| Pages | Auteurs | Titre | Lien | Résumé |
|---|---|---|---|---|
| i–xx | Procès-verbaux des séances de l'année 1999 | Indisponible | ||
| 1–13 | Nécrologies | Indisponible | ||
| 15–41 | Alexandre FRANÇOIS | Dérivation léxicale et variations d'actance: petits arrangements avec la syntaxe | Résumé | |
| La description de langues inconnues suggère à la linguistique générale certains principes méthodologiques, tels que la prise en compte de l’énoncé contextualisé comme unité primordiale de l’observation du sens. Cette méthode rigoureuse prouve sa force en permettant de reconstituer la signification et le fonctionnement, en motlav (Océanie), d’un suffixe fortement polysémique. Rappelant à la fois les questions de préverbation dans les langues européennes, mais aussi les séries verbales ou les morphèmes applicatifs de plusieurs régions du monde, ce suffixe verbal goy nous permet d’explorer, d’une part, le domaine de la sémantique lexicale, et d’autre part, les questions syntaxiques de valence et de transitivité. Nous définissons ce morphème goy par un « scénario prototypique » impliquant quatre participants A B C D, reliés entre eux par des attitudes d’ordre modal et psychologique. Opérant par métaphore ou métonymie à partir de ces quelques éléments, le motlav dérive un grand nombre de valeurs sémantiques, calculées par combinaison au contexte. Nous montrons à quel prix ce scénario, situé en amont de la phase de formulation, vient ensuite s’insérer dans des structures syntaxiques nécessairement étriquées: il en résulte diverses reconfigurations des relations actancielles. Dans l’ordre des opérations cognitives présidant à la constitution des énoncés, la syntaxe apparaît alors comme une phase secondaire dans la formulation, consistant à couler l’infini du dicible dans le moule étroit de catégories discrètes et limitées. | ||||
| 43–59 | Robert FOREST | Sur l'accord | Résumé | |
| Cet article critique la notion traditionnelle d’accord. Il commence par nier sa pertinence dans le cas des relations entre « verbe » et « sujet », comme on dit, en donnant des explications en termes d’actualisation, ou parfois d’empathie, des faits rencontrés. Ensuite, certains phénomènes liés à la présence éventuelle de marques échoïques incidentes à diverses unités exprimant qualité, manière, etc., doivent être pris en considération, et les particularités de leur fonctionnement s’analysent souvent en termes empathiques (notion de foyer empathique accessoire). | ||||
| 61–117 | Georges-Jean PINAULT | Védique dámunas-, latin dominus et l'origine du suffixe de Hoffman | Résumé | |
| Plusieurs langues indo-européennes possèdent des dérivés nominaux au moyen du suffixe *-H3no-, appelé aussi « Herrschersuffix », qui est la thématisation du suffixe possessif *-H3en- ou « suffixe de Hoffmann ». Parmi les exemples allégués, véd. dámunasest totalement isolé en indo-aryen ancien, bien qu’il soit considéré comme le correspondant de lat. dominus, avec le même sens: « maître de maison ». Or, le sens de véd. dámunas- n’est pas restreint à celui de « maître de maison », qui ne représente que l’aboutissement d’une valeur plus ancienne: « bénéficiaire de la maisonnée ». Après avoir présenté une nouvelle analyse de ces deux dérivés, on montre que la valeur « bénéficiaire de, qui tire profit de » peut s’appliquer aux dérivés les plus anciens avec le suffixe de Hoffmann. Les problèmes posés par la structure et par la flexion de ce suffixe reflètent son origine comme second terme de composé, nom-racine de la racine *H3en- « tirer profit de, jouir de », connue notamment par le radical grec ôna- et par les mots de la famille d’allemand gönnen et Gunst dans les langues germaniques. Les emplois des dérivés de cette racine dans la langue homérique concordent avec la valeur posée pour le suffixe. | ||||
| 119–146 | Daniel PETIT | Lituanien tausti, ciùtnas, et le nom du « peuple » en indo-européen | Résumé | |
