| Pages | Auteurs | Titre | Lien | Résumé |
|---|---|---|---|---|
| vii–xxx | Procès-verbaux des séances de l'année 2003 | Indisponible | ||
| 1–6 | Nécrologie | Indisponible | ||
| 7–68 | Nicolas TOURNADRE | Typologie des aspects verbaux et intégration à une théorie du TAM | Résumé | |
| Le présent article a pour objectif d’examiner les aspects verbaux dans les langues naturelles, d’un point de vue typologique, en les replaçant dans un modèle général des temps, aspects et modes verbaux. Une attention particulière est apportée à l’interaction et aux interférences existant non seulement entre les diverses catégories aspectuelles elles-mêmes mais aussi avec les catégories temporelles et modales. Le lien entre ces catégories est encore souligné par le fait qu’une même forme verbale véhicule fréquemment une valeur aspectuelle dans un contexte mais indique une valeur temporelle ou modale dans un autre contexte. Nous montrons d’autre part que la dichotomie entre aspect lexical et aspect grammatical n’est pas opérationnelle, en particulier lorsque l’on compare des langues typologiquement éloignées. | ||||
| 69–106 | Anne ABEILLÉ et Danielle GODARD | De la légèreté en syntaxe | Résumé | |
| Nous proposons un nouveau type de déficience syntaxique, que nous appelons 'légèreté'. Elle concerne des mots ou des syntagmes, qui sont dépourvus de mobilité et de possibilité d'extraction. Les formes 'légères' se distinguent des formes incorporées, et des formes traditionnellement appelées 'faibles', en ce qu'elles peuvent être modifiées ou coordonnées. Nous montrons que cette notion s'applique à toutes les catégories et à des types de langue divers. On peut la concevoir comme un type intermédiaire entre formes faibles et formes fortes. | ||||
| 107–128 | Gilbert LAZARD | Légitimité des approches multiples en typologie Un exemple: actance et possession |
Résumé | |
| On soutient que, dans une perspective typologique, la multiplicité des approches est non seulement légitime, mais qu'elle est féconde et permet de caractériser les langues en cause plus exactement qu'en se bornant à un seul point de vue. On considère l'exemple de deux langues, le tcherkesse et le vogoul. On montre que la construction transitive peut y être décrite comme possessive, mais aussi comme ergative en tcherkesse et comme accusative avec fracture d'actance en vogoul. Les deux approches sont compatibles et on peut évaluer l'importance relative des résultats de l'une et de l'autre. D'autres phénomènes en rapport avec l'actance sont aussi examinés sommairement dans le même esprit (traitement différentiel des personnes, voix dans les langues du 'type philippin'). Le principe de cette procédure est généralisable à toute recherche typologique. | ||||
| 129–154 | Claire BLANCHE-BENVENISTE | Le singulier et le pluriel en français parlé contemporain | Résumé | |
| Le nombre grammatical du nom est représenté en français par deux systèmes distincts, celui du français écrit bien orthographié et celui du français parlé. En français écrit, les marques flexionnelles tendent à affecter tous les morphèmes à l’intérieur du syntagme nominal, alors que, en français parlé, la tendance est plutôt à marquer le pluriel seulement sur un 'spécifieur' en début de syntagme ou sur un quantifieur. Les études actuelles sur la typologie du nombre grammatical permettent de situer ces deux systèmes. Ces différences d’ordre morphologique semblent provoquer parfois quelques différences dans l’organisation des énoncés écrits ou prononcés. Mais les conséquences paraissent cependant peu importantes au niveau proprement syntaxique. | ||||
| 155–180 | Jean-Pierre CHAMBON et Jean-Paul CHAUVEAU | Un cas de dialectologite, ou le français invisible à propos des vues de Pierre Gardette sur le francoprovençal polailli et moyen français régional poulaille 'poule' |
Résumé | |
