| Pages | Auteurs | Titre | Lien | Résumé |
|---|---|---|---|---|
| i–xx | Procès-verbaux des séances de l'année 2002 | Indisponible | ||
| 1–2 | Nécrologie | Indisponible | ||
| 3–52 | Konstantin POZDNIAKOV | Micromorphologie ou morphologie de paradigme? | Résumé | |
| Cet article traite de certains éléments de « micromorphologie ». Il a pour objet les procédés que les langues à morphologie complexe utilisent pour intégrer certains morphèmes dans un paradigme et les paradigmes dans un système. On s’intéressera ici au rôle créatif de la neutralisation (et à d’autres procédés de même fonction) dans l’expression de la similitude sémantique des grammèmes à opposer. On montrera que la distribution des neutralisations dans le paradigme dépend strictement du caractère marqué ou non des signes cumulatifs (polyfonctionnels), c'est-à-dire des signes qui cumulent plusieurs grammèmes (tels que le genre, le nombre et le cas). On établira le principe d’une distribution complémentaire des neutralisations morphologiques à l’intérieur d’un paradigme. On mettra au jour le rôle classificatoire des « submorphèmes », c'est-à-dire des exposants de morphèmes qui deviennent au niveau inframorphémique des signes à part entière et participent à la structuration du système. On établira en outre l’existence d’une distribution complémentaire entre morphèmes et submorphèmes qui est traitée comme un procédé essentiel pour intégrer les éléments du système grammatical. On défendra l’idée que ce ne sont pas des signes ni même des signifiés qui s’opposent, mais des sens, des concepts cognitifs, et que la différenciation et la neutralisation ont pour contexte des niveaux linguistiques différents (en particulier, le niveau morphologique et le niveau inframorphémique) et des codes sémiologiques différents (par exemple, verbaux et non verbaux), ce qui les intègre dans l’espace sémiologique d’une culture donnée. | ||||
| 53–100 | Loïc DEPECKER | Saussure et le concept | Résumé | |
| L’objectif de cet article est de situer la place que la notion de concept joue dans la pensée de Saussure, dans le cadre de sa réflexion sur la langue et sur le signe linguistique. Cela, dans le but de montrer dans quelle mesure l'assimilation qui a été faite entre concept et signifié, à partir de la lecture du Cours de linguistique générale, a immobilisé la réflexion des linguistes sur le concept. L'idée nouvelle que nous souhaitons promouvoir à partir d'une relecture de Saussure incluant ses sources manuscrites est celle-ci: le signifié est la réalisation du concept dans la langue. Pris en charge par et dans la langue, le concept ne s'y résume pas pour autant. L'enjeu épistémologique est important: il y va notamment du rapport de la langue à la pensée et, en raison de la conception saussurienne de la langue comme système autonome, des fondements de la linguistique. De même, introduire la question du concept dans la linguistique peut engager sur une voie nouvelle, notamment dans la réflexion sur la traduction entre langues. Émerge ici la notion de sens logique qui lierait les langues, dont la réalisation est particulièrement sensible dans la pratique de la terminologie. | ||||
| 101–122 | François JACQUESSON | Linguistique et génétique: l'avenir d'une collaboration | Résumé | |
| Linguistique et génétique sont deux disciplines qu’oppose le contraste de l’apprentissage des langues et de l’héritage des gènes. La première apparaît comme une discipline historique, où les populations peuvent changer de langues, tandis que le génétique des populations cherche à retracer des filiations continues dans le cadre d’une filiation unique de l’humanité: la première est faite de continuités mais de ruptures aussi, tandis que la seconde est toute de continuité. Toutefois, le concept de population, commun aux deux disciplines, permet de modérer ce contraste, et de montrer les richesses communes. En génétique des populations humaines, les groupes se différencient, et des groupes numériquement différents se différencient à des vitesses différentes. Nous cherchons à montrer qu’il en va de même dans l’histoire des langues, et que les langues des populations denses, toutes choses égales d’ailleurs, enregistrent plus d’innovations que celles des populations moins denses. C’est-à-dire que les langues des populations denses évoluent plus vite que les autres. Nous proposons une brève comparaison de l’histoire des deux disciplines, qui à partir d’un vocabulaire évolutioniste commun, en sont venues à distinguer leurs points de vue et leurs techniques. Mais nous observons, après avoir donné plusieurs exemples dans l’histoire des langues, que les deux disciplines doivent beaucoup à une perspective démographique et finalement sociale, où la fragmentation des populations joue un rôle majeur dans la rapidité d’installation des innovations. Il en résulte, pour les linguistes, que les langues n’évoluent pas toutes au même rythme, et que nous commençons de comprendre pourquoi et comment. | ||||
