| Pages | Auteurs | Titre | Lien | Résumé |
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| vii–xxix | Procès-verbaux des séances de l'année 2005 | Indisponible | ||
| 1–28 | Gilbert LAZARD | Qu'est-ce qu'une langue? | Résumé | |
| C’est par la typologie, dit Hjelmslev, que la linguistique peut devenir une science. Elle ne peut y parvenir sans disposer d’une idée claire de son objet, la langue. Le besoin de clarification théorique se fait aujourd’hui largement sentir en typologie et en linguistique en général. On réexamine dans cet article la définition saussurienne de la langue, souvent oubliée ou mal comprise. La langue, selon Saussure, est une forme, non une substance: elle n’est autre chose qu’un double réseau de frontières. Cette conception a d’importantes conséquences pratiques pour la description des langues, pour leur comparaison en vue de découvrir des invariants et pour une juste représentation de la nature de ces invariants. Elle éclaire aussi et précise les rapports entre la linguistique et les disciplines voisines et elle ouvre la voie vers une science des langues plus assurée. | ||||
| 29–65 | Igor MEL'ČUK | Parties du discours et locutions | Résumé | |
| "1. Une locution est une unité lexicale, qui doit avoir son propre article de dictionnaire; dans la structure syntaxique profonde [= SSyntP] d’une phrase, elle occupe un seul noeud, mais correspond à un sous-arbre dans la SSynt de surface [= SSyntS], car à ce niveau, c’est un syntagme. Le problème se pose alors: comment, dans un dictionnaire grand public, assigner à une locution la partie du discours? 2. Les parties du discours [= PartDisc] sont discutées en termes généraux. Nous proposons de distinguer les PartDisc profondes (linguistiquement universelles) et les PartDisc de surface (caractéristiques d’une langue particulière); les deux sont les partitions des lexies selon les ensembles de règles linguistiques qui s’appliquent à ces lexies. De plus, il faut utiliser dans le dictionnaire les traits syntaxiques: les caractéristiques du comportement des lexies qui n’induisent pas leur partition mais spécifient, pour une lexie donnée, les constructions dans lesquelles elle peut apparaître. 3. Les PartDisc des lexies monolexémiques françaises sont décrites en termes de cinq PartDisc profondes et huit PartDisc de surface. 4. Étant une lexie multilexémique, c’est-à-dire un syntagme, une locution ne peut pas avoir une PartDisc de surface. Pour une locution, on indiquera donc sa pseudo-PartDisc de surface, c’est-à-dire sa caractéristique en tant que groupe syntaxique, et sa PartDisc profonde — sous forme d’expression « emploi X-al », où X est une Part-Disc profonde (par exemple, « emploi adverbial »). Ainsi, pour en miettes on écrira « groupe prépositionnel, emploi adjectival » (une voiture en miettes, La voiture était en miettes). 5. Certaines expressions phraséologisées (par exemple, de type en vain ou par contre) ne sont pas des locutions, mais des mots (historiquement) composés. Si on les considérait comme des locutions, leur SSyntS ne serait pas “normale”, en ce sens qu’elle ne pourrait pas être traitée par les règles générales de la langue. Un mot composé phraséologisé occupe un seul noeud dans la SSyntS de la phrase et est décrit dans le dictionnaire comme une lexie monolexémique. 6. Les locutions nominales et prépositionnelles employées adjectivalement (par exemple, voiture en miettes) sont opposées aux adjectifs invariables (par exemple, règle standard, copie pirate); des tests syntaxiques pour les adjectifs invariables du français sont introduits. 7. Pour illustrer nos propos, nous donnons une petite liste de locutions et de mots composés phraséologisés du français munis des informations sur leur PartDisc, du type proposé ci-dessus." | ||||
| 67–88 | Christian LEHMANN | Les rôles sémantiques comme prédicats | Résumé | |
| Cet article se donne pour objectif de contribuer à l’explicitation de la notion de rôle sémantique. Comme il est bien connu, les relateurs casuels peuvent naître par la grammaticalisation de coverbes. Ces constructions nous font entendre mieux les procédés sémantiques. On distinguera deux niveaux de rôles sémantiques: -celui des classes de situations et de prédicats qui leur correspondent — comme mouvement, transmission, communication etc. —, dans lesquelles les participants reçoivent des rôles génériques tels qu’actor, undergoer, but etc. -celui d’un prédicat individuel comme fendre à partir duquel il est attribué aux participants des rôles spécifiques, ainsi de fendeur et fendu. Ces rôles sont spécifiés par le contenu lexical du verbe. Dans une situation complexe comme je fends le bois en utilisant une hache, il y a deux prédicats, un prédicat central (fendre) et un prédicat latéral (utiliser). Si ce dernier se grammaticalise, son contenu lexical se réduit, il devient un prédicat élémentaire et, en dernière analyse, un relateur casuel. Ce faisant, ses rôles sémantiques spécifiques deviennent à leur tour génériques. Il en résulte qu’un rôle sémantique périphérique d’un prédicat central, ici l’instrument de fendre, est le rôle sémantique spécifique d’un prédicat élémentaire qui lui sert de prédicat latéral. Cette conception sera démontrée à partir d’exemples empruntés au japonais, au chinois et à d’autres langues. | ||||
