporter du nouveau et l’on recherche dans quelle mesure le recours à la formalisation contribue à ce progrès. Au terme de l’examen de deux livres et de trois articles, il apparaît que l’utilisation d’un langage formel n’est pour rien dans les découvertes réalisées: celles-ci résultent de l’application des méthodes classiques d’analyse. La tentative de transcrire ces résultats en un langage formel n’est pas en soi illégitime, mais semble bien ne rien y ajouter. L’expérience suggère que l’on peut douter que la matière linguistique se prête à une mise en forme du type logico-algébrique inauguré par Chomsky. On aborde ensuite l’examen de l’activité des fonctionalistes et typologues. On considère successivement la Basic Linguistic Theory prônée par Dixon, qui représente typiquement la pratique de la plupart de ces linguistes, puis les arguments allégués au cours d’une intéressante discussion entre typologues au sujet de l’état de leur discipline. On constate que la méthode de description des langues et la recherche typologique, qui s’appuie sur ces descriptions, sont assurément fécondes: elles ont produit des travaux très utiles et des conclusions suggestives. Cependant, de l’aveu même des typologues, cette activité est dépourvue de base théorique. En conséquence, ses résultats restent entachés d’une part de subjectivité, c’est-à-dire d’incertitude. On soutient que la conception saussurienne de la langue, qui a animé le structuralisme européen, mais reste ignorée du courant actuellement dominant, peut fournir à la typologie le soubassement théorique qui lui manque, et lui donner les moyens d’aboutir à des conclusions véritablement scientifiques, c’est-à-dire objectives, donc incontestables. | |
| 95–127 | Référentiels aspecto-temporels Une approche formelle et cognitive appliquée au français Jean-Pierre DESCLÉS et Zlatka GUENTCHÉVA Résumé |
| Les auteurs argumentent que la notion de référentiel temporel apparaît comme une nécessité pour une conceptualisation cohérente de la temporalité appréhendée par les langues. Un référentiel temporel est constitué d’instants repérés entre eux par des relations, soit par identification (concomitance ou simultanéité), soit par différenciation (antériorité/postériorité). Le référentiel énonciatif REN doit être distingué du référentiel externe REX (temps cosmique, temps calendaire...); il a sa propre structure et il est organisé à partir du processus énonciatif (Je suis en train de dire...) qui se réalise sur un intervalle topologique, dont la borne droite d’inaccomplissement est l’instant T0; ce dernier apparaît alors comme un repère fixe dans REN et comme une coupure continue entre le domaine modal du Réalisé (constitué des instants déjà réalisés en T0) et du domaine du non-Réalisé, constitué des instants non encore réalisés en T0. Dans ce référentiel REN, le domaine du non-Réalisé n’apparaît pas comme le symétrique du Réalisé qui, lui, est linéairement ordonné. Pour l’analyse des textes, d’autres référentiels doivent être pris en considération, en particulier le référentiel RNA des situations non actualisées qui sont repérées les unes par rapport aux autres mais indépendamment de tout repérage par rapport à leur énonciation. Le référentiel RNA est ainsi construit dans une relation de rupture par rapport au référentiel REN. Certaines analyses (présent narratif, présent de reportage, par exemple) font appel à une relation de synchronisation entre certains instants de deux référentiels, par ailleurs en relation de rupture. D’autres référentiels, comme le référentiel des commentaires (pour rendre compte du style indirect libre), le référentiel des cadres de pensée, le référentiel des situations hypothétiques introduites par si, le référentiel des vérités générales, sont mis en oeuvre dans une analyse d’exemples précis du français. Des visualisations, sous forme de diagrammes temporels, viennent illustrer certaines de ces analyses. Cette étude sur les référentiels s’inscrit comme une des pièces majeures d’une théorie plus générale des représentations aspecto-temporelles exprimées par des textes, en français (et dans d’autres langues). | |