| 123–161 | Georges-Jean PINAULT | Sanskrit kalyana- interprèté à la lumière des contacts en Asie Centrale | Résumé | |
| La nouvelle lecture d’un texte bilingue révèle un substantif tokh. B oñi, qui désigne la « hanche ». La structure morphologique et la forme phonétique de ce mot peuvent s’expliquer par un emprunt très ancien à un mot *ani-. Il est proposé d’en rapprocher sanskrit a∞i-, signifiant 1) « cheville » (en védique, « cheville d’essieu »), et 2) « partie de la jambe au-dessus du genou ». Ces deux emplois résultent d’extensions du sens premier de « hanche », soit par transfert anatomique, soit par analogie des parties du char avec les parties du corps humain. L’adjectif kaly0a-, interprété par Wackernagel comme signifiant originellement « aux beaux coudes », est analysé comme le masculinatif du féminin kalya2-: celui-ci continue un composé signifiant « aux belles hanches », *kaly-a∞i- = su-sro∞iselon une conception constante de la beauté féminine dans le monde indien. L’indo-aryen ancien a intégré, avant le stade de composition des hymnes védiques, un terme hybride appartenant à un dialecte indo-aryen archaïque: alors que le premier membre du composé est hérité (cf. gr. kalli-), le second membre a∞i- ne présente pas une structure indo-européenne. Ce nom de la hanche aurait été emprunté indépendamment par les Indo-Aryens et les ancêtres des Tokhariens à une langue non indo-européenne d’Asie Centrale. | ||||
| 163–196 | Dennis PHILPS | S- mobile et régénération submorphémique en anglais et en indo-européen | Résumé | |
| Nous examinons l'hypothèse qu'une « transformation » [xn] > [n] > [sn] (où x = [f], [g], [h], [k]) est intervenue à l'initiale du mot entre moyen-anglais et anglais moderne. Nous soutenons que cette transformation se décompose en deux processus de nature différente, à savoir une simplification consonantique à motivation phonétique ([xn] > [n]), suivie d'une incrémentation submorphémique en s- ([n] > [sn]). Ce dernier processus, de type structural, serait fondé sur l'analogie, c'est-à-dire sur un schéma déjà présent dans la langue. L'incrémentation en s- semble constituer un moyen régénératif permettant de maintenir l'équilibre fonctionnel de la langue face à une diminution de son potentiel de différenciation sémantique et d'expressivité. Cette diminution semble attribuable à l'accroissement du potentiel homophonique provoqué par la neutralisation des possibilités oppositionnelles offertes par les groupes consonantiques initiaux lors de leur simplification. | ||||
| 197–227 | Catherine SCHNEDECKER | Quelques uns « partitif »: approche sémantico-référentielle | Résumé | |
| Cet article propose de décrire le comportement syntaxique et surtout sémantico-référentiel du pronom quelques-uns, dans ses emplois anaphoriques. Ce pronom est situé ici dans le micro-système des pronoms en -un(s) (aucun, chacun, les uns, d’aucuns, etc.) dont sont exposés les principes. Cette perspective fait ressortir son originalité notamment aux plans de la quantification et de la partition. On suggère ainsi que quelques-uns désigne une collection d’entités dont le nombre limité reste indéterminé et qui sont prélevées de l’ensemble-source qu’il présuppose, au terme du parcours non exhaustif de cet ensemble. | ||||
| 229–245 | Karine BERTHELOT-GUIET | Nom de marque et perception « fautive » du discours publicitaire | Résumé | |
| Cet article se propose de mettre à l'épreuve des faits une perception commune, un stéréotype. Il est, en effet, fréquent, en France, d'entendre dire (par des Académiciens autant que par les locuteurs anonymes) que la langue des messages publicitaires est fautive. Nous nous interrogerons d'abord sur la pertinence de l'appellation « faute » pour construire ensuite une typologie des « écarts » possibles par rapport au français standard. La catégorisation d'un corpus exploratoire de messages publicitaires met en évidence que les écarts, minoritaires, sont essentiellement des phénomènes de néologie. Par ailleurs, il semble que le nom de marque prend une importance considérable dans la perception de la néologie comme « faute » par les locuteurs. En effet, le nom de marque atteint parfois des degrés d'étrangeté formelle qui ne se rencontrent pas dans la néologie habituelle. | ||||