| 89–132 | Claude HAGÈGE | Vers une typologie linguistique des affects | Résumé | |
| Le discours quotidien contient un grand nombre de phrases affectives, c'est-à-dire exprimant des sensations, des perceptions ou des émotions. Dans la plupart des langues, le correspondant linguistique de la personne qui éprouve ces affects, à savoir l'expérient, est traité, en termes morphosyntaxiques, selon l'une, ou plus d'une, des quatre stratégies suivantes∞∞∞: il peut fonctionner soit comme possesseur, soit comme complément oblique, soit comme sujet, soit comme objet. Il apparaît que peu de langues possèdent des marqueurs morphologiques ou des constructions syntaxiques qui soient uniquement réservés à l'expression des affects. Cependant, dans trois des quatre stratégies d'encodage de l'expérient, on observe entre syntaxe et sémantique une intéressante corrélation, qui est fondée sur le paramètre de la volition. En conséquence, bien que l'on ne puisse pas dire qu'il existe une grammaire des affects qui soit spécifique, l'étude des affects est une thématique idéale pour contribuer à approfondir les recherches sur le lien étroit entre les structures linguistiques et la complexité du sens. | ||||
| 133–153 | Jelena VLADIMIRSKA | L'exclamation dans le dialogue oral en français | Résumé | |
| Le présent article, ayant pour objet l’énoncé exclamatif en français, est fondé sur l’examen des données fournies par un corpus d’extraits de conversations familières et propose une approche des énoncés exclamatifs, fondée sur leur caractère profondément coénonciatif. Selon l’éloignement de l’exclamation de l’élément déclencheur nous distinguons les exclamations immédiates, et les exclamations postérieures. Lorsque l’exclamation fait partie de la production sonore de l’écouteur en réaction à un élément déclencheur introduit par le parleur, on parlera d’exclamations dialogales; lorsque c’est le parleur lui-même qui produit l’exclamation dans le cadre de son propre discours, on parlera d’exclamations monologales. La production de l’exclamation dans un contexte dialogal révèle deux types d’attitude coénonciative: celle du consensus et celle du désaccord. L’examen de l’organisation morphosyntaxique et prosodique des exclamations, ainsi que l’analyse du contexte propice à leur émission, nous conduisent à distinguer les exclamations appréciatives et interjectives révélant une attitude de consensus coénonciatif et les exclamations interrogatives et épistémiques qui apparaissent dans le cadre du désaccord coénonciatif. | ||||
| 155–171 | Claire LE FEUVRE | Ili na polud'ne ili polunošty « à midi ou à minuit » (Euch. 54a25) Le locatif singulier des thèmes consonantiques en slave |
Résumé | |
| La désinence -e du locatif singulier des thèmes consonantiques en slave vient bien du génitif. Elle est probablement issue de la réinterprétation d'un ancien génitif dans le syntagme adverbial polu dĭne « à midi » (litt. « à la moitié du jour »), analysé comme un locatif une fois le syntagme univerbé, sur le modèle de polu nošti / polunošti « à minuit » (litt. « à la moitié de la nuit »), le Gén. sg. et le Loc. sg. étant homophones dans les thèmes en -i-. Par ce processus, la désinence de Loc. sg. consonantique a acquis un nouvel allomorphe, -e, homophone du Gén. sg. Le slave ayant plusieurs cas d'homophonie entre Gén. sg. et Loc. sg., la nouvelle forme s'appuyait sur une structure existant par ailleurs. C'est à partir de la nouvelle forme dĭne que la nouvelle désinence s'est étendue à tout le type consonantique, du fait que le nom du jour est l'un des mots les plus usuels: le succès de cette innovation tient au fait que la désinence héritée, -ĭ < i.e. *-i, était homophone de la désinence d'Acc. sg., voire de Nom. sg., et que cette structure n'était pas viable. | ||||
| 173–223 | M.-M. Jocelyne FERNANDEZ-VEST | Vers une typologie linguistique du détachement à fondement ouralien d'Europe | Résumé | |
