| Pages | Auteurs | Titre | Lien | Résumé |
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| i–xx | Année 1998 | Procès-verbaux des séances | Indisponible | |
| 1–30 | Cyril ASLANOV | La réflexion linguistique hébraïque dans l'horizon intellectuel de l'occident médiéval Essai de comparaison des traités de grammaire hébraïque et provençale |
Résumé | |
| Cet article confronte trois foyers de réflexion grammaticale au Moyen Âge: le foyer latin, son dérivé provençal et le foyer hébreu implanté dans les pays romans. Après avoir posé la question du statut respectif du latin, de l’hébreu et du provençal en tant que langue décrite et en tant que métalangage, nous étudierons les pertuis de communication et les canaux d’influence qui ont uni la grammaire latine à la grammaire provençale d’une part, à la grammaire hébraïque d’autre part; les points de contact effectifs ou les similitudes fortuites entre grammaire provençale et grammaire hébraïque sont mis en évidence à travers l’étude de la façon dont ces deux traditions de réflexion linguistique traitent certains faits de langue non pris en compte par la grammaire latine pour des raisons tenant à la spécificité du latin: il s’agit essentiellement du problème de la fonction du nom dans la phrase dans une langue qui, comme l’hébreu, est dénuée de flexion nominale ou qui, comme l’ancien provençal, est en passe de la perdre. | ||||
| 31–66 | Irina FOUGERON et Jean BREUILLARD | Serge Karcevski (28 août 1884 - 7 novembre 1955) | Résumé | |
| Modeste dans son volume, l'œuvre de Karcevski (1884-1955) est à la fois cohérente et inachevée. Cohérente, elle l'est par son objet: la langue russe contemporaine; elle l'est aussi par sa méthode: chaque question est replacée dans la perspective théorique qui lui donne tout son sens. Inachevée, car chaque étude s'insère dans une architecture supérieure, le projet d'une summa linguistica(Jakobson). L'article rappelle quelques aspects fondamentaux de sa pensée: asymétrie du signe linguistique; application du « syntagme » TT' de l'École genévoise; classification du verbe russe; concept de productivité; vues novatrices sur la préverbation; segmentation communicative de l'énoncé; dégagement du dialogue interne aperçu au cœur de la phrase complexe; exploration des intonèmes de la phrase russe; conception des quatre « attitudes » du locuteur face aux « choses ». L'article applique ensuite au fonctionnement de la conjonction à la théorie sur l'origine exclamative des conjonctions de coordination, et la distinction corollaire entre conjonctions « externes » et conjonctions « internes ». L'analyse s'applique enfin à la conjonction hotja et dégage le caractère particulier des concessives; seront mises en évidence au passage les différences entre hotja et ses variantes hotja..., no et hotja i..., no, couramment considérées comme synonymes. | ||||
| 67–112 | Gilbert LAZARD | La linguistique est-elle une science? | Résumé | |
| L'épistémologue G.-G. Granger range la linguistique parmi les « proto-sciences », disciplines semblables à la physique d'avant Galilée, qui ne disposaient pas encore « d'une définition catégoriale des objets de leur visée ». Faire de la linguistique une science était l'ambition de linguistes comme Hjelmslev et Benveniste, ambition un peu oubliée depuis. Quelle voie pourrait permettre de s'acheminer vers ce but? Certaines approches ont pu être regardées comme scientifiques. La « grammaire comparée » a des aspects scientifiques, mais c'est une discipline essentiellement historique. Quant à la « grammaire générative », qui se veut scientifique, elle semble finalement stérile, malgré des découvertes factuelles qui ne sont pas intrinsèquement liées à la méthode. La typologie, fondée sur la comparaison des langues les plus diverses, paraît plus prometteuse. Elle vise à atteindre des « universaux » ou « invariants », c'est-à-dire des lois du fonctionnement du langage. Cette recherche est actuellement florissante, mais elle s'appuie généralement sur des notions