| La désignation du « peuple » dans les langues baltiques (lit. tautà) présente, en regard de ses correspondants externes (par ex. got. ∫iuda < IE *teºta), un degré vocalique *o (*toºta), surprenant dans un substantif de cette nature, qui était probablement immotivé et immobile dès l’indo-européen. On examine si ce degré vocalique ne pourrait pas provenir de l’influence analogique d’une autre forme de la même famille, et l’on étudie en ce sens les traces possibles d’une famille étymologique pour la désignation du « peuple » dans les langues baltiques. | ||||
| 147–181 | Jean-Pierre CHAMON et Yan GRUEB | Données nouvelles pour la linguistique gallo-romane: les légendes monétaires mérovingiennes | Résumé | |
| Le témoignage des monnaies mérovingiennes (ca 560-ca 675) semble avoir été généralement négligé par les linguistes romanistes. Outre l’intérêt qu’il présente pour la toponymie, l’anthroponymie et, à l’occasion, pour la lexicologie, ce corpus numismatique permet d’appréhender de façon précoce — et à l’intérieur des espaces qu’ils contribuent à définir aux époques médiévale et moderne — un certain nombre de changements linguistiques caractéristiques (surtout phoniques). On peut ainsi entrevoir, à une date globalement voisine de 600, une Galloromania individualisée, mais aussi faillée déjà selon quelques-unes des lignes majeures de sa dialectalisation, et où se reconnaissent l’opposition Nord/Sud ainsi que les pôles francoprovençal et gascon. | ||||
| 183–202 | Frédéric TORTERAT | Et en emploi « syndético-hypotactique »: hypothèse sur une jonction implicite en ancien et moyen français | Résumé | |
| L’objet du présent article est de décrire et de commenter, en diachronie, la structure « proposition subordonnée (p), ET proposition principale (q) ». Comme on le voit, la « coordination » opérée par ET s’avère problématique dans ce sens où coordination et subordination grammaticales, généralement contradictoires, et même incompatibles, sont employées simultanément. Contre l’avis suivant lequel il y aurait là « fausses coordonnées », voire « pseudo-coordination », nous préconisons la complémentarité effective des deux recours d’« ordination ». | ||||
| 203–225 | Egbert TÜRK | Trimorphe, prosodie et configuration interrogative: l'exemple du discours publicitaie | Résumé | |
| Partant de l’enseignement de G. Guillaume, B. Pottier a élaboré une théorie qui se propose la représentation des mécanismes mentaux susceptibles de prendre en charge la conceptualisation du référentiel par l’énonciateur. Pottier parle à ce propos de « morphodynamique ternaire ». Les nombreux exemples qu’apporte l’auteur à l’appui de son hypothèse relèvent de domaines de la langue autres que l’univers prosodique. À l’aide d’une analyse instrumentale, l’on cherchera à élucider si le « trimorphe » sous-tend également le plan prosodique de certaines configurations interrogatives. En d’autres termes, peut-il y avoir un patron prosodique propre à une séquence syntaxique tripartite à composante interrogative? | ||||
| 227–266 | Franck FLORICIC | De l'impératif italien sii (sois!) et de l'impératif en général | Résumé | |
| Cette étude se propose de ré-examiner la question de l’impératif italien et en particulier de la forme dite de deuxième personne du singulier de l’auxiliaire essere, Sii (« sois! »). On avance l’hypothèse selon laquelle le « deuxième » i de cette forme n’est pas à proprement parler une désinence personnelle mais la manifestation d’un allongement vocalique dont la justification est d’ordre essentiellement phonologique. La présente étude discute d’une manière plus générale le statut des formes d’impératif que l’on reconnaît comme des « deuxièmes » personnes du singulier, et tente de relier les propriétés morphologiques et sémantiques de ces formes. | ||||
| 267–319 | David COHEN et Catherine TAINE-CHEIKH | À propos du zénaga Vocalisme et morphologie verbale en berbère |
Résumé | |