| La recherche d’opérations linguistiques susceptibles d’expliquer le positionnement périphérique des pré- et post-Rhèmes s’inspire ici de l’analyse de corpus de terrain, narratifs et dialogiques, dans quelques langues nord-occidentales du domaine ouralien. La méthode élaborée initialement pour l’étude d’une interlangue, le finnois des Sames bilingues, puis appliquée au same du Nord, encore prototypique de l’oralité pure dans les années 1980, a permis d’établir une typologie des Questions et des Réponses sur la base de critères prosodiques, sémantiques, syntaxiques. Posant pour l’étude de la Structuration Informationnelle de discours situés sur un continuum //conversation quotidienne — discours médiatisé// l’hypothèse d’une organisation doublement tripartite de l’information (3 niveaux et 3 constituants énonciatifs), on dégage à partir de l’Enoncé communicatif minimal, support de stratégies binaires 1 (Thème-Rhème) ou 2 (Rhème-Mnémème), la hiérarchie organisationnelle du discours (prosodie — particules énonciatives — ordre des mots). La démonstration s’appuie sur le rôle-pivot du Mnémème, apparenté à l’Antitopic des grammaires constructionnelles mais défini en termes d’information scalaire et d’énonciation textuelle: construction détachée finale en voie de grammaticalisation, il participe à la cohésion sémantico-interactionnelle du discours. La théorisation des opérations de détachements — détachement initial (DI) et détachement final (DF) — s’enrichit d’une part de l’observation de l’évolution typologique des langues ouraliennes, imbriquées dans un environnement indo-européen de l’écrit, d’autre part de l’application de la méthodologie initiale à des dialogues plurilingues d’oral simulé (théâtre) et à leurs traductions. Au-delà de l’évaluation du degré d’oralité d’une langue et/ou de ses registres, la problématique plus générale de la linéarisation du discours et des processus cognitifs qui la sous-tendent nous ramène à une question non résolue: qu’est-ce qu’un ordre des mots « neutre »? | ||||
| 225–272 | Denis CREISSELS | Suffixes casuels et postpositions en hongrois | Résumé | |
| Cet article situe d’abord les suffixes casuels dans le cadre général de la flexion nominale du hongrois, et montre notamment que ces suffixes ne possèdent pas tous au même degré des propriétés de morphèmes liés. Par ailleurs, en dehors de l’impossibilité de coordonner directement entre eux deux suffixes casuels, la place occupée par ces suffixes dans l’architecture du groupe nominal est identique à celle qu’occupent les postpositions de la classe illustrée par mögött ‘derrière’. Ces postpositions sont caractérisées par le fait qu’elles possèdent une flexion en personne. Or les suffixes casuels, à la seule exception de l’accusatif, sont incompatibles avec les pronoms personnels, et dans les conditions où on s’attendrait à voir apparaître un pronom personnel fléchi en cas, on trouve un mot qui a l’apparence d’une postposition fléchie en personne. Les suffixes casuels autres que l’accusatif sont donc en distribution complémentaire avec des postpositions nécessairement fléchies en personne. Compte tenu de la ressemblance de forme qu’il y a, en dehors du superessif, entre le suffixe casuel et la postposition correspondante, on peut envisager de poursuivre l’analyse en posant que le hongrois a un seul véritable suffixe casuel (l’accusatif), ou peut-être deux (l’accusatif et le superessif), les autres étant en fait la forme clitique de postpositions. | ||||
| 273–303 | François JACQUESSON | La reconstruction linguistique du passé Le cas des langues borogaro |
Résumé | |
| On décrit d’abord (1.) la situation linguistique de l’Assam moderne (Inde du Nord-est), et les hypothèses historiques plausibles qui en rendent compte; ces hypothèses sont sujettes à critiques. On analyse ensuite (2.) de façon détaillée les concordances phonologiques entre les parlers tibéto-birmans de l’Assam central, qui forment le groupe borogaro: on présente des critères précis — les plus fins concernent les diphtongues —, assortis d’exemples pour leur classification, et l’on observe que ces critères permettent de valoriser certaines sources anciennes sur des parlers parfois disparus. L’examen (3.) d’autres langues tibéto-birmanes permet de conforter nos critères, et d’en préciser le développement historique. Enfin, nous proposons (4.) une reconstruction historique des nappages lingusitiques, puis (5.) soulignons la distinction centrale entre modification des langues et modification des ethnies — elles-mêmes d’ailleurs différentes selon qu’on parle des cultures ou des lignées humaines, avant de proposer une piste pour l’examen plus général des langues boro-garo. | ||||
| 305–367 | Alice VITTRANT | Les constructions des verbes en série Une autre approche du syntagme verbal en birman |
Résumé | |
