Sommaires du BSL

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Numéro 102/1 (2007)

PagesAuteursTitreLienRésumé
vii–xxiv Procès-verbaux de l'année 2006 Indisponible
1–2 Lionel GALAND Alphonse Leguil (1920-2005) Indisponible
3–16 Gilbert LAZARD La linguistique cognitive n'existe pas Résumé
L’expression « linguistique cognitive » n’a de sens que dans le contexte de la linguistique américaine, où elle signifie l’opposition à la grammaire générative et à la conception du langage comme un module autonome. Hors de ce contexte, elle ne désigne en fait que le retour à une conception traditionnelle du langage, de la langue et de la linguistique. Elle risque cependant de faire perdre de vue la spécificité de l’analyse des structures des langues.
17–33 Robert MARTIN Sur la nature du « signifié de langue »
Réflexions de lexicographie
Résumé
Pour représenter le « signifié de langue », le lexicographe recourt à des structures arborescentes. Or, pour un même mot, ces représentations varient considérablement d’un dictionnaire à l’autre. Cela se comprend: les critères de classification sont en très grand nombre, et il existe toujours, pour les hiérarchiser, une pluralité de possibles. Tout donne à penser qu’un espace bidimensionnel est inadapté à un tel objet. On fait ici l’hypothèse que le « signifié de langue » est un objet multidimensionnel: à chacun de ses aspects serait attachée une dimension particulière. S’il est impossible, à supposer que l’hypothèse soit pertinente, d’en tirer aucune conséquence pour la lexicographie traditionnelle (sur papier), la lexicographie informatisée, gouvernée par des systèmes hypertextuels, pourrait en revanche conduire à des solutions novatrices et peut-être plus appropriées.
35–56 Paulo DE CARVALHO Parties du discours et personne Résumé
On présente ici un projet de réélaboration des « parties du discours », fondé sur une discussion critique de la théorie de Gustave Guillaume, laquelle, on le sait, s’enracine dans le contraste, supposé primitif, des catégories de l’Espace et du Temps. On s’attachera, au contraire, à montrer que ce contraste est, déjà, un résultat d’une intuition primaire, radicale, validée par un grand nombre de langues, parmi lesquelles, notamment, celles de la famille indo-européenne. Cette intuition est qu’il y a lieu de distinguer, dans l’univers tel qu’on le conçoit, d’un côté ce qui ne passe pas — autrement dit: ce qui paraît doué d’existence permanente, au-delà de l’expérience locutive du moment — et de l’autre ce qui paraît n’exister que dans l’exact moment où cela s’offre à la perception: ce qui passe, et se passe. Or cela suppose un point de vue, un centre de référence, capable de perception, et ce ne peut être que la personne humaine dont le prototype est le sujet parlant en tant qu’il parle, projetant, par empathie, sur le matériau livré par l’expérience, l’image de sa propre discontinuité temporelle, de sa précarité. Une conséquence, parmi d’autres, de cette intuition fondatrice est la nécessité de distinguer deux grandes classes de vocables nominaux, selon qu’ils se rapportent à l’avant de l’événement locutif, ou bien à l’après de celui-ci, et à son contenu temporel (formes verbonominales, dérivés abstraits « nomino-verbaux », et « nomino-adjectivaux »).
57–100 Françoise BADER Thème et variations sur l'ouverture de l'enclos
De Vṛtrahán à l'Apollon des Delphes
Indisponible
101–129 Claire LE FEUVRE Grec γῆ εὐρώεσσα, russe syra zemlja, vieil islandais saurr, « la terre humide »
Phraséologie indo-européenne et étymologie
Indisponible
131–154 Romain GARNIER Nouvelles réflexions étymologiques autour du grec ἄνθρωπος Indisponible
155–172 Hannah ROSÉN Les adverbes latins selon les mécanismes de leur mise en relief Résumé
En plus des classements traditionnels de l’adverbe, fondés sur des critères d’ordre morphologique, syntaxique et sémantique, on peut appliquer une classification selon les mécanismes divers qui servent à mettre des adverbes et adverbiaux en relief: des phrases clivées « classiques »; des phrases clivées qui sont liées par des variantes de mode d’action du verbe d’existence ou par le pro-verbe facere; clivage affectant l’apodose associée à une subordonnée conditionnelle, temporelle ou relative; et rattachement par épitaxe. Ces outils syntaxiques, et aussi, subsidiairement, des particules, qui se trouvent tous en distribution presque complémentaire, affinent les groupements existants et dégagent des différentiations syntaxiques et sémantiques additionnelles de l’adverbe latin.