| 247–303 | Franck FLORICIC | Notes sur l'« accusatif prépostionnel » en sarde | Résumé | |
| Cet article aborde la question de l’accusatif prépositionnel en sarde (variété logoudorienne). Cette variété connaît, comme bien d’autres langues, une stratégie de ‘marquage différentiel’ qui repose sur le caractère plus ou moins individué du référent auquel renvoie le SN en fonction d’objet. D’une manière plus spécifique, l’article attire l’attention sur le rôle de l’opération de thématisation et des phénomènes de cliticisation dans la genèse du marquage de l’objet. Il montre en même temps que le choix du marquant prépositionnel ‘a’ en sarde s’éclaire dès que l’on prend en compte sa valeur spatiale originelle qui affleure également dans d’autres structures syntaxiques que connaît cette langue. | ||||
| 305–335 | Irina FOUGERON et Jean BREUILLARD | Le pronom ja [moi, je] et la construction des relations discursives en russe moderne | Résumé | |
| On se propose d'examiner quelques paramètres induisant la présence ou l'absence du pronom personnel sujet de première personne (ja) en russe moderne, employé avec un verbe au présent qui, par sa terminaison verbale, assure à lui seul le marquage de la personne. On examine d'abord les différents cas où ja est présent. Dans les huit emplois distingués, la présence de ja met en relief la personne du locuteur, soit pour indiquer son détachement par rapport aux autres personnes, soit pour équilibrer les rapports entre les interlocuteurs. On considère ensuite cinq cas où le pronom est obligatoirement effacé (formules de l'étiquette langagière, autonomie du locuteur, exécution d'un programme, réduplication, persévérance dans l'action). Dans tous ces emplois, l'effacement correspond au refus de l'interlocution. On examine enfin quelques cas où la présence et l'absence du pronom ja sont possibles, sans être jamais indifférents. Le pronom personnel sujet de première personne apparaît, en russe, comme un constructeur privilégié des liens discursifs. | ||||
| 337–358 | Anna KHALDOYANIDI | Structure intonative de l'énoncé oral et accent contrastif en russe | Résumé | |
| L’objectif de cet article est de présenter les résultats d’une recherche menée sur la fonction des paramètres prosodiques dans l’organisation « thème-rhème » en russe oral spontané, dans des constructions simple et complexe. La structure intonative de l’énoncé oral est composée d’unités tonales discrètes, dont la distribution est liée au contenu formel et à la structure syntaxique de l’énoncé. De ce fait, on a pu montrer que le ton montant n’est pas nécessairement un indicateur du thème dans l’énoncé, puisque le rhème peut aussi présenter un ton haut. Il s’agissait de repérer les propriétés distinctives du rhème focalisé face à celles du rhème recatégorisé en thème par la remontée du ton à la finale. Il a été ainsi mis en lumière le rôle que jouent les différents niveaux de ton dans l’organisation binaire « thème-rhème », et dans l’organisation hiérarchique du rhème focalisé. Entrent aussi en ligne de compte la durée de la voyelle et l’intensité qu’elle reçoit. Les résultats de cette recherche peuvent être exploités dans la reconnaissance automatique de la parole, l’analyse du discours spontané, la traduction, la neurolinguistique et la typologie contrastive. | ||||
| 359–383 | Samia NAÏM | La prédication possessive et l'émergence des formes d'avoir en arabe oriental | Résumé | |
| Cet article porte sur la prédication possessive transitive en arabe oriental. Les notions de possession instanciées, les stratégies d'encodage mises en œuvre et les paramètres cognitifs qui les sous-tendent sont analysés et mis en rapport avec les schèmes linguistiques et les schèmes conceptuels dégagés dans les approches typologiques de la possession. Des traits saillants apparaissent: la notion de « propriété » n'est pas spécifiquement encodée; elle n'est pas non plus incompatible avec la notion de possession « temporaire »; l'opposition d'inaliénabilité n'est pas proprement marquée; la notion de « contrôle » tient un rôle secondaire; les stratégies d'encodage des notions de possession exprimées sont principalement sous-tendues par les paramètres « contiguïté spatiale » et « stabilité temporelle »; le schème comitatif attesté dans la langue, companion schema, a un encodage du type (avec X (est) Y) et non (X (est) avec Y). L'article envisage également les relations entre les constructions possessive, existentielle et locative, sur les plans morpho-syntaxique et sémantico-référentiel, et montre qu'à la source de l'émergence de constructions transitives (Have Drift) dans la variété orientale de l'arabe, on trouve le schème existentiel. | ||||