| Les suites de verbes non-interrompues par des connecteurs sont nombreuses en birman. Formés de plusieurs lexèmes verbaux qui se suivent, ces syntagmes verbaux, dont la forme de surface est identique, ne peuvent cependant pas être analysés de la même façon. Dans cet article, nous proposons d’utiliser la notion de constructions de verbes en série (CVS), envisagée comme un continuum ‘balisé’ par des constructions prototypiques, pour présenter une analyse plus globale du syntagme verbal en birman. Cette nouvelle approche nous permettra de traiter ensemble des phénomènes traditionnellement analysés isolément. En outre, le birman apporte des données intéressantes sur le phénomène des constructions de verbes en série (CVS); il montre ainsi la non-universalité de certains critères utilisés dans d’autres langues pour définir le phénomène, et surtout l’impossibilité d’établir des propriétés formelles généralisables à toutes les CVS et à elles seulement dans certaines langues. | ||||
| 369–416 | Danh Thành DO-HURINVILLE | Étude de quelques marqueurs aspectuels, de la construction de la successivité et du discours rapporté dans la littérature et la presse vietnamiennes Étude contrastive avec le français |
Résumé | |
| Dans cet article, après avoir présenté les deux principales approches dont les partisans ont grammaticalisé đã, rôi, đang, vừa, sắp et se pour leur assigner d’abord une étiquette temporelle puis une étiquette aspectuelle, nous remettrons en question ces approches en montrant leurs limites, et nous en proposerons une autre en nous appuyant sur le sémantisme de base de ces termes. Nous procéderons ensuite à une brève comparaison entre ces coverbes du vietnamien, langue isolante, et quelques périphrases et temps verbaux du français, langue flexionnelle. Enfin nous examinerons l’ordre temporel et le discours rapporté (discours direct, discours indirect et discours indirect libre), rencontrés dans la littérature et dans la presse vietnamiennes. | ||||
| 417–438 | Antoine GUILLAUME | La catégorie du « mouvement associé » en cavineña Apport à une typologie de l'encodage du mouvement et de la trajectoire |
Résumé | |
| Cet article étudie un paradigme de suffixes verbaux qui codent, entre autres, des notions de mouvement et de trajectoire en cavineña, une langue amazonienne du nord de la Bolivie (famille tacana). Ces suffixes sont intéressants à plusieurs titres. Tout d’abord, ils ont un contenu sémantique extrêmement complexe et inhabituel. Ensuite, ils encodent la composante sémantique du mouvement, ce qui est un phénomène peu décrit et peu connu. Enfin, la nature de ces suffixes pose des problèmes d’ordre typologique. Le but de notre article est double: (1) comparer le système du cavineña avec d’autres systèmes similaires qui ont été suffisamment bien décrits dans la littérature et (2) montrer que ces suffixes posent problème à la typologie actuelle de l’événement spatial (« typology of motion event ») développée à la suite de Talmy (1985, 2000). | ||||
| 439–456 | István FODOR et Judit RAPAI | Une nouvelle objection à la méthode des « ressemblances » de Joseph H. Greenberg (fondée sur une étude psycho-linguistique) | Résumé | |
| Il y a 50 ans, Joseph H. Greenberg publiait pour la première fois une nouvelle classification des langues africaines (1949-1954). Fondée sur l’utilisation de « comparaisons de masse » (mass comparison) et sur la « ressemblance » pour établir l’affinité génétique de ces langues, et en général, non écrites, cette classification a remplacé la méthode traditionnelle. Malgré des critiques sévères, la théorie de Greenberg a remporté un grand succès et sa classification a été largement acceptée et se trouve citée dans les encyclopédies, manuels et articles de la discipline. Les auteurs de cette étude ont mené une enquête psychologique (psychométrique) pour démentir les méthodes de Greenberg. 159 sujets (hongrois) ont eu à estimer quels mots dans une liste de rapprochements étaient « ressemblants », c’est-à-dire génétiquement apparentés selon Greenberg. Les sujets ont apprécié différemment quels étaient les mots « ressemblants » et par conséquent, aucune tendance unanime n’a été observée. 26 sujets non hongrois, étudiants de différents pays et de langues maternelles diverses, ont également jugé ces mots différemment. Le résultat n’est pas étonnant: une observation subjective n’est pas applicable sans le contrôle d’une recherche objective. Cet argument a donc été opposé jadis aux théories et méthodes de Greenberg — sans avoir fait alors l’objet d’une enquête —, mais il a été jusqu’à présent négligé. En conclusion: les méthodes et la classification de Greenberg demandent une révision radicale. | ||||