173–192 Jean-Pierre CHAMBON et Rosa DAVIDSDOTTIR Approche de la déclinaison des substantifs en ancien français
De Moignet à Skårup (lecture critique et suggestions)
Résumé
Les apories mises au jour par la lecture critique de deux travaux classiques émanant d’excellents linguistes (Moignet 1976, Skårup 1994) conduisent à s’interroger sur le traitement que les descriptions de l’ancien français réservent à la déclinaison bicasuelle. Dans la ligne d’une contribution récente consacrée à l’ancien occitan (Chambon 2003) et en utilisant les apports de Stanovaïa (1993), les auteurs proposent, afin de mieux rendre compte de la réalité des usages observables, un modèle descriptif assoupli. Ils suggèrent d’appréhender la flexion substantivale de l’ancien français de manière scalaire, en faisant toute leur part aux faits de variation libre, et se dégageant de la notion « déclinaison », notion piégée non seulement par ses a priori historisants, mais aussi par son caractère sournoisement normatif.
193–215 Jacques FRANÇOIS L'émergence d'une construction
Comment plusieurs verbes français de requête ont acquis l'aptitude à exprimer l'implication à partir du 17ème siècle
Résumé
A partir du 17ème siècle, le verbe demander a connu une diversification de constructions et de sens: avec un sujet référant à un non-animé et particulièrement à un événement, il se met à exprimer une simple relation d’implication. Certains verbes de requête subissent un effet d’attraction, notamment appeler, commander, exiger, réclamer et requérir, tandis que d’autres, comme prier, implorer ou supplier, résistent à cette attraction. L’article montre comment l’exploitation de la base de données textuelles FRANTEXT sur quatre siècles permet de suivre la dynamique actancielle de plusieurs de ces verbes et comment celle du DICTIONNAIRE ELECTRONIQUE DES SYNONYMES du CRISCO (www.crisco.unicaen.fr) permet de visualiser l’espace sémantique composé de ces verbes de requête et de repérer l’aire de synonymie correspondant à l’expression de l’implication.
217–254 Claire BLANCHE-BENVENISTE et Dominique WILLEMS Un nouveau regard sur les verbes « faibles » Résumé
De nombreux linguistes ont distingué un ensemble de verbes « faibles » en lui donnant des dénominations variées: verbes parenthétiques, verbes épistémiques faibles, verbes évidentiels. Ces verbes se distinguent sur le plan syntaxique par un comportement spécifique de rection faible (suivis d’une que P ou employés en incise) et sur le plan sémantique par leur valeur modale épistémique, souvent décrite comme « faible » par rapport à un comportement sémantiquement plus fort que ces mêmes verbes présenteraient dans d’autres structures. Cet ensemble de verbes (très fréquemment utilisés en français parlé) n’est pas aisé à définir, ni à délimiter. Notre contribution présente une analyse de trois de ces verbes en français parlé, sous leur forme la plus fréquemment attestée, à la première personne: je crois, je pense et je trouve. L’analyse a permis (1) de dégager trois réalisations syntaxiques « faibles » qui sont en distribution complémentaire et qui permettent de définir un ensemble de verbes ou plutôt un comportement de verbe « faible »; (2) contrairement à d’autres analyses proposées, nous ne pensons pas que dans leur emploi faible ces verbes perdent toute capacité de sélectionner des compléments, ni qu’ils passent de la catégorie du verbe à une autre catégorie, celle de l’adverbe en l’occurrence; (3) sur le plan sémantique, ces verbes présentent une valeur sémantique stable qui porte sur la validation du contenu de l’énoncé P: ce contenu est présenté comme ayant un degré moindre de validation; (4) à côté de cette valeur « structurale » globale, chaque verbe présente des spécificités sémantiques et sélectionne des contenus particuliers. En cela la classe des verbes faibles ne s’oppose pas essentiellement aux autres classes sémantico-syntaxiques de verbes.