| Dans une analyse devenue classique, Pierre Gardette a voulu démontrer la vitalité, la cohésion et l'autonomie du francoprovençal, encore au 15ème siècle, par la diffusion à travers l'ensemble de son domaine d'une innovation lyonnaise, le remplacement de frpr. jalina 'poule' par frpr. polailli 'poule' Au contraire, l'examen du contexte sociolinguistique lyonnais à la fin du Moyen Âge, de la langue dans laquelle apparaissent les attestations anciennes, de la place de l'innovation dans la famille lexicale et des voies de sa diffusion spatiale, ainsi que l'apport de nouvelles données et la mise en parallèle du régionalisme poulet 'coq' montrent que cette innovation s'est déterminée et s'est diffusée en français. La vitalité prouvée par ce cas de figure n'est plus celle du francoprovençal, mais celle du français de la ville de Lyon, qui devient à partir du 15ème siècle le second centre d'influence linguistique de la France moderne. Pour appréhender les modalités selon lesquelles le français se diffuse, et se particularise en même temps, à travers l'espace national, il convient de se dégager de l'emprise du modèle dialectologique. | ||||
| 181–237 | Alain ROUVERET | Les clitiques pronominaux et la périphérie gauche en ancien français | Résumé | |
| La loi à laquelle sont associés les noms d’Adolf Tobler et d’Adolfo Mussafia, excluant l’occurrence des pronoms clitiques en position initiale de proposition, et donc la proclise dans les constructions à verbe premier, questions totales ou déclaratives, a été opérante en ancien français jusque dans les premières années du XIIIème siècle, époque à laquelle la langue a généralisé la syntaxe 'verbe second' à toutes les déclaratives. Cet article essaie d’établir que la restriction considérée est de nature non pas accentuelle ou prosodique, mais syntaxique, qu’elle n’est pas sensible aux relations de précédence qu’entretiennent les éléments, mais exclusivement à leur articulation hiérarchique. Plus précisément, elle est le reflet direct de l’organisation hiérarchique des catégories dans la périphérie gauche de la proposition et de la façon dont s’établissent les relations de dépendance temporelles dans ce domaine. Pour dériver ce résultat, il est nécessaire de s’interroger sur le statut de l’ancien français et des autres langues romanes médiévales comme langues à verbe second, sur l’analyse, la distribution et le statut informationnel / pragmatique des structures à verbe initial, et de proposer une hypothèse précise sur les principes qui organisent la périphérie gauche. Il est nécessaire également de se faire une idée plus exacte du fonctionnement de la cliticisation à travers les langues. On montre d’une part que la notion de temps dépendant paraît jouer un rôle dans la répartition entre enclise et proclise en ancien français, comme en portugais européen, d’autre part que deux structurations distinctes peuvent être associées à la périphérie gauche des langues V2, qui impliquent une distribution différente des relations de dépendance temporelle dans les structures à verbe initial. L’effet Tobler-Mussafia a partie liée avec l’un de ces choix structuraux. Sa disparition reflète le passage à l’autre structure. | ||||
| 239–257 | Irina FOUGERON | Focalisation du thème en russe contemporain | Résumé | |
| Nous avons montré dans nos recherches antérieures qu’un cas particulier de la focalisation du rhème permet au locuteur, dans un contexte polémique, de réfuter le présupposé avancé par son interlocuteur. Étant donné que le thème, grâce à sa réalisation phonétique, est souvent perçu par les russophones comme centre de l’information, il est légitime de se demander ce qu’apporte la focalisation au niveau du thème et dans quelles conditions elle est réalisée. Nous nous proposons aujourd’hui d’examiner le cas particulier de la focalisation du thème dans des énoncés articulés autour de la conjonction adversative 'a'. Sur la base d’une analyse des contextes, nous tâcherons de montrer que dans ces énoncés la focalisation du thème est fonction de la position de l’énoncé dans le contexte et des relations qu’entretiennent ses parties entre elles. | ||||
| 259–279 | Daniel PETIT | L'adjectif lituanien súdrus / sûdrús | Résumé | |
| L’adjectif lituanien sudrus / sudrùs 'robuste, solide, compact' est en général rapproché du composé védique sudrú- 'fait de bon bois'. Mais, à la différence du mot védique, il présente une voyelle longue *u qui paraît invalider ce rapprochement. L’objet du présent article est d’expliquer l’origine de cette voyelle longue. Une analyse du dossier philologique conduit à accepter la comparaison du lituanien sudrus / sudrùs et du védique sudru-; la voyelle longue de sudrus / sudrùs peut s’expliquer, quant à elle, par un effet de la loi de Winter. | ||||