| 457–471 | Alain LEMARÉCHAL | Quelques remarques sur « les rôles sémantiques comme prédicats » | Indisponible | |
| vii–xxix | Procès-verbaux des séances de l'année 2005 |
| 1–28 | Qu'est-ce qu'une langue? Gilbert LAZARD Résumé |
| C’est par la typologie, dit Hjelmslev, que la linguistique peut devenir une science. Elle ne peut y parvenir sans disposer d’une idée claire de son objet, la langue. Le besoin de clarification théorique se fait aujourd’hui largement sentir en typologie et en linguistique en général. On réexamine dans cet article la définition saussurienne de la langue, souvent oubliée ou mal comprise. La langue, selon Saussure, est une forme, non une substance: elle n’est autre chose qu’un double réseau de frontières. Cette conception a d’importantes conséquences pratiques pour la description des langues, pour leur comparaison en vue de découvrir des invariants et pour une juste représentation de la nature de ces invariants. Elle éclaire aussi et précise les rapports entre la linguistique et les disciplines voisines et elle ouvre la voie vers une science des langues plus assurée. | |
| 29–65 | Parties du discours et locutions Igor MEL'ČUK Résumé |
| "1. Une locution est une unité lexicale, qui doit avoir son propre article de dictionnaire; dans la structure syntaxique profonde [= SSyntP] d’une phrase, elle occupe un seul noeud, mais correspond à un sous-arbre dans la SSynt de surface [= SSyntS], car à ce niveau, c’est un syntagme. Le problème se pose alors: comment, dans un dictionnaire grand public, assigner à une locution la partie du discours? 2. Les parties du discours [= PartDisc] sont discutées en termes généraux. Nous proposons de distinguer les PartDisc profondes (linguistiquement universelles) et les PartDisc de surface (caractéristiques d’une langue particulière); les deux sont les partitions des lexies selon les ensembles de règles linguistiques qui s’appliquent à ces lexies. De plus, il faut utiliser dans le dictionnaire les traits syntaxiques: les caractéristiques du comportement des lexies qui n’induisent pas leur partition mais spécifient, pour une lexie donnée, les constructions dans lesquelles elle peut apparaître. 3. Les PartDisc des lexies monolexémiques françaises sont décrites en termes de cinq PartDisc profondes et huit PartDisc de surface. 4. Étant une lexie multilexémique, c’est-à-dire un syntagme, une locution ne peut pas avoir une PartDisc de surface. Pour une locution, on indiquera donc sa pseudo-PartDisc de surface, c’est-à-dire sa caractéristique en tant que groupe syntaxique, et sa PartDisc profonde — sous forme d’expression « emploi X-al », où X est une Part-Disc profonde (par exemple, « emploi adverbial »). Ainsi, pour en miettes on écrira « groupe prépositionnel, emploi adjectival » (une voiture en miettes, La voiture était en miettes). 5. Certaines expressions phraséologisées (par exemple, de type en vain ou par contre) ne sont pas des locutions, mais des mots (historiquement) composés. Si on les considérait comme des locutions, leur SSyntS ne serait pas “normale”, en ce sens qu’elle ne pourrait pas être traitée par les règles générales de la langue. Un mot composé phraséologisé occupe un seul noeud dans la SSyntS de la phrase et est décrit dans le dictionnaire comme une lexie monolexémique. 6. Les locutions nominales et prépositionnelles employées adjectivalement (par exemple, voiture en miettes) sont opposées aux adjectifs invariables (par exemple, règle standard, copie pirate); des tests syntaxiques pour les adjectifs invariables du français sont introduits. 7. Pour illustrer nos propos, nous donnons une petite liste de locutions et de mots composés phraséologisés du français munis des informations sur leur PartDisc, du type proposé ci-dessus." | |
| 67–88 | Les rôles sémantiques comme prédicats Christian LEHMANN Résumé |
| Cet article se donne pour objectif de contribuer à l’explicitation de la notion de rôle sémantique. Comme il est bien connu, les relateurs casuels peuvent naître par la grammaticalisation de coverbes. Ces constructions nous font entendre mieux les procédés sémantiques. On distinguera deux niveaux de rôles sémantiques: -celui des classes de situations et de prédicats qui leur correspondent — comme mouvement, transmission, communication etc. —, dans lesquelles les participants reçoivent des rôles génériques tels qu’actor, undergoer, but etc. -celui d’un prédicat individuel comme fendre à partir duquel il est attribué aux participants des rôles spécifiques, ainsi de fendeur et fendu. Ces rôles sont spécifiés par le contenu lexical du verbe. Dans une situation complexe comme je fends le bois en utilisant une hache, il y a deux prédicats, un prédicat central (fendre) et un prédicat latéral (utiliser). Si ce dernier se grammaticalise, son contenu lexical se réduit, il devient un prédicat élémentaire et, en dernière analyse, un relateur casuel. Ce faisant, ses rôles sémantiques spécifiques deviennent à leur tour génériques. Il en résulte qu’un rôle sémantique périphérique d’un prédicat central, ici l’instrument de fendre, est le rôle sémantique spécifique d’un prédicat élémentaire qui lui sert de prédicat latéral. Cette conception sera démontrée à partir d’exemples empruntés au japonais, au chinois et à d’autres langues. | |