| En berbère, l’opposition fondamentale, avant l’introduction dans le système verbal de base de l’aoriste intensif, était entre l’aoriste et le prétérit. Ces deux formes, conjuguées avec les mêmes affixes, correspondent toutes deux aux formes à préfixes du chamitosémitique. Dans beaucoup de parlers berbères, seuls quelques verbes distinguent leur aoriste de leur prétérit par des changements vocaliques. Dans d’autres, ces changements sont beaucoup plus systématiques. Une étude du zénaga de Mauritanie montre que dans ce parler les bi-syllabiques présentent des changements réguliers, l’aoriste (et ’impératif) étant caractérisé par une suite a — i ou a — u (‘a’ — ‘non-a’) alors que le prétérit l’est par les séquences inversées i — a et u — a (‘non-a’— ‘a’). À la lumière de ces résultats, un réexamen des fait berbères est proposé. Il apparaît que, pour chaque dialecte considéré, la généralité des alternances et des contrastes est en rapport direct avec l’organisation du système vocalique. À la différence des parlers septentrionaux, les parlers berbères méridionaux ont, dans leur ensemble, conservé une opposition de quantité (d’où un système vocalique comprenant au moins deux voyelles brèves). Ils présentent donc un plus grand nombre de changements vocaliques réguliers que les parlers du nord, mais les principes mêmes qui gouvernent encore alternances et apophonie semblent avoir été communs à tout l’ensemble berbère. | ||||
| 321–341 | Marie-Pierre GÜNDÜZ | L'opposition singulier/pluriel en turc | Résumé | |
| En turc le morphème de pluriel est utilisé de façon moins systématique qu’il ne l’est dans une langue comme le français. L’objet de cet article est donc de déterminer dans quels cas le nom turc peut se passer de cette marque tout en étant interprété comme un pluriel, et de cerner la nature de ce morphème ainsi que sa place dans le système de détermination du nom. | ||||
| 343–388 | François JACQUESSON | Deux territoires d'histoire linguistique: le Brahmapoutre et l'lénisséï | Résumé | |
| La difficulté d’apprécier toutes les dimensions de la linguistique historique tient à deux obstacles inverses. Tantôt on croit que les langues sont de purs produits de leur temps, qu’elles s’effacent à mesure que de plus puissantes prennent leur place. Ce discours, qui vise généralement à justifier l’indifférence à l’égard des langues qui disparaissent, nie toute possibilité d’une histoire linguistique, en y substituant l’histoire politique. Tantôt, et de façon opposée, on prétend que les langues sont héritières de lignées continues qui permettent de les regrouper d’autant plus qu’on remonte dans le temps. Cette illusion, qui nie les disparitions de nombreuses langues ou de familles entières, qui ignore des pidgins et les créoles, culminedans l’idée — bien vieillie — que les lignées linguistiques sont tout simplement parallèles aux lignées humaines, et n’est autre quel’hypothèse adamiste. L’une et l’autre idée ignorent pareillement que les langues sont historiques: ni assujetties aux événements, puisque les langues ont à coup sûr leurs spécificités de développement, ni indifférentes à eux, puisqu’il est vrai que certaines disparaissent brutalement avec leur derniers locuteurs au lieu de se transformer naturellement. Ce caractère médiateur des langues, à mi-chemin de l’arrogance et de la servilité, joue probablement un rôle important dans les capacités humaines d’adaptation. Il convient donc d’étudier des cas, qui permettent de mieux comprendre l’interrelation entre langue, population, et contexte. C’est pourquoi l’on étudie ici les situations des parlers du Brahmapoutre (Inde) et de l’Iénisséï (Sibérie russe), qui sont dans une certaine mesure complémentaires, pour montrer modestement l’imbrication de ces trois facteurs. | ||||
| 389–415 | Emilio BONVINI | La langue des « Pretos Velhos » (Vieux Noirs) au Brésil Un créole à base portugaise d'origine africaine |
Résumé | |
| Cet article se propose de présenter une langue cultuelle pratiquée au Brésil dans le cadre des cultes dits afro-brésiliens connus sous le nom de Umbanda. Il s’agit plus exactement du rituel de possession connu sous le nom de « Pretos velhos » (littéralement « Noirs vieux », « Noirs âgés », ou encore « Noirs anciens »), dans lequel des Esprits d’anciens esclaves noirs sont censés s'incorporer dans des médiums pour s'entretenir avec les adeptes du culte afin de leur apporter un soutien moral sous forme de conseils pratiques. Certains traits phonologiques, morphologiques et syntaxiques de cette langue rappellent tantôt ceux du portugais dit « populaire » du Brésil, mais aussi de l’Angola et du Mozambique, tantôt ceux des créoles à base portugaise attestés sur le continent africain. De ce fait, les données de cet article sont susceptibles d’apporter un éclairage dans le débat toujours d’actualité sur l’existence d’un créole ou éventuellement d’une créolisation préalable au Brésil. | ||||