| 281–310 | Anna SÖRÉS | La notion d' 'ordre de base' dans la typpologie des langues et son application à la langue hongroise | Résumé | |
| Dans la typologie des langues, mais aussi dans les descriptions de langues individuelles, les langues sont souvent caractérisées selon leur ordre de base, soit 'langue SVO' ou 'SOV', soit comme langue 'VO' ou 'OV'. L’article présentera dans un premier temps la typologie de l’ordre de base de Greenberg, qui est à l’origine de la problématique, ainsi que les développements de la théorie. Lors de la description de langues, un certain nombre de difficultés ont surgi, qui contribuent à l’évolution de la notion de l’ordre de base. Après avoir présenté ce côté théorique, nous ferons une étude détaillée sur la langue hongroise, afin d’établir l’ordre de base. On observera que pour une caractérisation adéquate de cette langue, il est nécessaire de dissocier l’ordre des constituants fondamentaux et l’ordre des éléments constitutifs des syntagmes. L’analyse démontrera qu’en hongrois, contrairement à d’autres langues, l’ordre dominant des constituants (SVO) ne permet pas de prédire l’ordre des modifieurs et des modifiés dans les syntagmes, ce dernier correspondant nettement au type OV. Il sera également démontré que le hongrois n’est pas une langue à ordre des mots libre. L’article se termine par une conclusion sur la notion de l’ 'ordre de base'. | ||||
| 311–361 | Alain KIHM | Les pluriels internes de l'arabe essai d'anatomie |
Résumé | |
| L’arabe littéral et dialectal connaît deux modes de pluralisation des nominaux: les pluriels externes ou 'sains' formés au moyen d’un suffixe — p. ex., mu'allim / mu'allimuun 'professeur(s), enseignant(s)' — et les pluriels internes ou 'brises' formés par une modification de la base même — p. ex., kitaab / kutub 'livre(s)'. Les premiers ne s’appliquent qu’à un sous-ensemble des nominaux, qui comprend en particulier les noms dérivés sémantiquement transparents par rapport au sens de leur base — ainsi mu'allim par rapport à 'allama 'enseigner'; ils constituent ainsi l’option marquée. La pluralisation interne, option non marquée ou par défaut, se caractérise pourtant par la multiplicité et l’imprévisibilité de ses formations: il existe une trentaine de gabarits différents, et la relation entre un singulier et le ou les pluriels internes qui lui sont associés est de nature statistique, avec une probabilité rarement supérieure à 50% que tel pluriel interne aille avec tel singulier ou l’inverse. Cet article vise à démontrer que, moyennant quelques hypothèses préalables, tous les gabarits peuvent être formés par un procédé unique: l’insertion d’un glide dans un site dérivationnel situé entre la 2e et la 3e consonne radicale. La diversité apparente, en soi irréductible, résulte alors de l’interaction de deux facteurs bien définis: le timbre du glide (/U/, /A/ ou /I/) et la nature de la position syllabique, attaque ou noyau, qu’il identifie dans le site. | ||||
| 363–382 | Appasamy MURUGAIYAN | Note sur les prédications existentielles en tamoul classique | Résumé | |
| Cet article porte sur les prédications exprimant des perceptions physiques ou mentales et des sentiments en tamoul classique. La construction expérientielle, dite ‘sujet au datif’, est considérée comme le trait le plus saillant de la linguistique aréale du souscontinent indien. En raison de sa grande diffusion, en Asie du Sud et au-delà, l'origine de cette construction est difficile à établir, tout comme reste à explorer son développement diachronique dans les diverses familles linguistiques du sous-continent. On suppose que cette innovation se serait diffusée à partir de la famille dravidienne. Notre étude se propose d’apporter un tout premier éclairage sur la place de la famille dravidienne dans cette question de typologie aréale. Elle montre qu’en tamoul classique la construction expérientielle inversée au cas datif est (presque) absente et qu’il existe une grande variabilité dans l'expression linguistique des notions expérientielles. Nous examinons également les propriétés sémantiques du datif et les types de constructions non expérientielles – notamment possessives – ayant pu contribuer au développement du marquage de l'expérient. | ||||
| 383–394 | Marc DUVAL | -ci suffixe terminal d'énoncé la promotion véridictionelle en coréen |