| 385–408 | Rémy DOR | À la recherche d'un proto-langage: Analyse de quelques huchements turcs relatifs au petit bétail | Résumé | |
| Cet article clôture une recherche qui s’est étendue — de façon discontinue — sur une décennie. Il porte sur la communication entre l’homme et l’animal dont on postule qu’elle constitue un mode de communication archaïque. Il est traité ici d’un ensemble de huchements en rapport avec le petit bétail. | ||||
| 409–416 | Tadahiko SHINTANI | Les deux phases de l'assourdissement des initiales sonores et de dédoublement du système tonal dans les langues karen | Résumé | |
| Dans son article intitulé « Le système de tons du karen commun » (BSL 70/1, 339-343), A. G. Haudricourt a distingué trois tons pour les syllables à finale sonore du karen commun au lieu des deux qu’il avait présentés préalablement, mais il n’a pas donné la raison pour laquelle il n’existe pas de syllable appartenant à la catégorie tonale B2’. Dans le présent article, nous tenons à montrer qu’il y a eu deux phases d’assourdissement dans les langues karen suivant les proto-tons du karen commun. La première phase d’assourdissement aurait eu lieu uniquement pour les syllabes appartenant au proto-ton 2’, et des deux tons nouvellement résultant de cet assourdissement, l’un, B2’, se serait confondu avec le ton 2 à cause de sa nature descendante, tandis que l’autre, HM2’, aurait acquis un nouveau statut tonal indépendant. | ||||
| 417–433 | Midori HAYASHI | Quelques particularités linguistiques du fonctionnement référentiel du démonstratif japonais ano | Résumé | |
| Le système des démonstratifs en japonais consiste en trois paradigmes: KO-, SO-, A-. Nous nous proposons d’analyser certaines caractéristiques de la désignation démonstrative Ano N qui ne se rencontrent pas dans les deux autres désignations démonstratives, à savoir KOno + N et SOno + N. L’essentiel de cet article consiste à montrer que la spécificité du mode de référence du démonstratif Ano a pour origine le trait sémantique du paradigme A-. Dans cette perspective, nous optons pour une étude contrastive mettant en parallèle Ano + N et SOno + N, ainsi que Ano + N et ce N. Il s’avère ainsi qu’à la différence de SOno + N, l’identification du référent par Ano + N ne nécessite pas le recours au contexte discursif immédiat. D’autre part, il apparaît que certaines occurrences de ce N présentent le mouvement anaphorique équivalent à celui attribué à la désignation en A-. Cependant, il existe une divergence majeure entre Ano + N et ce N, laquelle doit être mieux élucidée dans un contexte littéraire en vertu de la spécificité du mode de référence du démonstratif Ano. | ||||
| 435–453 | Sylvain VOGEL | Noms et emploi syncatégorématique en khmer et en francique | Résumé | |
| Ce texte analyse des marquages morphosyntaxiques spécifiques de certains éléments nominaux attestés dans des langues très différentes à partir d’exemples pris au khmer et au francique. L’auteur montre que ces marquages correspondent à un type d’emplois syncatégorématiques particuliers permettant d’interpréter ces séquences comme des classificateurs, des quantifieurs ou des termes de mesure. L’auteur émet l’hypothèse que les marquages décrits correspondent à un rapport particulier entre le nom ainsi marqué et la notion qu’il sollicite. | ||||
| 455–484 | Jean-Michel FORTIS | Voix et relations spatiales en tagalog | Résumé | |
| Dans cet article, nous montrons que certains affixes de voix du tagalog (en particulier ceux dits directionnels ou locatifs) peuvent se substituer aux prépositions spatiales selon certaines conditions qui ont trait notamment à la typicité de la relation spatiale qui unit les actants d’un procès. Les affixes directionnels eux-mêmes alternent avec d’autres affixes passifs, conformément, semble-t-il, à des contraintes de nature aspectuelle et temporelle. Les phénomènes observés nous conduisent à redéfinir les rôles actanciels associés aux différentes voix. Ainsi, les relations entre les changements d’état des actants d’un même procès déterminent le choix de la voix passive qui sera associée au sujet de l’énoncé. Enfin, au cours de la discussion, nous examinons les effets sémantiques de la combinaison entre l’affixe dérivationnel -pag- et la voix directionnelle, et proposons une hypothèse sur les facteurs qui déclenchent l’apparition de cette combinaison. | ||||