| 129–182 | L'origine déictique du genre féminin en indo-européen Georges-Jean PINAULT Résumé |
| Il est désormais généralement admis que le proto-indo-européen avait un contraste entre deux genres, animé et neutre. Ce système obtenu par la reconstruction interne est confirmé par l’anatolien. Les autres langues indo-européennes présentent un contraste entre trois genres. Les genres masculin et féminin ont pratiquement la même flexion, qui s’oppose à celle du genre neutre; le contraste entre masculin et le féminin se marque par la dérivation, mais les marques formelles du masculin et du féminin ne sont pas réparties d’une manière totalement cohérente. Les deux suffixes de féminin sont *-eh2- pour les noms thématiques et *-ih2- pour les noms athématiques. Ils ont en commun le morphème *-h2- qui semble se retrouver dans les formations d’abstrait, de collectif et dans les finales de pluriel neutre. Depuis l’ouvrage célèbre de Johannes Schmidt (1889), qui a identifié les finales de pluriel neutre à celles d’abstrait/collectif de genre féminin et fléchi au singulier, plusieurs chercheurs ont tenté de clarifier les relations entre les types d’abstrait/collectif et le pluriel neutre, dont la marque commune est en effet *-(e)h2-. En dépit du consensus quasi général sur ce point, jusqu’ à présent il est apparu impossible d’expliquer à partir de ce point de départ l’origine du féminin, quel que soit le scénario envisagé: 1) extension du féminin grammatical à partir d’un nom désignant un être de sexe féminin; 2) réinterprétation de l’abstrait/collectif à partir de l’accord avec un nom déjà marqué comme féminin; 3) extension à partir des pronoms démonstratifs masc. *só, fém. *séh2; 4) individualisation des abstraits/collectifs; 5) grammaticalisation de classes nominales. Du point de vue typologique, les pronoms démonstratifs jouent un rôle majeur dans l’évolution des systèmes de genre. On montre que le genre féminin est issu de la grammaticalisation d’un adverbe pronominal à valeur déictique qui référait à la terre, conçue comme féminine, par opposition au ciel, conçu comme masculin. Ce scénario est le point de départ de la généralisation du féminin en *-eh2- dans les démonstratifs et dans les adjectifs thématiques. On propose une nouvelle explication du féminin du type véd. devī- à partir de l’emploi d’un autre pronom démonstratif marqué comme féminin sur le modèle de *séh2. Dans la phase post-anatolienne un grand nombre de noms ont été classés dans le genre féminin selon des critères sémantiques et formels. Cela s’est appliqué en particulier aux abstraits en *-eh2-, et selon ce modèle plusieurs autres formations d’abstrait/collectif ont été transférées au genre féminin. | |
| 183–220 | Les différentes manières de dire « jamais » en grec ancien L'emploi de ποτέ ou de πώποτε Camille DENIZOT Résumé |
| Le grec ancien dispose d’au moins quatre manières d’exprimer la négation adverbiale temporelle « ne...jamais »: οὐ...ποτέ, οὐ...πώποτε (en un seul mot ou en deux mots), οὐδέποτε et οὐδεπώποτε. En nous appuyant sur un corpus de prose oratoire classique (Lysias et Démosthène), nous tentons de rendre compte de l’emploi d’une série en πώποτε (souvent traduite par « ne...jamais encore ») à côté d’une série en ποτέ. Pour ce faire, nous mettons en évidence des différences de plusieurs sortes entre les deux séries. Il existe en effet des différences syntaxiques, puisque πώποτε est un terme à polarité négative, tout comme πώ qui entre dans sa formation, et des différences sémantiques, particulièrement aspectuelles et modales, liées au sens de πώ (habituellement traduit par « ne...pas encore »). Avec la série en πώποτε, sur le plan aspectuel, le procès négatif est susceptible de devenir positif au-delà d’un moment de référence défini dans le discours, et sur le plan modal, ce procès négatif s’oppose à un procès positif auquel on aurait pu s’attendre. La particularité du grec ancien provient des cas où l’indéfini πώ, terme à polarité négative, impose une lecture de πώποτε comme un indéfini de libre choix (« jamais, à quelque moment que ce soit ») et non comme un adverbe de phase (« jamais encore »). | |