Résumé | |
| Le suffixe terminal -ci, en coréen, donne une interprétation polyphonique à l’énoncé auquel il est attaché. Les descriptions disponibles attribuent le support de cette voix supplémentaire soit au locuteur, soit à l’interlocuteur. Or, le type phrastique des énoncés marqués par -ci (assertif, interrogatif, injonctif et exhortatif), implique, primairement, une prise en charge par l’un de ces deux acteurs. Il apparaît donc necessaire: (1) de définir précisément les rôles de 'locuteur' et d’'interlocuteur', et (2), de les distinguer du ou des énonciateurs à qui l’effet polyphonique est attribuable. Nous montrons par ailleurs que le suffixe -ci ajoute la voix d’un énonciateur dont le support personnel est indifférent. La seule condition est que cet énonciateur ait assumé le contenu propositionnel préalablement à l’instant d’énonciation. Nous proposons enfin d’analyser ce phénomène de polyphonie comme le résultat d’une procédure de promotion véridictionnelle. | ||||
| 395–456 | Alain LAMARÉCHAL | Préhistoire(s) d'articles et grammaire comparée des langues austronésiennes | Résumé | |
| Après avoir examiné dans une perspective comparative le système des diathèses et des voix de quelques langues austronésiennes (BSLP 2001), nous nous livrerons au même travail sur un autre domaine associant dans cette famille stabilité et renouvellements/remaniements, celui des articles-'marques de cas', à partir d'un échantillon de 35 langues. | ||||
| 457–480 | Jacques VERNAUDON et Bernard RIGO | De la translation substantive à la quantification vers une caractérisation sémantique de l'article te en tahitien |
Résumé | |
| Après une présentation générale de l’'article' te en tahitien, nous précisons son rôle syntaxique grâce au concept de 'translation' emprunté à L. Tesnière et développé par A. Lemaréchal. Nous pensons que ce rôle syntaxique est le corollaire d’une valeur sémantique abstraite: te serait la trace d’une opération de quantification, telle que la définit A. Culioli. Dans cette nouvelle perspective, non seulement te n’est pas un 'déterminant', mais il se trouve être lui-même déterminé par les éléments qui lui sont postposés, au point que l’on peut le considérer comme la véritable tête du syntagme. | ||||
| vii–xxx | Procès-verbaux des séances de l'année 2003 |
| 1–6 | Nécrologie |
| 7–68 | Typologie des aspects verbaux et intégration à une théorie du TAM Nicolas TOURNADRE Résumé |
| Le présent article a pour objectif d’examiner les aspects verbaux dans les langues naturelles, d’un point de vue typologique, en les replaçant dans un modèle général des temps, aspects et modes verbaux. Une attention particulière est apportée à l’interaction et aux interférences existant non seulement entre les diverses catégories aspectuelles elles-mêmes mais aussi avec les catégories temporelles et modales. Le lien entre ces catégories est encore souligné par le fait qu’une même forme verbale véhicule fréquemment une valeur aspectuelle dans un contexte mais indique une valeur temporelle ou modale dans un autre contexte. Nous montrons d’autre part que la dichotomie entre aspect lexical et aspect grammatical n’est pas opérationnelle, en particulier lorsque l’on compare des langues typologiquement éloignées. | |
| 69–106 | De la légèreté en syntaxe Anne ABEILLÉ et Danielle GODARD Résumé |
| Nous proposons un nouveau type de déficience syntaxique, que nous appelons 'légèreté'. Elle concerne des mots ou des syntagmes, qui sont dépourvus de mobilité et de possibilité d'extraction. Les formes 'légères' se distinguent des formes incorporées, et des formes traditionnellement appelées 'faibles', en ce qu'elles peuvent être modifiées ou coordonnées. Nous montrons que cette notion s'applique à toutes les catégories et à des types de langue divers. On peut la concevoir comme un type intermédiaire entre formes faibles et formes fortes. | |
| 107–128 | Légitimité des approches multiples en typologie Un exemple: actance et possession Gilbert LAZARD Résumé |