| 485–492 | Alain LEMARÉCHAL | Hypothèses sur les marques de 2ième pers. de l'austronésien | Indisponible | |
| i–xx | Procès-verbaux des séances de l'année 2002 |
| 1–2 | Nécrologie |
| 3–52 | Micromorphologie ou morphologie de paradigme? Konstantin POZDNIAKOV Résumé |
| Cet article traite de certains éléments de « micromorphologie ». Il a pour objet les procédés que les langues à morphologie complexe utilisent pour intégrer certains morphèmes dans un paradigme et les paradigmes dans un système. On s’intéressera ici au rôle créatif de la neutralisation (et à d’autres procédés de même fonction) dans l’expression de la similitude sémantique des grammèmes à opposer. On montrera que la distribution des neutralisations dans le paradigme dépend strictement du caractère marqué ou non des signes cumulatifs (polyfonctionnels), c'est-à-dire des signes qui cumulent plusieurs grammèmes (tels que le genre, le nombre et le cas). On établira le principe d’une distribution complémentaire des neutralisations morphologiques à l’intérieur d’un paradigme. On mettra au jour le rôle classificatoire des « submorphèmes », c'est-à-dire des exposants de morphèmes qui deviennent au niveau inframorphémique des signes à part entière et participent à la structuration du système. On établira en outre l’existence d’une distribution complémentaire entre morphèmes et submorphèmes qui est traitée comme un procédé essentiel pour intégrer les éléments du système grammatical. On défendra l’idée que ce ne sont pas des signes ni même des signifiés qui s’opposent, mais des sens, des concepts cognitifs, et que la différenciation et la neutralisation ont pour contexte des niveaux linguistiques différents (en particulier, le niveau morphologique et le niveau inframorphémique) et des codes sémiologiques différents (par exemple, verbaux et non verbaux), ce qui les intègre dans l’espace sémiologique d’une culture donnée. | |
| 53–100 | Saussure et le concept Loïc DEPECKER Résumé |
| L’objectif de cet article est de situer la place que la notion de concept joue dans la pensée de Saussure, dans le cadre de sa réflexion sur la langue et sur le signe linguistique. Cela, dans le but de montrer dans quelle mesure l'assimilation qui a été faite entre concept et signifié, à partir de la lecture du Cours de linguistique générale, a immobilisé la réflexion des linguistes sur le concept. L'idée nouvelle que nous souhaitons promouvoir à partir d'une relecture de Saussure incluant ses sources manuscrites est celle-ci: le signifié est la réalisation du concept dans la langue. Pris en charge par et dans la langue, le concept ne s'y résume pas pour autant. L'enjeu épistémologique est important: il y va notamment du rapport de la langue à la pensée et, en raison de la conception saussurienne de la langue comme système autonome, des fondements de la linguistique. De même, introduire la question du concept dans la linguistique peut engager sur une voie nouvelle, notamment dans la réflexion sur la traduction entre langues. Émerge ici la notion de sens logique qui lierait les langues, dont la réalisation est particulièrement sensible dans la pratique de la terminologie. | |
| 101–122 | Linguistique et génétique: l'avenir d'une collaboration François JACQUESSON Résumé |
| Linguistique et génétique sont deux disciplines qu’oppose le contraste de l’apprentissage des langues et de l’héritage des gènes. La première apparaît comme une discipline historique, où les populations peuvent changer de langues, tandis que le génétique des populations cherche à retracer des filiations continues dans le cadre d’une filiation unique de l’humanité: la première est faite de continuités mais de ruptures aussi, tandis que la seconde est toute de continuité. Toutefois, le concept de population, commun aux deux disciplines, permet de modérer ce contraste, et de montrer les richesses communes. En génétique des populations humaines, les groupes se différencient, et des groupes numériquement différents se différencient à des vitesses différentes. Nous cherchons à montrer qu’il en va de même dans l’histoire des langues, et que les langues des populations denses, toutes choses égales d’ailleurs, enregistrent plus d’innovations que celles des populations moins denses. C’est-à-dire que les langues des populations denses évoluent plus vite que les autres. Nous proposons une brève comparaison de l’histoire des deux disciplines, qui à partir d’un vocabulaire évolutioniste commun, en sont venues à distinguer leurs points de vue et leurs techniques. Mais nous observons, après avoir donné plusieurs exemples dans l’histoire des langues, que les deux disciplines doivent beaucoup à une perspective démographique et finalement sociale, où la fragmentation des populations joue un rôle majeur dans la rapidité d’installation des innovations. Il en résulte, pour les linguistes, que les langues n’évoluent pas toutes au même rythme, et que nous commençons de comprendre pourquoi et comment. | |