traditionnelles mal définies et n'aboutit qu'à des résultats suggestifs, mais vagues et incertains. Il importe que la linguistique définisse plus rigoureusement « l'objet de sa visée ». Les réflexions de l'épistémologue lui montrent la voie. Elle doit, comme toute science, trouver le moyen de construire son objet par un processus d'abstraction qui dépouille l'expérience brute de ses surdéterminations. Les problèmes se posent à deux niveaux: celui de la description et celui de la comparaison. Les intuitions saussuriennes fournissent une base solide à la description. Pour la comparaison, il faut construire des cadres conceptuels. | ||||
| 113–138 | Gaston GROSS | Elaboration d'un dictionnaire électronique | Résumé | |
| L'objet de cet article est de présenter les principes d'un nouveau type de dictionnaire électronique du français. On part du principe que l'unité minimale d'analyse n'est pas le mot mais la phrase, définie comme un prédicat accompagné de la suite la plus longue de ses arguments. Ces derniers sont décrits à l'aide d'un outil sémantique appelé « classes d'objets ». Ces classes permettent de rendre compte de la polysémie des prédicats et donc d'isoler chacun de leurs emplois. L'objectif est alors de mettre au point tous les paramètres nécessaires à la description complète de chaque emploi avec la précision requise par le traitement automatique. Ce dictionnaire comprend donc, de façon intégrée, toutes les informations lexicales, syntaxiques et sémantiques permettant la reconnaissance automatique des phrases d'un texte. | ||||
| 139–184 | Jacques FRANÇOIS | Les caractères aspectuels et participatifs des prédications verbales et la transitivité | Résumé | |
| Les prédications verbales — c’est-à-dire les couples formés d’un verbe et d’un co-texte actanciel, mais abstraction faite du contexte énonciatif — présentent deux types de caractères classificatoires fondamentaux, propriétés aspectuelles et propriétés participatives, lesquelles sont apparues récemment comme indissociables (§1). Cependant, avant même de pouvoir dégager ces propriétés et leur combinatoire, au moins deux obstacles méthodologiques doivent être surmontés, qui concernent les critères d’identification des propriétés aspectuelles et la distinction entre verbes prédicatifs et non prédicatifs (§2). Nous montrerons ensuite pour le français qu’un classement fondé sur les seules propriétés soit d’aspect soit de participation ne permet pas d’assigner un profil explicite à chaque type de prédication alors que leur prise en compte combinée permet de faire émerger des caractères complexes à trois niveaux de spécificité (§3). Enfin nous verrons à partir d’une étude contrastive consacrée à une sous-classe de prédications verbales transitives indirectes de l’allemand que ce classement combinatoire entretient des relations étroites avec le ‘différentiel de participation’ mis en évidence par Dowty, 1991 (§4). | ||||
| 185–208 | Georges KLEIBER | Les proverbes antinomiques Une grosse pierre 'logique' dans le jardin toujours 'universel' des proverbes |
Résumé | |
| On sait que les proverbes antinomiques, comme, par exemple, L'argent ne fait pas le bonheur/ Abondance de biens ne nuit pas, rendent caduque la vue traditionnelle des proverbes comme vecteurs de vérités universelles ou générales. Il n'est logiquement pas possible de soutenir en même temps que les proverbes expriment des lois générales et qu'ils peuvent être antinomiques. Notre contribution essaie de montrer que cette contradiction peut être résolue si l'on abandonne le quantificateur universel pour un autre quantificateur, moins fort: l'adverbe de quantification beaucoup. | ||||
| 209–244 | Mary-Annick MOREL et Laurent DANON-BOILEAU | De quelques invariants intonatifs dans les langues | Résumé | |