| 89–132 | Vers une typologie linguistique des affects Claude HAGÈGE Résumé |
| Le discours quotidien contient un grand nombre de phrases affectives, c'est-à-dire exprimant des sensations, des perceptions ou des émotions. Dans la plupart des langues, le correspondant linguistique de la personne qui éprouve ces affects, à savoir l'expérient, est traité, en termes morphosyntaxiques, selon l'une, ou plus d'une, des quatre stratégies suivantes∞∞∞: il peut fonctionner soit comme possesseur, soit comme complément oblique, soit comme sujet, soit comme objet. Il apparaît que peu de langues possèdent des marqueurs morphologiques ou des constructions syntaxiques qui soient uniquement réservés à l'expression des affects. Cependant, dans trois des quatre stratégies d'encodage de l'expérient, on observe entre syntaxe et sémantique une intéressante corrélation, qui est fondée sur le paramètre de la volition. En conséquence, bien que l'on ne puisse pas dire qu'il existe une grammaire des affects qui soit spécifique, l'étude des affects est une thématique idéale pour contribuer à approfondir les recherches sur le lien étroit entre les structures linguistiques et la complexité du sens. | |
| 133–153 | L'exclamation dans le dialogue oral en français Jelena VLADIMIRSKA Résumé |
| Le présent article, ayant pour objet l’énoncé exclamatif en français, est fondé sur l’examen des données fournies par un corpus d’extraits de conversations familières et propose une approche des énoncés exclamatifs, fondée sur leur caractère profondément coénonciatif. Selon l’éloignement de l’exclamation de l’élément déclencheur nous distinguons les exclamations immédiates, et les exclamations postérieures. Lorsque l’exclamation fait partie de la production sonore de l’écouteur en réaction à un élément déclencheur introduit par le parleur, on parlera d’exclamations dialogales; lorsque c’est le parleur lui-même qui produit l’exclamation dans le cadre de son propre discours, on parlera d’exclamations monologales. La production de l’exclamation dans un contexte dialogal révèle deux types d’attitude coénonciative: celle du consensus et celle du désaccord. L’examen de l’organisation morphosyntaxique et prosodique des exclamations, ainsi que l’analyse du contexte propice à leur émission, nous conduisent à distinguer les exclamations appréciatives et interjectives révélant une attitude de consensus coénonciatif et les exclamations interrogatives et épistémiques qui apparaissent dans le cadre du désaccord coénonciatif. | |
| 155–171 | Ili na polud'ne ili polunošty « à midi ou à minuit » (Euch. 54a25) Le locatif singulier des thèmes consonantiques en slave Claire LE FEUVRE Résumé |
| La désinence -e du locatif singulier des thèmes consonantiques en slave vient bien du génitif. Elle est probablement issue de la réinterprétation d'un ancien génitif dans le syntagme adverbial polu dĭne « à midi » (litt. « à la moitié du jour »), analysé comme un locatif une fois le syntagme univerbé, sur le modèle de polu nošti / polunošti « à minuit » (litt. « à la moitié de la nuit »), le Gén. sg. et le Loc. sg. étant homophones dans les thèmes en -i-. Par ce processus, la désinence de Loc. sg. consonantique a acquis un nouvel allomorphe, -e, homophone du Gén. sg. Le slave ayant plusieurs cas d'homophonie entre Gén. sg. et Loc. sg., la nouvelle forme s'appuyait sur une structure existant par ailleurs. C'est à partir de la nouvelle forme dĭne que la nouvelle désinence s'est étendue à tout le type consonantique, du fait que le nom du jour est l'un des mots les plus usuels: le succès de cette innovation tient au fait que la désinence héritée, -ĭ < i.e. *-i, était homophone de la désinence d'Acc. sg., voire de Nom. sg., et que cette structure n'était pas viable. | |
| 173–223 | Vers une typologie linguistique du détachement à fondement ouralien d'Europe M.-M. Jocelyne FERNANDEZ-VEST Résumé |