| 123–161 | Sanskrit kalyana- interprèté à la lumière des contacts en Asie Centrale Georges-Jean PINAULT Résumé |
| La nouvelle lecture d’un texte bilingue révèle un substantif tokh. B oñi, qui désigne la « hanche ». La structure morphologique et la forme phonétique de ce mot peuvent s’expliquer par un emprunt très ancien à un mot *ani-. Il est proposé d’en rapprocher sanskrit a∞i-, signifiant 1) « cheville » (en védique, « cheville d’essieu »), et 2) « partie de la jambe au-dessus du genou ». Ces deux emplois résultent d’extensions du sens premier de « hanche », soit par transfert anatomique, soit par analogie des parties du char avec les parties du corps humain. L’adjectif kaly0a-, interprété par Wackernagel comme signifiant originellement « aux beaux coudes », est analysé comme le masculinatif du féminin kalya2-: celui-ci continue un composé signifiant « aux belles hanches », *kaly-a∞i- = su-sro∞iselon une conception constante de la beauté féminine dans le monde indien. L’indo-aryen ancien a intégré, avant le stade de composition des hymnes védiques, un terme hybride appartenant à un dialecte indo-aryen archaïque: alors que le premier membre du composé est hérité (cf. gr. kalli-), le second membre a∞i- ne présente pas une structure indo-européenne. Ce nom de la hanche aurait été emprunté indépendamment par les Indo-Aryens et les ancêtres des Tokhariens à une langue non indo-européenne d’Asie Centrale. | |
| 163–196 | S- mobile et régénération submorphémique en anglais et en indo-européen Dennis PHILPS Résumé |
| Nous examinons l'hypothèse qu'une « transformation » [xn] > [n] > [sn] (où x = [f], [g], [h], [k]) est intervenue à l'initiale du mot entre moyen-anglais et anglais moderne. Nous soutenons que cette transformation se décompose en deux processus de nature différente, à savoir une simplification consonantique à motivation phonétique ([xn] > [n]), suivie d'une incrémentation submorphémique en s- ([n] > [sn]). Ce dernier processus, de type structural, serait fondé sur l'analogie, c'est-à-dire sur un schéma déjà présent dans la langue. L'incrémentation en s- semble constituer un moyen régénératif permettant de maintenir l'équilibre fonctionnel de la langue face à une diminution de son potentiel de différenciation sémantique et d'expressivité. Cette diminution semble attribuable à l'accroissement du potentiel homophonique provoqué par la neutralisation des possibilités oppositionnelles offertes par les groupes consonantiques initiaux lors de leur simplification. | |
| 197–227 | Quelques uns « partitif »: approche sémantico-référentielle Catherine SCHNEDECKER Résumé |
| Cet article propose de décrire le comportement syntaxique et surtout sémantico-référentiel du pronom quelques-uns, dans ses emplois anaphoriques. Ce pronom est situé ici dans le micro-système des pronoms en -un(s) (aucun, chacun, les uns, d’aucuns, etc.) dont sont exposés les principes. Cette perspective fait ressortir son originalité notamment aux plans de la quantification et de la partition. On suggère ainsi que quelques-uns désigne une collection d’entités dont le nombre limité reste indéterminé et qui sont prélevées de l’ensemble-source qu’il présuppose, au terme du parcours non exhaustif de cet ensemble. | |
| 229–245 | Nom de marque et perception « fautive » du discours publicitaire Karine BERTHELOT-GUIET Résumé |
| Cet article se propose de mettre à l'épreuve des faits une perception commune, un stéréotype. Il est, en effet, fréquent, en France, d'entendre dire (par des Académiciens autant que par les locuteurs anonymes) que la langue des messages publicitaires est fautive. Nous nous interrogerons d'abord sur la pertinence de l'appellation « faute » pour construire ensuite une typologie des « écarts » possibles par rapport au français standard. La catégorisation d'un corpus exploratoire de messages publicitaires met en évidence que les écarts, minoritaires, sont essentiellement des phénomènes de néologie. Par ailleurs, il semble que le nom de marque prend une importance considérable dans la perception de la néologie comme « faute » par les locuteurs. En effet, le nom de marque atteint parfois des degrés d'étrangeté formelle qui ne se rencontrent pas dans la néologie habituelle. | |