| 417–442 | Francis TOLLIS | Antonio de Nebrija et le castillan (1492): une description entre héritage et innovations | Résumé | |
| A. de Nebrija s'est fait connaître de ses contemporains comme grammairien. Riche, mais apparemment opaque, le métalexique descriptif de sa grammaire du castillan reste d'une étude délicate, en dépit des tentatives d’élucidation dont il a déjà bénéficié à partir des textes des grammairiens latins qui l’ont inspiré. L’homme du XVe siècle qui se penchait sur un vernaculaire érigé en objet d'étude était d’emblée confronté au problème de savoir quels services il pouvait attendre de la tradition. Il faut donc vérifier si Nebrija a réussi à l’adapter au castillan, et si oui, de quelle façon. Dans le cas contraire, il reste à voir comment il évoque les réalités linguistiques dont les Anciens n’avaient pas eu à rendre compte. L’étude strictement interne de ce traité semble être la seule qui permette d’observer comment ce legs commun a été utilisé, et d’en évaluer l’économie d’ensemble — sa cohésion et sa cohérence propres. Dans la Gramática, la rigueur peut certainement être prise en défaut. Cependant, expliquer sa possible opacité par l’indécision conceptuelle de son auteur doit être la dernière des solutions à envisager. Justement, l'observation exhaustive du texte lui-même permet déjà de comprendre de manière acceptable l'utilisation référentielle des termes les plus « techniques ». Néanmoins, Nebrija n’a pas hésité à innover dans son analyse et dans le métavocabulaire qu’elle réclamait, et, en cas de besoin, à proposer des néologismes. Mais toujours il le fait en parfaite connaissance de cause, avec prudence et mesure. | ||||
| 445–460 | Gilbert LAZARD | Que cherchent les chercheurs? | Résumé | |
| Cet article fait suite à « La linguistique est-elle une science? », BSL 94, qui suggérait une voie susceptible de mener à une méthode plus scientifique en typologie linguistique. On cherche ici à préciser certaines des difficultés qui entravent le progrès dans ce sens. Prenant comme exemple l'article de J. François, on distingue la part de la conjecture intuitive et celle de l'acquis objectif. Les théories sur la sémantique de la prédication sont conjecturales. L'intuition est légitime dans l'élaboration des cadres conceptuels nécessaires à la comparaison des langues, mais elle doit être exclue dans l'étape ultérieure, où les hypothèses à vérifier sont formulées et confrontées aux données observables. Quelques thèses en fin d'article résument les principes sur lesquels il semble que doive se fonder une linguistique scientifique. | ||||
| 461–472 | Jacques FRANÇOIS | La réponse de Jacques François: Le linguiste et les observables « internes » et « externes » | Résumé | |
| L’article [François 1999, BSL 94] développe une entreprise de classement général du lexique verbal d’une langue, en l’occurrence le français, à partir d’une combinatoire de propriétés des prédications verbales d’ordre aspectuel et participatif. Analysant cette entreprise et ses méthodes, Gilbert Lazard [ici-même] croit pouvoir identifier d’un côté « la part de l’intuition », aussi longtemps que l’argumentation se fonde sur les données d’une seule langue et des expériences psycholinguistiques complémentaires, et d’un autre côté « la part de la connaissance objective » dès lors que les données d’au moins deux langues sont systématiquement mises en contraste. En réponse à G. Lazard, je fais valoir à l’aide d’exemples concernant la typologie des prédications verbales, que le linguiste peut occasionnellement avoir à sa disposition jusqu’à quatre types d’observables, internes et externes (selon la terminologie de Jakobson 1956) et obtenus par relevé ou par manipulation. Les observables de ces quatre types ont leurs critères propres de scientificité et dans la mesure où ils sont disponibles et satisfont à ces critères, les observables des quatre types sont à prendre en compte. | ||||