| La recherche d’opérations linguistiques susceptibles d’expliquer le positionnement périphérique des pré- et post-Rhèmes s’inspire ici de l’analyse de corpus de terrain, narratifs et dialogiques, dans quelques langues nord-occidentales du domaine ouralien. La méthode élaborée initialement pour l’étude d’une interlangue, le finnois des Sames bilingues, puis appliquée au same du Nord, encore prototypique de l’oralité pure dans les années 1980, a permis d’établir une typologie des Questions et des Réponses sur la base de critères prosodiques, sémantiques, syntaxiques. Posant pour l’étude de la Structuration Informationnelle de discours situés sur un continuum //conversation quotidienne — discours médiatisé// l’hypothèse d’une organisation doublement tripartite de l’information (3 niveaux et 3 constituants énonciatifs), on dégage à partir de l’Enoncé communicatif minimal, support de stratégies binaires 1 (Thème-Rhème) ou 2 (Rhème-Mnémème), la hiérarchie organisationnelle du discours (prosodie — particules énonciatives — ordre des mots). La démonstration s’appuie sur le rôle-pivot du Mnémème, apparenté à l’Antitopic des grammaires constructionnelles mais défini en termes d’information scalaire et d’énonciation textuelle: construction détachée finale en voie de grammaticalisation, il participe à la cohésion sémantico-interactionnelle du discours. La théorisation des opérations de détachements — détachement initial (DI) et détachement final (DF) — s’enrichit d’une part de l’observation de l’évolution typologique des langues ouraliennes, imbriquées dans un environnement indo-européen de l’écrit, d’autre part de l’application de la méthodologie initiale à des dialogues plurilingues d’oral simulé (théâtre) et à leurs traductions. Au-delà de l’évaluation du degré d’oralité d’une langue et/ou de ses registres, la problématique plus générale de la linéarisation du discours et des processus cognitifs qui la sous-tendent nous ramène à une question non résolue: qu’est-ce qu’un ordre des mots « neutre »? | |
| 225–272 | Suffixes casuels et postpositions en hongrois Denis CREISSELS Résumé |
| Cet article situe d’abord les suffixes casuels dans le cadre général de la flexion nominale du hongrois, et montre notamment que ces suffixes ne possèdent pas tous au même degré des propriétés de morphèmes liés. Par ailleurs, en dehors de l’impossibilité de coordonner directement entre eux deux suffixes casuels, la place occupée par ces suffixes dans l’architecture du groupe nominal est identique à celle qu’occupent les postpositions de la classe illustrée par mögött ‘derrière’. Ces postpositions sont caractérisées par le fait qu’elles possèdent une flexion en personne. Or les suffixes casuels, à la seule exception de l’accusatif, sont incompatibles avec les pronoms personnels, et dans les conditions où on s’attendrait à voir apparaître un pronom personnel fléchi en cas, on trouve un mot qui a l’apparence d’une postposition fléchie en personne. Les suffixes casuels autres que l’accusatif sont donc en distribution complémentaire avec des postpositions nécessairement fléchies en personne. Compte tenu de la ressemblance de forme qu’il y a, en dehors du superessif, entre le suffixe casuel et la postposition correspondante, on peut envisager de poursuivre l’analyse en posant que le hongrois a un seul véritable suffixe casuel (l’accusatif), ou peut-être deux (l’accusatif et le superessif), les autres étant en fait la forme clitique de postpositions. | |
| 273–303 | La reconstruction linguistique du passé Le cas des langues borogaro François JACQUESSON Résumé |
| On décrit d’abord (1.) la situation linguistique de l’Assam moderne (Inde du Nord-est), et les hypothèses historiques plausibles qui en rendent compte; ces hypothèses sont sujettes à critiques. On analyse ensuite (2.) de façon détaillée les concordances phonologiques entre les parlers tibéto-birmans de l’Assam central, qui forment le groupe borogaro: on présente des critères précis — les plus fins concernent les diphtongues —, assortis d’exemples pour leur classification, et l’on observe que ces critères permettent de valoriser certaines sources anciennes sur des parlers parfois disparus. L’examen (3.) d’autres langues tibéto-birmanes permet de conforter nos critères, et d’en préciser le développement historique. Enfin, nous proposons (4.) une reconstruction historique des nappages lingusitiques, puis (5.) soulignons la distinction centrale entre modification des langues et modification des ethnies — elles-mêmes d’ailleurs différentes selon qu’on parle des cultures ou des lignées humaines, avant de proposer une piste pour l’examen plus général des langues boro-garo. | |
| 305–367 | Les constructions des verbes en série Une autre approche du syntagme verbal en birman Alice VITTRANT Résumé |