255–284 Olivier BONAMI et Danièle GODARD Quelle syntaxe, incidemment, pour les adverbes incidents? Résumé
Nous nous appuyons sur les données du français pour étudier les propriétés des adverbes en fonction d’ajouts incidents (ou plus simplement, adverbes incidents), et ce qui les oppose à celles des adverbes ordinaires, intégrés; puis nous montrons brièvement comment ils peuvent être pris en compte dans une grammaire. L’incidence est une propriété des occurrences, et non des items lexicaux: il n’y a donc pas de corrélation avec des classes sémantiques ou un fonctionnement pragmatique spécifiques. Les adverbes incidents peuvent être ou non parenthétiques, c’est-à-dire ne pas contribuer ou contribuer au contenu principal de la proposition. Il s’agit d’un statut prosodique (bien que leur réalisation phonétique ne soit pas unique), corrélé à des propriétés syntaxiques et des propriétés de portée. Crucialement, les adverbes incidents ne peuvent pas être considérés comme étant hors du champ de la grammaire, car leur occurrence est syntaxiquement contrainte: ils n’apparaissent pas à l’intérieur d’un constituant majeur de la phrase (sauf à l’intérieur du syntagme verbal), et toutes les positions ne sont pas également ouvertes aux adverbes incidents et intégrés. De plus, l’incidence a un corrélat sémantique, en ce que, contrairement à ce qui se passe pour les adverbes intégrés, leur portée n’est pas contrainte par leur position. Nous adoptons un modèle de grammaire syntagmatique, qui distingue entre une structure tectogrammaticale (pour la constituance et les fonctions) et une structure phénogrammaticale (pour l’ordre des constituants). Dans cette perspective, ils sont analysés comme des ajouts à la phrase, qui sont linéarisés librement au début ou à la fin de la phrase, ou entre les constituants majeurs.
285–323 Francis CORBLIN Pronoms et mentions Résumé
Cet article propose d’analyser un paradigme de pronoms (les clitiques français) comme des formes essentiellement « mentionnelles » en ce sens qu’un pronom s’interprète comme écho d’une mention antérieure, et répète la contribution de cette mention antécédente dans son propre contexte. Sont utilisées pour établir cette thèse des données dont certaines sont marginales dans les approches classiques (pay-cheque sentences) ou n’ont pas été reconnues dans la littérature (anaphore à des segments d’idiomes). En outre, on revient sur les approches classiques des pronoms (Evans 1980, Kamp 1981), pour montrer leurs limites. On propose dans cette perspective une analyse critique de la notion de référent de discours, en établissant: 1) que cette notion est mentionnelle par nature; 2) que la non-reconnaissance explicite de cette dimension est un obstacle à la couverture adéquate de certains fonctionnements, notamment l’anaphore aux indéfinis spécifiques. L’article propose une modification du cadre classique de la théorie des représentations du discours intégrant des informations sur les mentions introductrices de référents de discours. On montre pour finir que le modèle ainsi modifié permet de formaliser correctement la notion de « référence du locuteur » (opposée à la référence de l’expression, voir Kripke 1997), et on teste cette capacité sur le traitement des énoncés de révision discutés par Strawson (1952).
325–366 Daniel PETIT Syncrétisme, sous-spécification et création casuelle dans les langues baltiques Résumé
Une particularité des langues baltiques à l’intérieur de la famille indo-européenne est la formation d’un système complexe de quatre cas locatifs (inessif, illatif, adessif, allatif), qui étaient encore largement attestés en vieux lituanien (XVIe siècle). L’objet du présent article est de discuter la genèse de ces cas locatifs à partir de postpositions originelles. On montre notamment que le souci d’éviter la sous-spécification casuelle a joué un grand rôle dans leur évolution.
367–397 Elsa ORÉAL Fracture d'actance et dynamique morphosyntaxique
Le renouvellement du perfectif et ancien égyptien
Résumé
Une nouvelle analyse des schémas actanciels mis en oeuvre au perfectif en Ancien égyptien aboutit à la restitution d’un paradigme de perfectif ancien unique réunissant le Pseudoparticipe (Statif) et la forme de sdm(=f) « indicatif » de la tradition grammaticale. Leur parenté fonctionnelle déjà reconnue est ainsi mise en relation avec un dispositif actanciel proto-égyptien de type « dual » ou « actif », où deux paradigmes de marques personnelles employées pour marquer l’actant pronominal de la construction uniactancielle s’opposent en fonction du caractère événementiel ou qualitatif de la prédication, tandis que le patientif pronominal de la construction biactancielle est marqué comme l’actant unique d’un prédication d’état ou de qualité. Cette reconstruction permet à son tour de reconstituer dans le détail le processus de renouvellement aboutissant à la forme de Parfait récent sdm.n(=f/SN), qui met notamment en jeu le morphème jn marquant l’agentif nominal dans un certain nombre de constructions de l’égyptien historique, et d’en comprendre les motivations fonctionnelles.