| 221–247 | Sur quelques adjectifs grecs en -ερό- Alain BLANC Résumé |
| Le grec possède quelques adjectifs en -ερό- qui sont des doublets d’adjectifs en -ύ- (γλυκερός, θαλερός, κρατεός) et un autre qui est le doublet d’un adjectif en -νό- (στυγερός : στυγνός). On pense généralement ou bien que l’adjectif a été formé sur un vieux substantif neutre en *-er du type du latin iter, ou bien que c’est un dérivé primaire où *-ró- a été remplacé, pour une raison obscure, par *-eró-. La liaison synchronique très claire entre les adjectifs en -ερό- et les substantifs neutres sigmatiques permet de proposer un autre type d’explication. On peut en effet partir d’adjectifs dérivés des substantifs sigmatiques au moyen de la seule voyelle thématique. Après l’affaiblissement de la sifflante intervocalique, le souffle h a été remplacé par le phonème r des adjectifs en *-ró- primaires comme λαμπρός (substantif *krétes-, d’où l’adjectif *kretes-ó-s transformé d’après κράτος en κρατεh-ό-ς → κρατερός). Si l’on explique ainsi ces quelques adjectifs en -ερό-, leur mode de formation peut être comparé à celui des adjectifs sanskrits à finale -as-á- (ojas-á- « doué de force » sur ójas- « force »). | |
| 249–262 | Sur l'étymologie du grec ὠμός « cru » Romain GARNIER Résumé |
| Le grec ὠμός « cru » est depuis longtemps rapproché du véd. āmá- « cru » ainsi que de l’arm. hum « cru, qui n’est pas cuit ». Ces trois termes se disent notamment de la chair crue et sanglante, qui fait la pâture des fauves et des vautours. Il existe en védique un vieux composé āmād- « carnassier, mangeur de viande crue » (< *ōmo-h1éd-), qui se renouvelle en grec dans l’hom. ὠμ-ηστής « carnassier » où l’on a réinjecté le sème -ηστ- « manger » d’après le vieux composé hom. νῆστις « qui ne mange pas » (< *ṇ-h1d-ti-). Contrairement à la doctrine reçue, l’adjectif i.-e. *ōmó- « cru » n’a sans doute rien à faire avec le lat. amārus « amer » (± skr. amla- « aigre, acide »). Sur la base des données phraséologiques, on poserait un nom d’action de la racine *h1ed- au sens d’arracher la chair, soit i.-e. *h1od-mó- m. « action de déchirer la chair » concrétisé au sens de « chair crue, chair sanglante ». Si l’on admet l’effet Kortlandt, tel qu’il s’observe dans le gr. πεντήκοντα « 50 » (< *penkw=h1kont- < *penkw=dkom-t-), c’est à dire le reflet d’une séquence *-Vd=C- par *-Vh1=C-, avec la lénition du *-d- en *-h1- devant consonne, le produit d’un étymon *h1od=mó- « chair crue » devait aboutir à i.-e. *h1oh1=mó- (c’est-à-dire i.-e. *ōmó- après l’amuïssement des laryngales). Le véd. āmād- « carnassier » (< *ōmo-h1éd-) reposerait ainsi sur une vieille figure étymologique i.-e. *h1od-mó- h1ed- « manger de la chair crue ». | |
| 263–291 | La grammaticalisation de lat. tamquam (si) + verbe fini De l'origine corrélative comparative à l'emploi complétif Colette BODELOT Résumé |
| Tamquam (si), à la différence de quasi (cf. simulo quasi... dès Plaute) n’introduit pas encore de proposition subordonnée complétive en latin ancien. On admet couramment que cet emploi, plus purement fonctionnel et grammatical, est une particularité du latin postclassique. Dans cette étude, il s’agira de retracer jusqu’en latin préclassique l’origine de cet emploi et de montrer comment, par le biais de contextes ambigus et d’influences croisées entre tours nominaux (tamquam + syntagme nominal) et tours verbaux (tamquam (si) + verbe fini), ont pu se développer certains effets de sens et certaines particularités de construction qui ont progressivement rendu possible l’emploi de tamquam (si) comme introducteur d’une proposition complétive. Dans cette « transfonctionnalisation », un rôle important est joué par la polyphonie de l’énoncé, susceptible de reproduire le point de vue du locuteur et / ou du sujet modal de l’énoncé, et impliquant une incidence syntaxique variable de la proposition en tamquam (si). Pour appréhender les différentes étapes de grammaticalisation qui sont à l’oeuvre dans ce cas, il sera utile d’étudier les points suivants: l’emploi des temps dans la subordonnée, la présence ou non de la notion de (fausse) hypothèse ou de feinte, l’ellipse, l’ordre de succession des deux propositions, la valence du noyau prédicatif de la proposition-hôte, la forme d’un ana- ou cataphorique référant éventuellement à la proposition en tamquam (si), la possibilité d’employer dans cette dernière un réfléchi indirect. | |
| 293–303 | Note sur la diachronie du vocalisme accentué en istriote/istroroman et sur la place de ce groupe de parlers au sein de la branche romane Jean-Pierre CHAMBON Résumé |
| On se propose de contribuer à déterminer, sur la base fournie par les innovations survenues dans le vocalisme (en position de différenciation phonologique maximale), la place occupée par les parlers istriotes/istromans (Croatie) au sein de la branche romane. L’examen conduit à conclure que ces parlers remontent à un état protolinguistique s’embranchant anciennement et directement sur le protoroman italo-occidental. Il donne l’occasion de souligner qu’il convient, dans l’application des méthodes classiques de la grammaire comparée aux idiomes romans, de tenir compte du fait que, dans un espace en voie de fragmentation, mais en grande partie géographiquement continu et, au plan communicationnel, pendant longtemps perméable, des innovations diaromanes alternativement spécifiantes et rapprochantes peuvent se succéder et se succèdent dans le temps (évolutions « en accordéon »). | |
| 305–341 | Généalogie d'un article étymologique Le cas de l'étynom protoroman */βi'n-aki-a/ dans le Dictionnaire Étymologique Roman Jérémie DELORME Résumé |
| Comment rédige-t-on un article étymologique? À cette question, on répondra d’expérience par l’exemple d’un article du Dictionnaire Étymologique Roman. Les phases par lesquelles a transité sa rédaction, les choix qui ont soutenu son auteur dans la conduite de son raisonnement, les motifs sur lesquels l’auteur a fondé ses décisions, la suite des décisions qui, prises par l’auteur tout au long du processus d’élaboration, lui ont permis de mettre à jour l’état des connaissances relatives à un étymon et de leur consacrer un article neuf: tout cela se trouve ici décortiqué. De l’analyse dont on double cet examen se dégageront in fine des pistes pour souligner l’originalité du travail d’étymologiste-lexicographe. | |
| 343–356 | Be+ing Opérateur de rhématisation en anglais oral spontané? Isabelle GAUDY-CAMPBELL Résumé |
| Cette étude s’inscrit dans le cadre de l’analyse de l’anglais oral spontané. Nous nous intéressons plus particulièrement aux temps de construction du discours et aux modes d’enchaînement des propos. Si l’on considère les paragraphes oraux selon un axe syntaxique, on remarque que l’aspect be+ing apparaît le plus fréquemment dans le rhème de l’énoncé. Or, cet opérateur a été abondamment étudié dans le cadre de la linguistique anglaise et explicité comme opérateur thématique et opérateur d’anaphore. Confronté au comportement de l’opérateur dans la spontanéité de son usage, serait-on en contradiction avec des acquis théoriques? Notre propos est alors de résorber cette apparente contradiction en revenant sur les enjeux inhérents à la répartition syntaxique des énoncés oraux et en analysant des enchaînements authentiques à l’interface de l’analyse syntaxique et de la linguistique métaopérationnelle. | |
| 357–393 | L'origine des suffixes personnels dans les langues caucasiques du sud L'hypothèse d'une réanalyse René LACROIX Résumé |