| On soutient que, dans une perspective typologique, la multiplicité des approches est non seulement légitime, mais qu'elle est féconde et permet de caractériser les langues en cause plus exactement qu'en se bornant à un seul point de vue. On considère l'exemple de deux langues, le tcherkesse et le vogoul. On montre que la construction transitive peut y être décrite comme possessive, mais aussi comme ergative en tcherkesse et comme accusative avec fracture d'actance en vogoul. Les deux approches sont compatibles et on peut évaluer l'importance relative des résultats de l'une et de l'autre. D'autres phénomènes en rapport avec l'actance sont aussi examinés sommairement dans le même esprit (traitement différentiel des personnes, voix dans les langues du 'type philippin'). Le principe de cette procédure est généralisable à toute recherche typologique. | |
| 129–154 | Le singulier et le pluriel en français parlé contemporain Claire BLANCHE-BENVENISTE Résumé |
| Le nombre grammatical du nom est représenté en français par deux systèmes distincts, celui du français écrit bien orthographié et celui du français parlé. En français écrit, les marques flexionnelles tendent à affecter tous les morphèmes à l’intérieur du syntagme nominal, alors que, en français parlé, la tendance est plutôt à marquer le pluriel seulement sur un 'spécifieur' en début de syntagme ou sur un quantifieur. Les études actuelles sur la typologie du nombre grammatical permettent de situer ces deux systèmes. Ces différences d’ordre morphologique semblent provoquer parfois quelques différences dans l’organisation des énoncés écrits ou prononcés. Mais les conséquences paraissent cependant peu importantes au niveau proprement syntaxique. | |
| 155–180 | Un cas de dialectologite, ou le français invisible à propos des vues de Pierre Gardette sur le francoprovençal polailli et moyen français régional poulaille 'poule' Jean-Pierre CHAMBON et Jean-Paul CHAUVEAU Résumé |
| Dans une analyse devenue classique, Pierre Gardette a voulu démontrer la vitalité, la cohésion et l'autonomie du francoprovençal, encore au 15ème siècle, par la diffusion à travers l'ensemble de son domaine d'une innovation lyonnaise, le remplacement de frpr. jalina 'poule' par frpr. polailli 'poule' Au contraire, l'examen du contexte sociolinguistique lyonnais à la fin du Moyen Âge, de la langue dans laquelle apparaissent les attestations anciennes, de la place de l'innovation dans la famille lexicale et des voies de sa diffusion spatiale, ainsi que l'apport de nouvelles données et la mise en parallèle du régionalisme poulet 'coq' montrent que cette innovation s'est déterminée et s'est diffusée en français. La vitalité prouvée par ce cas de figure n'est plus celle du francoprovençal, mais celle du français de la ville de Lyon, qui devient à partir du 15ème siècle le second centre d'influence linguistique de la France moderne. Pour appréhender les modalités selon lesquelles le français se diffuse, et se particularise en même temps, à travers l'espace national, il convient de se dégager de l'emprise du modèle dialectologique. | |
| 181–237 | Les clitiques pronominaux et la périphérie gauche en ancien français Alain ROUVERET Résumé |
| La loi à laquelle sont associés les noms d’Adolf Tobler et d’Adolfo Mussafia, excluant l’occurrence des pronoms clitiques en position initiale de proposition, et donc la proclise dans les constructions à verbe premier, questions totales ou déclaratives, a été opérante en ancien français jusque dans les premières années du XIIIème siècle, époque à laquelle la langue a généralisé la syntaxe 'verbe second' à toutes les déclaratives. Cet article essaie d’établir que la restriction considérée est de nature non pas accentuelle ou prosodique, mais syntaxique, qu’elle n’est pas sensible aux relations de précédence qu’entretiennent les éléments, mais exclusivement à leur articulation hiérarchique. Plus précisément, elle est le reflet direct de l’organisation hiérarchique des catégories dans la périphérie gauche de la proposition et de la façon dont s’établissent les relations de dépendance temporelles dans ce domaine. Pour dériver ce résultat, il est nécessaire de s’interroger sur le statut de l’ancien français et des autres langues romanes médiévales comme langues à verbe second, sur l’analyse, la distribution et le statut informationnel / pragmatique des structures à verbe initial, et de proposer une hypothèse précise sur les principes qui organisent la périphérie gauche. Il est nécessaire également de se faire une idée plus exacte du fonctionnement de la cliticisation à travers les langues. On montre d’une part que la notion de temps dépendant paraît jouer un rôle dans la répartition entre enclise et proclise en ancien français, comme en portugais européen, d’autre part que deux structurations distinctes peuvent être associées à la périphérie gauche des langues V2, qui impliquent une distribution différente des relations de dépendance temporelle dans les structures à verbe initial. L’effet Tobler-Mussafia a partie liée avec l’un de ces choix structuraux. Sa disparition reflète le passage à l’autre structure. | |