399–427 Margaret DUNHAM Le langi et la Vallée du Rift Tanzanien
Contacts et convergences
Résumé
La Vallée du Rift Tanzanien présente une diversité linguistique parmi les plus riches du monde, et constitue la seule région où sont parlées des langues des quatre grandes familles linguistiques de l’Afrique (Niger-congo, Afro-asiatique, Nilo-saharien et Khoesan). Après une brève présentation des situations linguistique et sociale des populations de la Vallée, ainsi qu’une courte introduction aux structures du langi, cet article décrit un certain nombre de phénomènes, tirés à la fois des recherches de terrain de l’auteur et de celles d’autres chercheurs, qui montrent que les langues qui y sont parlées appartiennent à une aire de convergence, où les langues, sous l’effet de contacts prolongés, ont subi un certain nombre de changements structurels ayant pour effet de les rendre plus similaires typologiquement les unes aux autres. L’auteur soulève ensuite la question de la classification du langi et du mbugwe, deux langues bantu de l’aire qui, manifestement, n’appartiennent pas au même groupe que les autres langues bantu de la région.
429–434 Yan GREUB Sur un mécanisme de la préstandardisation de la langue d'oïl Indisponible
435–439 Robert FOREST S/Z ou les infortunes du XIX Résumé
L’article fait état de la prononciation avec [s] dévoisé du numéral dix-neuf par un nombre croissant de francophones de France. Ce début de changement, phonologique, aboutit à un allophone en /-s/ devant consonne dans le micro-système des composés en dix-. Aucune pression systémique ne semble à l’origine de cette évolution.
vii–xxiv Procès-verbaux de l'année 2006

1–2 Alphonse Leguil (1920-2005)
Lionel GALAND
3–16 La linguistique cognitive n'existe pas
Gilbert LAZARD
Résumé
L’expression « linguistique cognitive » n’a de sens que dans le contexte de la linguistique américaine, où elle signifie l’opposition à la grammaire générative et à la conception du langage comme un module autonome. Hors de ce contexte, elle ne désigne en fait que le retour à une conception traditionnelle du langage, de la langue et de la linguistique. Elle risque cependant de faire perdre de vue la spécificité de l’analyse des structures des langues.
17–33 Sur la nature du « signifié de langue »
Réflexions de lexicographie

Robert MARTIN
Résumé
Pour représenter le « signifié de langue », le lexicographe recourt à des structures arborescentes. Or, pour un même mot, ces représentations varient considérablement d’un dictionnaire à l’autre. Cela se comprend: les critères de classification sont en très grand nombre, et il existe toujours, pour les hiérarchiser, une pluralité de possibles. Tout donne à penser qu’un espace bidimensionnel est inadapté à un tel objet. On fait ici l’hypothèse que le « signifié de langue » est un objet multidimensionnel: à chacun de ses aspects serait attachée une dimension particulière. S’il est impossible, à supposer que l’hypothèse soit pertinente, d’en tirer aucune conséquence pour la lexicographie traditionnelle (sur papier), la lexicographie informatisée, gouvernée par des systèmes hypertextuels, pourrait en revanche conduire à des solutions novatrices et peut-être plus appropriées.