| i–xx | Procès-verbaux des séances de l'année 1999 |
| 1–13 | Nécrologies |
| 15–41 | Dérivation léxicale et variations d'actance: petits arrangements avec la syntaxe Alexandre FRANÇOIS Résumé |
| La description de langues inconnues suggère à la linguistique générale certains principes méthodologiques, tels que la prise en compte de l’énoncé contextualisé comme unité primordiale de l’observation du sens. Cette méthode rigoureuse prouve sa force en permettant de reconstituer la signification et le fonctionnement, en motlav (Océanie), d’un suffixe fortement polysémique. Rappelant à la fois les questions de préverbation dans les langues européennes, mais aussi les séries verbales ou les morphèmes applicatifs de plusieurs régions du monde, ce suffixe verbal goy nous permet d’explorer, d’une part, le domaine de la sémantique lexicale, et d’autre part, les questions syntaxiques de valence et de transitivité. Nous définissons ce morphème goy par un « scénario prototypique » impliquant quatre participants A B C D, reliés entre eux par des attitudes d’ordre modal et psychologique. Opérant par métaphore ou métonymie à partir de ces quelques éléments, le motlav dérive un grand nombre de valeurs sémantiques, calculées par combinaison au contexte. Nous montrons à quel prix ce scénario, situé en amont de la phase de formulation, vient ensuite s’insérer dans des structures syntaxiques nécessairement étriquées: il en résulte diverses reconfigurations des relations actancielles. Dans l’ordre des opérations cognitives présidant à la constitution des énoncés, la syntaxe apparaît alors comme une phase secondaire dans la formulation, consistant à couler l’infini du dicible dans le moule étroit de catégories discrètes et limitées. | |
| 43–59 | Sur l'accord Robert FOREST Résumé |
| Cet article critique la notion traditionnelle d’accord. Il commence par nier sa pertinence dans le cas des relations entre « verbe » et « sujet », comme on dit, en donnant des explications en termes d’actualisation, ou parfois d’empathie, des faits rencontrés. Ensuite, certains phénomènes liés à la présence éventuelle de marques échoïques incidentes à diverses unités exprimant qualité, manière, etc., doivent être pris en considération, et les particularités de leur fonctionnement s’analysent souvent en termes empathiques (notion de foyer empathique accessoire). | |
| 61–117 | Védique dámunas-, latin dominus et l'origine du suffixe de Hoffman Georges-Jean PINAULT Résumé |
| Plusieurs langues indo-européennes possèdent des dérivés nominaux au moyen du suffixe *-H3no-, appelé aussi « Herrschersuffix », qui est la thématisation du suffixe possessif *-H3en- ou « suffixe de Hoffmann ». Parmi les exemples allégués, véd. dámunasest totalement isolé en indo-aryen ancien, bien qu’il soit considéré comme le correspondant de lat. dominus, avec le même sens: « maître de maison ». Or, le sens de véd. dámunas- n’est pas restreint à celui de « maître de maison », qui ne représente que l’aboutissement d’une valeur plus ancienne: « bénéficiaire de la maisonnée ». Après avoir présenté une nouvelle analyse de ces deux dérivés, on montre que la valeur « bénéficiaire de, qui tire profit de » peut s’appliquer aux dérivés les plus anciens avec le suffixe de Hoffmann. Les problèmes posés par la structure et par la flexion de ce suffixe reflètent son origine comme second terme de composé, nom-racine de la racine *H3en- « tirer profit de, jouir de », connue notamment par le radical grec ôna- et par les mots de la famille d’allemand gönnen et Gunst dans les langues germaniques. Les emplois des dérivés de cette racine dans la langue homérique concordent avec la valeur posée pour le suffixe. | |
| 119–146 | Lituanien tausti, ciùtnas, et le nom du « peuple » en indo-européen Daniel PETIT Résumé |