| 247–303 | Notes sur l'« accusatif prépostionnel » en sarde Franck FLORICIC Résumé |
| Cet article aborde la question de l’accusatif prépositionnel en sarde (variété logoudorienne). Cette variété connaît, comme bien d’autres langues, une stratégie de ‘marquage différentiel’ qui repose sur le caractère plus ou moins individué du référent auquel renvoie le SN en fonction d’objet. D’une manière plus spécifique, l’article attire l’attention sur le rôle de l’opération de thématisation et des phénomènes de cliticisation dans la genèse du marquage de l’objet. Il montre en même temps que le choix du marquant prépositionnel ‘a’ en sarde s’éclaire dès que l’on prend en compte sa valeur spatiale originelle qui affleure également dans d’autres structures syntaxiques que connaît cette langue. | |
| 305–335 | Le pronom ja [moi, je] et la construction des relations discursives en russe moderne Irina FOUGERON et Jean BREUILLARD Résumé |
| On se propose d'examiner quelques paramètres induisant la présence ou l'absence du pronom personnel sujet de première personne (ja) en russe moderne, employé avec un verbe au présent qui, par sa terminaison verbale, assure à lui seul le marquage de la personne. On examine d'abord les différents cas où ja est présent. Dans les huit emplois distingués, la présence de ja met en relief la personne du locuteur, soit pour indiquer son détachement par rapport aux autres personnes, soit pour équilibrer les rapports entre les interlocuteurs. On considère ensuite cinq cas où le pronom est obligatoirement effacé (formules de l'étiquette langagière, autonomie du locuteur, exécution d'un programme, réduplication, persévérance dans l'action). Dans tous ces emplois, l'effacement correspond au refus de l'interlocution. On examine enfin quelques cas où la présence et l'absence du pronom ja sont possibles, sans être jamais indifférents. Le pronom personnel sujet de première personne apparaît, en russe, comme un constructeur privilégié des liens discursifs. | |
| 337–358 | Structure intonative de l'énoncé oral et accent contrastif en russe Anna KHALDOYANIDI Résumé |
| L’objectif de cet article est de présenter les résultats d’une recherche menée sur la fonction des paramètres prosodiques dans l’organisation « thème-rhème » en russe oral spontané, dans des constructions simple et complexe. La structure intonative de l’énoncé oral est composée d’unités tonales discrètes, dont la distribution est liée au contenu formel et à la structure syntaxique de l’énoncé. De ce fait, on a pu montrer que le ton montant n’est pas nécessairement un indicateur du thème dans l’énoncé, puisque le rhème peut aussi présenter un ton haut. Il s’agissait de repérer les propriétés distinctives du rhème focalisé face à celles du rhème recatégorisé en thème par la remontée du ton à la finale. Il a été ainsi mis en lumière le rôle que jouent les différents niveaux de ton dans l’organisation binaire « thème-rhème », et dans l’organisation hiérarchique du rhème focalisé. Entrent aussi en ligne de compte la durée de la voyelle et l’intensité qu’elle reçoit. Les résultats de cette recherche peuvent être exploités dans la reconnaissance automatique de la parole, l’analyse du discours spontané, la traduction, la neurolinguistique et la typologie contrastive. | |
| 359–383 | La prédication possessive et l'émergence des formes d'avoir en arabe oriental Samia NAÏM Résumé |
| Cet article porte sur la prédication possessive transitive en arabe oriental. Les notions de possession instanciées, les stratégies d'encodage mises en œuvre et les paramètres cognitifs qui les sous-tendent sont analysés et mis en rapport avec les schèmes linguistiques et les schèmes conceptuels dégagés dans les approches typologiques de la possession. Des traits saillants apparaissent: la notion de « propriété » n'est pas spécifiquement encodée; elle n'est pas non plus incompatible avec la notion de possession « temporaire »; l'opposition d'inaliénabilité n'est pas proprement marquée; la notion de « contrôle » tient un rôle secondaire; les stratégies d'encodage des notions de possession exprimées sont principalement sous-tendues par les paramètres « contiguïté spatiale » et « stabilité temporelle »; le schème comitatif attesté dans la langue, companion schema, a un encodage du type (avec X (est) Y) et non (X (est) avec Y). L'article envisage également les relations entre les constructions possessive, existentielle et locative, sur les plans morpho-syntaxique et sémantico-référentiel, et montre qu'à la source de l'émergence de constructions transitives (Have Drift) dans la variété orientale de l'arabe, on trouve le schème existentiel. | |