35–56 Parties du discours et personne
Paulo DE CARVALHO
Résumé
On présente ici un projet de réélaboration des « parties du discours », fondé sur une discussion critique de la théorie de Gustave Guillaume, laquelle, on le sait, s’enracine dans le contraste, supposé primitif, des catégories de l’Espace et du Temps. On s’attachera, au contraire, à montrer que ce contraste est, déjà, un résultat d’une intuition primaire, radicale, validée par un grand nombre de langues, parmi lesquelles, notamment, celles de la famille indo-européenne. Cette intuition est qu’il y a lieu de distinguer, dans l’univers tel qu’on le conçoit, d’un côté ce qui ne passe pas — autrement dit: ce qui paraît doué d’existence permanente, au-delà de l’expérience locutive du moment — et de l’autre ce qui paraît n’exister que dans l’exact moment où cela s’offre à la perception: ce qui passe, et se passe. Or cela suppose un point de vue, un centre de référence, capable de perception, et ce ne peut être que la personne humaine dont le prototype est le sujet parlant en tant qu’il parle, projetant, par empathie, sur le matériau livré par l’expérience, l’image de sa propre discontinuité temporelle, de sa précarité. Une conséquence, parmi d’autres, de cette intuition fondatrice est la nécessité de distinguer deux grandes classes de vocables nominaux, selon qu’ils se rapportent à l’avant de l’événement locutif, ou bien à l’après de celui-ci, et à son contenu temporel (formes verbonominales, dérivés abstraits « nomino-verbaux », et « nomino-adjectivaux »).
57–100 Thème et variations sur l'ouverture de l'enclos
De Vṛtrahán à l'Apollon des Delphes

Françoise BADER
101–129 Grec γῆ εὐρώεσσα, russe syra zemlja, vieil islandais saurr, « la terre humide »
Phraséologie indo-européenne et étymologie

Claire LE FEUVRE
131–154 Nouvelles réflexions étymologiques autour du grec ἄνθρωπος
Romain GARNIER
155–172 Les adverbes latins selon les mécanismes de leur mise en relief
Hannah ROSÉN
Résumé
En plus des classements traditionnels de l’adverbe, fondés sur des critères d’ordre morphologique, syntaxique et sémantique, on peut appliquer une classification selon les mécanismes divers qui servent à mettre des adverbes et adverbiaux en relief: des phrases clivées « classiques »; des phrases clivées qui sont liées par des variantes de mode d’action du verbe d’existence ou par le pro-verbe facere; clivage affectant l’apodose associée à une subordonnée conditionnelle, temporelle ou relative; et rattachement par épitaxe. Ces outils syntaxiques, et aussi, subsidiairement, des particules, qui se trouvent tous en distribution presque complémentaire, affinent les groupements existants et dégagent des différentiations syntaxiques et sémantiques additionnelles de l’adverbe latin.
173–192 Approche de la déclinaison des substantifs en ancien français
De Moignet à Skårup (lecture critique et suggestions)

Jean-Pierre CHAMBON et Rosa DAVIDSDOTTIR
Résumé
Les apories mises au jour par la lecture critique de deux travaux classiques émanant d’excellents linguistes (Moignet 1976, Skårup 1994) conduisent à s’interroger sur le traitement que les descriptions de l’ancien français réservent à la déclinaison bicasuelle. Dans la ligne d’une contribution récente consacrée à l’ancien occitan (Chambon 2003) et en utilisant les apports de Stanovaïa (1993), les auteurs proposent, afin de mieux rendre compte de la réalité des usages observables, un modèle descriptif assoupli. Ils suggèrent d’appréhender la flexion substantivale de l’ancien français de manière scalaire, en faisant toute leur part aux faits de variation libre, et se dégageant de la notion « déclinaison », notion piégée non seulement par ses a priori historisants, mais aussi par son caractère sournoisement normatif.
193–215 L'émergence d'une construction
Comment plusieurs verbes français de requête ont acquis l'aptitude à exprimer l'implication à partir du 17ème siècle

Jacques FRANÇOIS
Résumé
A partir du 17ème siècle, le verbe demander a connu une diversification de constructions et de sens: avec un sujet référant à un non-animé et particulièrement à un événement, il se met à exprimer une simple relation d’implication. Certains verbes de requête subissent un effet d’attraction, notamment appeler, commander, exiger, réclamer et requérir, tandis que d’autres, comme prier, implorer ou supplier, résistent à cette attraction. L’article montre comment l’exploitation de la base de données textuelles FRANTEXT sur quatre siècles permet de suivre la dynamique actancielle de plusieurs de ces verbes et comment celle du DICTIONNAIRE ELECTRONIQUE DES SYNONYMES du CRISCO (www.crisco.unicaen.fr) permet de visualiser l’espace sémantique composé de ces verbes de requête et de repérer l’aire de synonymie correspondant à l’expression de l’implication.