| La désignation du « peuple » dans les langues baltiques (lit. tautà) présente, en regard de ses correspondants externes (par ex. got. ∫iuda < IE *teºta), un degré vocalique *o (*toºta), surprenant dans un substantif de cette nature, qui était probablement immotivé et immobile dès l’indo-européen. On examine si ce degré vocalique ne pourrait pas provenir de l’influence analogique d’une autre forme de la même famille, et l’on étudie en ce sens les traces possibles d’une famille étymologique pour la désignation du « peuple » dans les langues baltiques. | |
| 147–181 | Données nouvelles pour la linguistique gallo-romane: les légendes monétaires mérovingiennes Jean-Pierre CHAMON et Yan GRUEB Résumé |
| Le témoignage des monnaies mérovingiennes (ca 560-ca 675) semble avoir été généralement négligé par les linguistes romanistes. Outre l’intérêt qu’il présente pour la toponymie, l’anthroponymie et, à l’occasion, pour la lexicologie, ce corpus numismatique permet d’appréhender de façon précoce — et à l’intérieur des espaces qu’ils contribuent à définir aux époques médiévale et moderne — un certain nombre de changements linguistiques caractéristiques (surtout phoniques). On peut ainsi entrevoir, à une date globalement voisine de 600, une Galloromania individualisée, mais aussi faillée déjà selon quelques-unes des lignes majeures de sa dialectalisation, et où se reconnaissent l’opposition Nord/Sud ainsi que les pôles francoprovençal et gascon. | |
| 183–202 | Et en emploi « syndético-hypotactique »: hypothèse sur une jonction implicite en ancien et moyen français Frédéric TORTERAT Résumé |
| L’objet du présent article est de décrire et de commenter, en diachronie, la structure « proposition subordonnée (p), ET proposition principale (q) ». Comme on le voit, la « coordination » opérée par ET s’avère problématique dans ce sens où coordination et subordination grammaticales, généralement contradictoires, et même incompatibles, sont employées simultanément. Contre l’avis suivant lequel il y aurait là « fausses coordonnées », voire « pseudo-coordination », nous préconisons la complémentarité effective des deux recours d’« ordination ». | |
| 203–225 | Trimorphe, prosodie et configuration interrogative: l'exemple du discours publicitaie Egbert TÜRK Résumé |
| Partant de l’enseignement de G. Guillaume, B. Pottier a élaboré une théorie qui se propose la représentation des mécanismes mentaux susceptibles de prendre en charge la conceptualisation du référentiel par l’énonciateur. Pottier parle à ce propos de « morphodynamique ternaire ». Les nombreux exemples qu’apporte l’auteur à l’appui de son hypothèse relèvent de domaines de la langue autres que l’univers prosodique. À l’aide d’une analyse instrumentale, l’on cherchera à élucider si le « trimorphe » sous-tend également le plan prosodique de certaines configurations interrogatives. En d’autres termes, peut-il y avoir un patron prosodique propre à une séquence syntaxique tripartite à composante interrogative? | |
| 227–266 | De l'impératif italien sii (sois!) et de l'impératif en général Franck FLORICIC Résumé |
| Cette étude se propose de ré-examiner la question de l’impératif italien et en particulier de la forme dite de deuxième personne du singulier de l’auxiliaire essere, Sii (« sois! »). On avance l’hypothèse selon laquelle le « deuxième » i de cette forme n’est pas à proprement parler une désinence personnelle mais la manifestation d’un allongement vocalique dont la justification est d’ordre essentiellement phonologique. La présente étude discute d’une manière plus générale le statut des formes d’impératif que l’on reconnaît comme des « deuxièmes » personnes du singulier, et tente de relier les propriétés morphologiques et sémantiques de ces formes. | |
| 267–319 | À propos du zénaga Vocalisme et morphologie verbale en berbère David COHEN et Catherine TAINE-CHEIKH Résumé |