| 239–257 | Focalisation du thème en russe contemporain Irina FOUGERON Résumé |
| Nous avons montré dans nos recherches antérieures qu’un cas particulier de la focalisation du rhème permet au locuteur, dans un contexte polémique, de réfuter le présupposé avancé par son interlocuteur. Étant donné que le thème, grâce à sa réalisation phonétique, est souvent perçu par les russophones comme centre de l’information, il est légitime de se demander ce qu’apporte la focalisation au niveau du thème et dans quelles conditions elle est réalisée. Nous nous proposons aujourd’hui d’examiner le cas particulier de la focalisation du thème dans des énoncés articulés autour de la conjonction adversative 'a'. Sur la base d’une analyse des contextes, nous tâcherons de montrer que dans ces énoncés la focalisation du thème est fonction de la position de l’énoncé dans le contexte et des relations qu’entretiennent ses parties entre elles. | |
| 259–279 | L'adjectif lituanien súdrus / sûdrús Daniel PETIT Résumé |
| L’adjectif lituanien sudrus / sudrùs 'robuste, solide, compact' est en général rapproché du composé védique sudrú- 'fait de bon bois'. Mais, à la différence du mot védique, il présente une voyelle longue *u qui paraît invalider ce rapprochement. L’objet du présent article est d’expliquer l’origine de cette voyelle longue. Une analyse du dossier philologique conduit à accepter la comparaison du lituanien sudrus / sudrùs et du védique sudru-; la voyelle longue de sudrus / sudrùs peut s’expliquer, quant à elle, par un effet de la loi de Winter. | |
| 281–310 | La notion d' 'ordre de base' dans la typpologie des langues et son application à la langue hongroise Anna SÖRÉS Résumé |
| Dans la typologie des langues, mais aussi dans les descriptions de langues individuelles, les langues sont souvent caractérisées selon leur ordre de base, soit 'langue SVO' ou 'SOV', soit comme langue 'VO' ou 'OV'. L’article présentera dans un premier temps la typologie de l’ordre de base de Greenberg, qui est à l’origine de la problématique, ainsi que les développements de la théorie. Lors de la description de langues, un certain nombre de difficultés ont surgi, qui contribuent à l’évolution de la notion de l’ordre de base. Après avoir présenté ce côté théorique, nous ferons une étude détaillée sur la langue hongroise, afin d’établir l’ordre de base. On observera que pour une caractérisation adéquate de cette langue, il est nécessaire de dissocier l’ordre des constituants fondamentaux et l’ordre des éléments constitutifs des syntagmes. L’analyse démontrera qu’en hongrois, contrairement à d’autres langues, l’ordre dominant des constituants (SVO) ne permet pas de prédire l’ordre des modifieurs et des modifiés dans les syntagmes, ce dernier correspondant nettement au type OV. Il sera également démontré que le hongrois n’est pas une langue à ordre des mots libre. L’article se termine par une conclusion sur la notion de l’ 'ordre de base'. | |
| 311–361 | Les pluriels internes de l'arabe essai d'anatomie Alain KIHM Résumé |
| L’arabe littéral et dialectal connaît deux modes de pluralisation des nominaux: les pluriels externes ou 'sains' formés au moyen d’un suffixe — p. ex., mu'allim / mu'allimuun 'professeur(s), enseignant(s)' — et les pluriels internes ou 'brises' formés par une modification de la base même — p. ex., kitaab / kutub 'livre(s)'. Les premiers ne s’appliquent qu’à un sous-ensemble des nominaux, qui comprend en particulier les noms dérivés sémantiquement transparents par rapport au sens de leur base — ainsi mu'allim par rapport à 'allama 'enseigner'; ils constituent ainsi l’option marquée. La pluralisation interne, option non marquée ou par défaut, se caractérise pourtant par la multiplicité et l’imprévisibilité de ses formations: il existe une trentaine de gabarits différents, et la relation entre un singulier et le ou les pluriels internes qui lui sont associés est de nature statistique, avec une probabilité rarement supérieure à 50% que tel pluriel interne aille avec tel singulier ou l’inverse. Cet article vise à démontrer que, moyennant quelques hypothèses préalables, tous les gabarits peuvent être formés par un procédé unique: l’insertion d’un glide dans un site dérivationnel situé entre la 2e et la 3e consonne radicale. La diversité apparente, en soi irréductible, résulte alors de l’interaction de deux facteurs bien définis: le timbre du glide (/U/, /A/ ou /I/) et la nature de la position syllabique, attaque ou noyau, qu’il identifie dans le site. | |
| 363–382 | Note sur les prédications existentielles en tamoul classique Appasamy MURUGAIYAN Résumé |
| Cet article porte sur les prédications exprimant des perceptions physiques ou mentales et des sentiments en tamoul classique. La construction expérientielle, dite ‘sujet au datif’, est considérée comme le trait le plus saillant de la linguistique aréale du souscontinent indien. En raison de sa grande diffusion, en Asie du Sud et au-delà, l'origine de cette construction est difficile à établir, tout comme reste à explorer son développement diachronique dans les diverses familles linguistiques du sous-continent. On suppose que cette innovation se serait diffusée à partir de la famille dravidienne. Notre étude se propose d’apporter un tout premier éclairage sur la place de la famille dravidienne dans cette question de typologie aréale. Elle montre qu’en tamoul classique la construction expérientielle inversée au cas datif est (presque) absente et qu’il existe une grande variabilité dans l'expression linguistique des notions expérientielles. Nous examinons également les propriétés sémantiques du datif et les types de constructions non expérientielles – notamment possessives – ayant pu contribuer au développement du marquage de l'expérient. | |
| 383–394 | -ci suffixe terminal d'énoncé la promotion véridictionelle en coréen Marc DUVAL Résumé |
| Le suffixe terminal -ci, en coréen, donne une interprétation polyphonique à l’énoncé auquel il est attaché. Les descriptions disponibles attribuent le support de cette voix supplémentaire soit au locuteur, soit à l’interlocuteur. Or, le type phrastique des énoncés marqués par -ci (assertif, interrogatif, injonctif et exhortatif), implique, primairement, une prise en charge par l’un de ces deux acteurs. Il apparaît donc necessaire: (1) de définir précisément les rôles de 'locuteur' et d’'interlocuteur', et (2), de les distinguer du ou des énonciateurs à qui l’effet polyphonique est attribuable. Nous montrons par ailleurs que le suffixe -ci ajoute la voix d’un énonciateur dont le support personnel est indifférent. La seule condition est que cet énonciateur ait assumé le contenu propositionnel préalablement à l’instant d’énonciation. Nous proposons enfin d’analyser ce phénomène de polyphonie comme le résultat d’une procédure de promotion véridictionnelle. | |
| 395–456 | Préhistoire(s) d'articles et grammaire comparée des langues austronésiennes Alain LAMARÉCHAL Résumé |
| Après avoir examiné dans une perspective comparative le système des diathèses et des voix de quelques langues austronésiennes (BSLP 2001), nous nous livrerons au même travail sur un autre domaine associant dans cette famille stabilité et renouvellements/remaniements, celui des articles-'marques de cas', à partir d'un échantillon de 35 langues. | |
| 457–480 | De la translation substantive à la quantification vers une caractérisation sémantique de l'article te en tahitien Jacques VERNAUDON et Bernard RIGO Résumé |
| Après une présentation générale de l’'article' te en tahitien, nous précisons son rôle syntaxique grâce au concept de 'translation' emprunté à L. Tesnière et développé par A. Lemaréchal. Nous pensons que ce rôle syntaxique est le corollaire d’une valeur sémantique abstraite: te serait la trace d’une opération de quantification, telle que la définit A. Culioli. Dans cette nouvelle perspective, non seulement te n’est pas un 'déterminant', mais il se trouve être lui-même déterminé par les éléments qui lui sont postposés, au point que l’on peut le considérer comme la véritable tête du syntagme. | |