217–254 Un nouveau regard sur les verbes « faibles »
Claire BLANCHE-BENVENISTE et Dominique WILLEMS
Résumé
De nombreux linguistes ont distingué un ensemble de verbes « faibles » en lui donnant des dénominations variées: verbes parenthétiques, verbes épistémiques faibles, verbes évidentiels. Ces verbes se distinguent sur le plan syntaxique par un comportement spécifique de rection faible (suivis d’une que P ou employés en incise) et sur le plan sémantique par leur valeur modale épistémique, souvent décrite comme « faible » par rapport à un comportement sémantiquement plus fort que ces mêmes verbes présenteraient dans d’autres structures. Cet ensemble de verbes (très fréquemment utilisés en français parlé) n’est pas aisé à définir, ni à délimiter. Notre contribution présente une analyse de trois de ces verbes en français parlé, sous leur forme la plus fréquemment attestée, à la première personne: je crois, je pense et je trouve. L’analyse a permis (1) de dégager trois réalisations syntaxiques « faibles » qui sont en distribution complémentaire et qui permettent de définir un ensemble de verbes ou plutôt un comportement de verbe « faible »; (2) contrairement à d’autres analyses proposées, nous ne pensons pas que dans leur emploi faible ces verbes perdent toute capacité de sélectionner des compléments, ni qu’ils passent de la catégorie du verbe à une autre catégorie, celle de l’adverbe en l’occurrence; (3) sur le plan sémantique, ces verbes présentent une valeur sémantique stable qui porte sur la validation du contenu de l’énoncé P: ce contenu est présenté comme ayant un degré moindre de validation; (4) à côté de cette valeur « structurale » globale, chaque verbe présente des spécificités sémantiques et sélectionne des contenus particuliers. En cela la classe des verbes faibles ne s’oppose pas essentiellement aux autres classes sémantico-syntaxiques de verbes.
255–284 Quelle syntaxe, incidemment, pour les adverbes incidents?
Olivier BONAMI et Danièle GODARD
Résumé
Nous nous appuyons sur les données du français pour étudier les propriétés des adverbes en fonction d’ajouts incidents (ou plus simplement, adverbes incidents), et ce qui les oppose à celles des adverbes ordinaires, intégrés; puis nous montrons brièvement comment ils peuvent être pris en compte dans une grammaire. L’incidence est une propriété des occurrences, et non des items lexicaux: il n’y a donc pas de corrélation avec des classes sémantiques ou un fonctionnement pragmatique spécifiques. Les adverbes incidents peuvent être ou non parenthétiques, c’est-à-dire ne pas contribuer ou contribuer au contenu principal de la proposition. Il s’agit d’un statut prosodique (bien que leur réalisation phonétique ne soit pas unique), corrélé à des propriétés syntaxiques et des propriétés de portée. Crucialement, les adverbes incidents ne peuvent pas être considérés comme étant hors du champ de la grammaire, car leur occurrence est syntaxiquement contrainte: ils n’apparaissent pas à l’intérieur d’un constituant majeur de la phrase (sauf à l’intérieur du syntagme verbal), et toutes les positions ne sont pas également ouvertes aux adverbes incidents et intégrés. De plus, l’incidence a un corrélat sémantique, en ce que, contrairement à ce qui se passe pour les adverbes intégrés, leur portée n’est pas contrainte par leur position. Nous adoptons un modèle de grammaire syntagmatique, qui distingue entre une structure tectogrammaticale (pour la constituance et les fonctions) et une structure phénogrammaticale (pour l’ordre des constituants). Dans cette perspective, ils sont analysés comme des ajouts à la phrase, qui sont linéarisés librement au début ou à la fin de la phrase, ou entre les constituants majeurs.