| En berbère, l’opposition fondamentale, avant l’introduction dans le système verbal de base de l’aoriste intensif, était entre l’aoriste et le prétérit. Ces deux formes, conjuguées avec les mêmes affixes, correspondent toutes deux aux formes à préfixes du chamitosémitique. Dans beaucoup de parlers berbères, seuls quelques verbes distinguent leur aoriste de leur prétérit par des changements vocaliques. Dans d’autres, ces changements sont beaucoup plus systématiques. Une étude du zénaga de Mauritanie montre que dans ce parler les bi-syllabiques présentent des changements réguliers, l’aoriste (et ’impératif) étant caractérisé par une suite a — i ou a — u (‘a’ — ‘non-a’) alors que le prétérit l’est par les séquences inversées i — a et u — a (‘non-a’— ‘a’). À la lumière de ces résultats, un réexamen des fait berbères est proposé. Il apparaît que, pour chaque dialecte considéré, la généralité des alternances et des contrastes est en rapport direct avec l’organisation du système vocalique. À la différence des parlers septentrionaux, les parlers berbères méridionaux ont, dans leur ensemble, conservé une opposition de quantité (d’où un système vocalique comprenant au moins deux voyelles brèves). Ils présentent donc un plus grand nombre de changements vocaliques réguliers que les parlers du nord, mais les principes mêmes qui gouvernent encore alternances et apophonie semblent avoir été communs à tout l’ensemble berbère. | |
| 321–341 | L'opposition singulier/pluriel en turc Marie-Pierre GÜNDÜZ Résumé |
| En turc le morphème de pluriel est utilisé de façon moins systématique qu’il ne l’est dans une langue comme le français. L’objet de cet article est donc de déterminer dans quels cas le nom turc peut se passer de cette marque tout en étant interprété comme un pluriel, et de cerner la nature de ce morphème ainsi que sa place dans le système de détermination du nom. | |
| 343–388 | Deux territoires d'histoire linguistique: le Brahmapoutre et l'lénisséï François JACQUESSON Résumé |
| La difficulté d’apprécier toutes les dimensions de la linguistique historique tient à deux obstacles inverses. Tantôt on croit que les langues sont de purs produits de leur temps, qu’elles s’effacent à mesure que de plus puissantes prennent leur place. Ce discours, qui vise généralement à justifier l’indifférence à l’égard des langues qui disparaissent, nie toute possibilité d’une histoire linguistique, en y substituant l’histoire politique. Tantôt, et de façon opposée, on prétend que les langues sont héritières de lignées continues qui permettent de les regrouper d’autant plus qu’on remonte dans le temps. Cette illusion, qui nie les disparitions de nombreuses langues ou de familles entières, qui ignore des pidgins et les créoles, culminedans l’idée — bien vieillie — que les lignées linguistiques sont tout simplement parallèles aux lignées humaines, et n’est autre quel’hypothèse adamiste. L’une et l’autre idée ignorent pareillement que les langues sont historiques: ni assujetties aux événements, puisque les langues ont à coup sûr leurs spécificités de développement, ni indifférentes à eux, puisqu’il est vrai que certaines disparaissent brutalement avec leur derniers locuteurs au lieu de se transformer naturellement. Ce caractère médiateur des langues, à mi-chemin de l’arrogance et de la servilité, joue probablement un rôle important dans les capacités humaines d’adaptation. Il convient donc d’étudier des cas, qui permettent de mieux comprendre l’interrelation entre langue, population, et contexte. C’est pourquoi l’on étudie ici les situations des parlers du Brahmapoutre (Inde) et de l’Iénisséï (Sibérie russe), qui sont dans une certaine mesure complémentaires, pour montrer modestement l’imbrication de ces trois facteurs. | |
| 389–415 | La langue des « Pretos Velhos » (Vieux Noirs) au Brésil Un créole à base portugaise d'origine africaine Emilio BONVINI Résumé |
| Cet article se propose de présenter une langue cultuelle pratiquée au Brésil dans le cadre des cultes dits afro-brésiliens connus sous le nom de Umbanda. Il s’agit plus exactement du rituel de possession connu sous le nom de « Pretos velhos » (littéralement « Noirs vieux », « Noirs âgés », ou encore « Noirs anciens »), dans lequel des Esprits d’anciens esclaves noirs sont censés s'incorporer dans des médiums pour s'entretenir avec les adeptes du culte afin de leur apporter un soutien moral sous forme de conseils pratiques. Certains traits phonologiques, morphologiques et syntaxiques de cette langue rappellent tantôt ceux du portugais dit « populaire » du Brésil, mais aussi de l’Angola et du Mozambique, tantôt ceux des créoles à base portugaise attestés sur le continent africain. De ce fait, les données de cet article sont susceptibles d’apporter un éclairage dans le débat toujours d’actualité sur l’existence d’un créole ou éventuellement d’une créolisation préalable au Brésil. | |