| Dans chacune des langues de la famille caucasique du sud (aussi appelée « kartvèle »), les formes verbales finies sont spécifiées pour un ou deux ensembles de traits morphosyntaxiques de personne-nombre, nommés Série I et Série II. Dans la construction transitive, les traits de la Série I marquent l’accord avec le sujet; les traits de la Série II, l’accord avec l’objet. Les traits des Séries I et II sont réalisés aussi bien par des préfixes que par des suffixes. Dans le système reconstruit pour des états de langue plus anciens, les traits de la Série II étaient réalisés uniquement par des préfixes. A un moment donné, les suffixes réalisant la Série I en sont venus à être associés aux traits de la Série II. La seule explication ayant été proposée pour expliquer ce phénomène fait intervenir l’analogie. Elle laisse sans réponse un certain nombre de questions. Par contraste, l’hypothèse proposée ici suggère que les suffixes de la Série I ont été réanalysés, dans un certain type de construction, comme réalisant simultanément les Séries I et II. Cette hypothèse permet d’expliquer, d’une manière très naturelle, l’évolution des suffixes personnels dans les quatre langues de la famille, et rend compte de leur distribution paradigmatique particulière en synchronie. | |
| 395–449 | Voyelles réarticulées en tseltal Pertinence d'une approche dialectologique et expérimentale pour la typologie phonologique (données d'ALTO) Jean Léo LÉONARD, Cédric GENDROT et Gilles POLIAN Résumé |
| Le projet ALTO (Atlas linguistique du tseltal occidental) apporte des données nouvelles sur la variation dialectale du tseltal, importante langue maya occidentale parlée dans les Hautes Terres du Chiapas, au sud-est du Mexique, tant pour la phonologie que pour la morphologie flexionnelle et le lexique. Les voyelles réarticulées (VhV, V’V) élicitées à partir d’enquêtes auprès de deux locuteurs pour chacune des 17 localités qui constituent le réseau dialectal des centres urbains et périurbains où le tseltal occidental est parlé, sont observées à l’aide d’une instrumentation phonétique relevant de la phonologie de laboratoire. Au-delà des aires dialectales que composent les isophones des change ments que subissent les voyelles réarticulées dans l’espace géolinguistique tseltal, les principales classes de réalisation de ces noyaux complexes sont répertoriées, selon une échelle de neutralisation qui va de la réarticulation à la simplification des noyaux syllabiques en question. Ces classes de phénomènes fournissent les angles d’observation pour définir, en termes de complexité structurelle aussi bien qu’en termes de distribution aréale, les propriétés structurales de ces objets syllabiques particulièrement marqués dans les langues du monde. Les mesures de durée, la relation entre harmoniques et bruit (par constriction glottique partielle ou totale), la répartition du bruit en termes de centre de gravité, les structures prosodiques (F0) et le timbre vocalique (F1-F3) font l’objet d’un examen détaillé, entre les deux principaux degrés d’aperture vocalique (voyelles basses vs voyelles hautes). Les résultats obtenus montrent que ces voyelles tendent à être ultra-longues, qu’aucun noeud de lieu n’est inhérent à la phase de hiatus (CdeG), et que la réarticulation – dont les mesures d’harmoniques sur bruit et d’intensité RMS montrent clairement les propriétés segmentales en termes de concavité des courbes – n’entraîne aucune modification sensible du timbre ni de la fréquence fondamentale (F0) sur le plan suprasegmental. Ils montrent également quelques propriétés asymétriques fines entre voyelles basses et voyelles hautes réarticulées d’une part, ainsi qu’entre les gradients de neutralisation de la réarticulation entre les deux sous-classes de noyaux complexes (VhV versus V’V). Les auteurs concluent que les voyelles réarticulées présentent des propriétés génériques qui les apparentent davantage à des voyelles longues qu’à des hiatus tautosyllabiques, mais que cette catégorisation est sujette à des réanalyses qui tendent à en faire, selon les variétés dialectales ou les idiolectes, des séquences vocaliques resyllabées séparées par une attaque rattachée à un lieu d’articulation épiglottique, des hiatus avec approximante, ou voyelles brèves issues de crase interne. | |