| Les suites de verbes non-interrompues par des connecteurs sont nombreuses en birman. Formés de plusieurs lexèmes verbaux qui se suivent, ces syntagmes verbaux, dont la forme de surface est identique, ne peuvent cependant pas être analysés de la même façon. Dans cet article, nous proposons d’utiliser la notion de constructions de verbes en série (CVS), envisagée comme un continuum ‘balisé’ par des constructions prototypiques, pour présenter une analyse plus globale du syntagme verbal en birman. Cette nouvelle approche nous permettra de traiter ensemble des phénomènes traditionnellement analysés isolément. En outre, le birman apporte des données intéressantes sur le phénomène des constructions de verbes en série (CVS); il montre ainsi la non-universalité de certains critères utilisés dans d’autres langues pour définir le phénomène, et surtout l’impossibilité d’établir des propriétés formelles généralisables à toutes les CVS et à elles seulement dans certaines langues. | |
| 369–416 | Étude de quelques marqueurs aspectuels, de la construction de la successivité et du discours rapporté dans la littérature et la presse vietnamiennes Étude contrastive avec le français Danh Thành DO-HURINVILLE Résumé |
| Dans cet article, après avoir présenté les deux principales approches dont les partisans ont grammaticalisé đã, rôi, đang, vừa, sắp et se pour leur assigner d’abord une étiquette temporelle puis une étiquette aspectuelle, nous remettrons en question ces approches en montrant leurs limites, et nous en proposerons une autre en nous appuyant sur le sémantisme de base de ces termes. Nous procéderons ensuite à une brève comparaison entre ces coverbes du vietnamien, langue isolante, et quelques périphrases et temps verbaux du français, langue flexionnelle. Enfin nous examinerons l’ordre temporel et le discours rapporté (discours direct, discours indirect et discours indirect libre), rencontrés dans la littérature et dans la presse vietnamiennes. | |
| 417–438 | La catégorie du « mouvement associé » en cavineña Apport à une typologie de l'encodage du mouvement et de la trajectoire Antoine GUILLAUME Résumé |
| Cet article étudie un paradigme de suffixes verbaux qui codent, entre autres, des notions de mouvement et de trajectoire en cavineña, une langue amazonienne du nord de la Bolivie (famille tacana). Ces suffixes sont intéressants à plusieurs titres. Tout d’abord, ils ont un contenu sémantique extrêmement complexe et inhabituel. Ensuite, ils encodent la composante sémantique du mouvement, ce qui est un phénomène peu décrit et peu connu. Enfin, la nature de ces suffixes pose des problèmes d’ordre typologique. Le but de notre article est double: (1) comparer le système du cavineña avec d’autres systèmes similaires qui ont été suffisamment bien décrits dans la littérature et (2) montrer que ces suffixes posent problème à la typologie actuelle de l’événement spatial (« typology of motion event ») développée à la suite de Talmy (1985, 2000). | |
| 439–456 | Une nouvelle objection à la méthode des « ressemblances » de Joseph H. Greenberg (fondée sur une étude psycho-linguistique) István FODOR et Judit RAPAI Résumé |
| Il y a 50 ans, Joseph H. Greenberg publiait pour la première fois une nouvelle classification des langues africaines (1949-1954). Fondée sur l’utilisation de « comparaisons de masse » (mass comparison) et sur la « ressemblance » pour établir l’affinité génétique de ces langues, et en général, non écrites, cette classification a remplacé la méthode traditionnelle. Malgré des critiques sévères, la théorie de Greenberg a remporté un grand succès et sa classification a été largement acceptée et se trouve citée dans les encyclopédies, manuels et articles de la discipline. Les auteurs de cette étude ont mené une enquête psychologique (psychométrique) pour démentir les méthodes de Greenberg. 159 sujets (hongrois) ont eu à estimer quels mots dans une liste de rapprochements étaient « ressemblants », c’est-à-dire génétiquement apparentés selon Greenberg. Les sujets ont apprécié différemment quels étaient les mots « ressemblants » et par conséquent, aucune tendance unanime n’a été observée. 26 sujets non hongrois, étudiants de différents pays et de langues maternelles diverses, ont également jugé ces mots différemment. Le résultat n’est pas étonnant: une observation subjective n’est pas applicable sans le contrôle d’une recherche objective. Cet argument a donc été opposé jadis aux théories et méthodes de Greenberg — sans avoir fait alors l’objet d’une enquête —, mais il a été jusqu’à présent négligé. En conclusion: les méthodes et la classification de Greenberg demandent une révision radicale. | |
| 457–471 | Quelques remarques sur « les rôles sémantiques comme prédicats » Alain LEMARÉCHAL |