| 417–442 | Antonio de Nebrija et le castillan (1492): une description entre héritage et innovations Francis TOLLIS Résumé |
| A. de Nebrija s'est fait connaître de ses contemporains comme grammairien. Riche, mais apparemment opaque, le métalexique descriptif de sa grammaire du castillan reste d'une étude délicate, en dépit des tentatives d’élucidation dont il a déjà bénéficié à partir des textes des grammairiens latins qui l’ont inspiré. L’homme du XVe siècle qui se penchait sur un vernaculaire érigé en objet d'étude était d’emblée confronté au problème de savoir quels services il pouvait attendre de la tradition. Il faut donc vérifier si Nebrija a réussi à l’adapter au castillan, et si oui, de quelle façon. Dans le cas contraire, il reste à voir comment il évoque les réalités linguistiques dont les Anciens n’avaient pas eu à rendre compte. L’étude strictement interne de ce traité semble être la seule qui permette d’observer comment ce legs commun a été utilisé, et d’en évaluer l’économie d’ensemble — sa cohésion et sa cohérence propres. Dans la Gramática, la rigueur peut certainement être prise en défaut. Cependant, expliquer sa possible opacité par l’indécision conceptuelle de son auteur doit être la dernière des solutions à envisager. Justement, l'observation exhaustive du texte lui-même permet déjà de comprendre de manière acceptable l'utilisation référentielle des termes les plus « techniques ». Néanmoins, Nebrija n’a pas hésité à innover dans son analyse et dans le métavocabulaire qu’elle réclamait, et, en cas de besoin, à proposer des néologismes. Mais toujours il le fait en parfaite connaissance de cause, avec prudence et mesure. | |
| 445–460 | Que cherchent les chercheurs? Gilbert LAZARD Résumé |
| Cet article fait suite à « La linguistique est-elle une science? », BSL 94, qui suggérait une voie susceptible de mener à une méthode plus scientifique en typologie linguistique. On cherche ici à préciser certaines des difficultés qui entravent le progrès dans ce sens. Prenant comme exemple l'article de J. François, on distingue la part de la conjecture intuitive et celle de l'acquis objectif. Les théories sur la sémantique de la prédication sont conjecturales. L'intuition est légitime dans l'élaboration des cadres conceptuels nécessaires à la comparaison des langues, mais elle doit être exclue dans l'étape ultérieure, où les hypothèses à vérifier sont formulées et confrontées aux données observables. Quelques thèses en fin d'article résument les principes sur lesquels il semble que doive se fonder une linguistique scientifique. | |
| 461–472 | La réponse de Jacques François: Le linguiste et les observables « internes » et « externes » Jacques FRANÇOIS Résumé |
| L’article [François 1999, BSL 94] développe une entreprise de classement général du lexique verbal d’une langue, en l’occurrence le français, à partir d’une combinatoire de propriétés des prédications verbales d’ordre aspectuel et participatif. Analysant cette entreprise et ses méthodes, Gilbert Lazard [ici-même] croit pouvoir identifier d’un côté « la part de l’intuition », aussi longtemps que l’argumentation se fonde sur les données d’une seule langue et des expériences psycholinguistiques complémentaires, et d’un autre côté « la part de la connaissance objective » dès lors que les données d’au moins deux langues sont systématiquement mises en contraste. En réponse à G. Lazard, je fais valoir à l’aide d’exemples concernant la typologie des prédications verbales, que le linguiste peut occasionnellement avoir à sa disposition jusqu’à quatre types d’observables, internes et externes (selon la terminologie de Jakobson 1956) et obtenus par relevé ou par manipulation. Les observables de ces quatre types ont leurs critères propres de scientificité et dans la mesure où ils sont disponibles et satisfont à ces critères, les observables des quatre types sont à prendre en compte. | |