| 385–408 | À la recherche d'un proto-langage: Analyse de quelques huchements turcs relatifs au petit bétail Rémy DOR Résumé |
| Cet article clôture une recherche qui s’est étendue — de façon discontinue — sur une décennie. Il porte sur la communication entre l’homme et l’animal dont on postule qu’elle constitue un mode de communication archaïque. Il est traité ici d’un ensemble de huchements en rapport avec le petit bétail. | |
| 409–416 | Les deux phases de l'assourdissement des initiales sonores et de dédoublement du système tonal dans les langues karen Tadahiko SHINTANI Résumé |
| Dans son article intitulé « Le système de tons du karen commun » (BSL 70/1, 339-343), A. G. Haudricourt a distingué trois tons pour les syllables à finale sonore du karen commun au lieu des deux qu’il avait présentés préalablement, mais il n’a pas donné la raison pour laquelle il n’existe pas de syllable appartenant à la catégorie tonale B2’. Dans le présent article, nous tenons à montrer qu’il y a eu deux phases d’assourdissement dans les langues karen suivant les proto-tons du karen commun. La première phase d’assourdissement aurait eu lieu uniquement pour les syllabes appartenant au proto-ton 2’, et des deux tons nouvellement résultant de cet assourdissement, l’un, B2’, se serait confondu avec le ton 2 à cause de sa nature descendante, tandis que l’autre, HM2’, aurait acquis un nouveau statut tonal indépendant. | |
| 417–433 | Quelques particularités linguistiques du fonctionnement référentiel du démonstratif japonais ano Midori HAYASHI Résumé |
| Le système des démonstratifs en japonais consiste en trois paradigmes: KO-, SO-, A-. Nous nous proposons d’analyser certaines caractéristiques de la désignation démonstrative Ano N qui ne se rencontrent pas dans les deux autres désignations démonstratives, à savoir KOno + N et SOno + N. L’essentiel de cet article consiste à montrer que la spécificité du mode de référence du démonstratif Ano a pour origine le trait sémantique du paradigme A-. Dans cette perspective, nous optons pour une étude contrastive mettant en parallèle Ano + N et SOno + N, ainsi que Ano + N et ce N. Il s’avère ainsi qu’à la différence de SOno + N, l’identification du référent par Ano + N ne nécessite pas le recours au contexte discursif immédiat. D’autre part, il apparaît que certaines occurrences de ce N présentent le mouvement anaphorique équivalent à celui attribué à la désignation en A-. Cependant, il existe une divergence majeure entre Ano + N et ce N, laquelle doit être mieux élucidée dans un contexte littéraire en vertu de la spécificité du mode de référence du démonstratif Ano. | |
| 435–453 | Noms et emploi syncatégorématique en khmer et en francique Sylvain VOGEL Résumé |
| Ce texte analyse des marquages morphosyntaxiques spécifiques de certains éléments nominaux attestés dans des langues très différentes à partir d’exemples pris au khmer et au francique. L’auteur montre que ces marquages correspondent à un type d’emplois syncatégorématiques particuliers permettant d’interpréter ces séquences comme des classificateurs, des quantifieurs ou des termes de mesure. L’auteur émet l’hypothèse que les marquages décrits correspondent à un rapport particulier entre le nom ainsi marqué et la notion qu’il sollicite. | |
| 455–484 | Voix et relations spatiales en tagalog Jean-Michel FORTIS Résumé |
| Dans cet article, nous montrons que certains affixes de voix du tagalog (en particulier ceux dits directionnels ou locatifs) peuvent se substituer aux prépositions spatiales selon certaines conditions qui ont trait notamment à la typicité de la relation spatiale qui unit les actants d’un procès. Les affixes directionnels eux-mêmes alternent avec d’autres affixes passifs, conformément, semble-t-il, à des contraintes de nature aspectuelle et temporelle. Les phénomènes observés nous conduisent à redéfinir les rôles actanciels associés aux différentes voix. Ainsi, les relations entre les changements d’état des actants d’un même procès déterminent le choix de la voix passive qui sera associée au sujet de l’énoncé. Enfin, au cours de la discussion, nous examinons les effets sémantiques de la combinaison entre l’affixe dérivationnel -pag- et la voix directionnelle, et proposons une hypothèse sur les facteurs qui déclenchent l’apparition de cette combinaison. | |
| 485–492 | Hypothèses sur les marques de 2ième pers. de l'austronésien Alain LEMARÉCHAL |