285–323 Pronoms et mentions
Francis CORBLIN
Résumé
Cet article propose d’analyser un paradigme de pronoms (les clitiques français) comme des formes essentiellement « mentionnelles » en ce sens qu’un pronom s’interprète comme écho d’une mention antérieure, et répète la contribution de cette mention antécédente dans son propre contexte. Sont utilisées pour établir cette thèse des données dont certaines sont marginales dans les approches classiques (pay-cheque sentences) ou n’ont pas été reconnues dans la littérature (anaphore à des segments d’idiomes). En outre, on revient sur les approches classiques des pronoms (Evans 1980, Kamp 1981), pour montrer leurs limites. On propose dans cette perspective une analyse critique de la notion de référent de discours, en établissant: 1) que cette notion est mentionnelle par nature; 2) que la non-reconnaissance explicite de cette dimension est un obstacle à la couverture adéquate de certains fonctionnements, notamment l’anaphore aux indéfinis spécifiques. L’article propose une modification du cadre classique de la théorie des représentations du discours intégrant des informations sur les mentions introductrices de référents de discours. On montre pour finir que le modèle ainsi modifié permet de formaliser correctement la notion de « référence du locuteur » (opposée à la référence de l’expression, voir Kripke 1997), et on teste cette capacité sur le traitement des énoncés de révision discutés par Strawson (1952).
325–366 Syncrétisme, sous-spécification et création casuelle dans les langues baltiques
Daniel PETIT
Résumé
Une particularité des langues baltiques à l’intérieur de la famille indo-européenne est la formation d’un système complexe de quatre cas locatifs (inessif, illatif, adessif, allatif), qui étaient encore largement attestés en vieux lituanien (XVIe siècle). L’objet du présent article est de discuter la genèse de ces cas locatifs à partir de postpositions originelles. On montre notamment que le souci d’éviter la sous-spécification casuelle a joué un grand rôle dans leur évolution.
367–397 Fracture d'actance et dynamique morphosyntaxique
Le renouvellement du perfectif et ancien égyptien

Elsa ORÉAL
Résumé
Une nouvelle analyse des schémas actanciels mis en oeuvre au perfectif en Ancien égyptien aboutit à la restitution d’un paradigme de perfectif ancien unique réunissant le Pseudoparticipe (Statif) et la forme de sdm(=f) « indicatif » de la tradition grammaticale. Leur parenté fonctionnelle déjà reconnue est ainsi mise en relation avec un dispositif actanciel proto-égyptien de type « dual » ou « actif », où deux paradigmes de marques personnelles employées pour marquer l’actant pronominal de la construction uniactancielle s’opposent en fonction du caractère événementiel ou qualitatif de la prédication, tandis que le patientif pronominal de la construction biactancielle est marqué comme l’actant unique d’un prédication d’état ou de qualité. Cette reconstruction permet à son tour de reconstituer dans le détail le processus de renouvellement aboutissant à la forme de Parfait récent sdm.n(=f/SN), qui met notamment en jeu le morphème jn marquant l’agentif nominal dans un certain nombre de constructions de l’égyptien historique, et d’en comprendre les motivations fonctionnelles.
399–427 Le langi et la Vallée du Rift Tanzanien
Contacts et convergences

Margaret DUNHAM
Résumé
La Vallée du Rift Tanzanien présente une diversité linguistique parmi les plus riches du monde, et constitue la seule région où sont parlées des langues des quatre grandes familles linguistiques de l’Afrique (Niger-congo, Afro-asiatique, Nilo-saharien et Khoesan). Après une brève présentation des situations linguistique et sociale des populations de la Vallée, ainsi qu’une courte introduction aux structures du langi, cet article décrit un certain nombre de phénomènes, tirés à la fois des recherches de terrain de l’auteur et de celles d’autres chercheurs, qui montrent que les langues qui y sont parlées appartiennent à une aire de convergence, où les langues, sous l’effet de contacts prolongés, ont subi un certain nombre de changements structurels ayant pour effet de les rendre plus similaires typologiquement les unes aux autres. L’auteur soulève ensuite la question de la classification du langi et du mbugwe, deux langues bantu de l’aire qui, manifestement, n’appartiennent pas au même groupe que les autres langues bantu de la région.
429–434 Sur un mécanisme de la préstandardisation de la langue d'oïl
Yan GREUB
435–439 S/Z ou les infortunes du XIX
Robert FOREST
Résumé
L’article fait état de la prononciation avec [s] dévoisé du numéral dix-neuf par un nombre croissant de francophones de France. Ce début de changement, phonologique, aboutit à un allophone en /-s/ devant consonne dans le micro-système des composés en dix-. Aucune pression systémique ne semble à l’origine de cette évolution.