| Après avoir fait l'inventaire des différents indices intonatifs et de leur valeur iconique, nous avons analysé leur incidence sur la structuration de l'oral en français. Puis, nous nous sommes efforcés de voir si ces structures se retrouvent ailleurs. Notre raisonnement est fondé sur l'étude de langues de typologie aussi diverse que l'anglais, le thaï et le turc. Nous postulons que les variations de hauteur mélodique servent à gérer la coénonciation (en tant qu’anticipation de la réaction de l’autre), que les variations d’intensité relèvent de la colocution (du droit de chacun à la parole), que l’allongement de la durée est trace du travail de formulation et que la pause-silence permet d'homogénéiser ce qui la précède. Pour le français, l'intonation détermine deux types d'organisation en paragraphe: une de type préambule-rhème, une autre de type préambule-rhème-postrhème. Le préambule français comporte une succession de segments de fonction différente qui se suivent dans un ordre très contraint: ligateur, point de vue, modus, cadre, support lexical disjoint. Pour ce qui est des autres langues, la structure préambule-rhème est générale, mais la composition du préambule varie, le ligateur et le cadre restant toutefois toujours exprimés. Les ruptures (incise, focalisation, hésitation) semblent aussi obéir à des profils mélodiques constants. Il semble que les différences observées sont des conséquences directes des propriétés de la langue. La nature des marques morphosyntaxiques (suffixes, flexion, marqueurs autonomes) et l'existence de tons ou d'un accent de mot mobilisant le fondamental ou la durée modifient la nature et l'emplacement des indices intonatifs dans la chaîne. | ||||
| 245–260 | Egbert TÜRK | Support (thème) et prosodie en publicité radiophonique | Résumé | |
| Bien que la radio reste actuellement la mal-aimée des publicitaires, elle offre un précieux champ d’investigation aux chercheurs qui se penchent sur le rôle de la prosodie dans la transmission du message destiné aux auditeurs/consommateurs. S’appuyant sur trois exemples français, cette étude se propose de définir la part qui revient aux paramètres prosodiques dans la réalisation d’un point précis du communiqué radio: le support (thème). | ||||
| 261–284 | Karine BERTHELOT-GUIET | Quelle définition pour bébé cadum? Définitions naturelles d'éléments lexicaux issus de la publicité |
Résumé | |
| Cet article se propose de définir, décrire et classifier les définitions naturelles, au sens où elles sont formulées par des locuteurs et non recueillies dans un dictionnaire, de sept termes, syntagmes ou énoncés figés de la langue quotidienne qui ont tous la particularité d'être issus de la langue de la publicité. La réflexion sur la typologie s'accompagne d'une quantification qui permet d'indiquer les préférences des locuteurs en matière de définition naturelle et d'observer d'éventuelles corrélations entre la définition donnée et la forme ou l'origine de l'élément lexical défini. Un phénomène d'attraction imitative, la forme de la définition est identique à celle de l'élément défini, est ainsi mis en évidence. | ||||
| 285–316 | Claude BRIXHE | Prolegomenes au corpus neo-phrygien | Résumé | |
| La genèse du corpus néo-phrygien. Elimination des textes 49 et 50, qui sont grecs. — Vérification des lectures et problèmes posés par les lettres rondes. — L’alphabet utilisé, la norme graphique et les écarts. — Scriptio continua, difficultés éventuelles de segmentation et problèmes de sandhi. | ||||
| 317–338 | Alain BLANC | Étymologies homériques (1. χαλίφρων 2. ἄκμηνος 3. ἀβληχρός) |
Résumé | |
| Étude de trois composés homériques, dont les constituants n'étaient plus nettement perçus par les lexicographes de l'Antiquité. On montre que χαλίφρων doit avoir été obscurci par une dissimilation consonantique [r]... [r] > [l]... [r], que ἄκμηνος n'est pas un adjectif simple, mais un composé négatif (cf. κομέω) et que ἀβληχρός, qui s'est réduit à βληχρός après Homère, est lui aussi un composé négatif, dont le second membre repose sur la racine *gwel- de βάλλω. | ||||
| 339–362 | Raoul WEISS | Un espace de variation Le cas du translatif alsacien d...r |
Résumé | |
| Le modèle structural classique du jeu d’échec assimile la langue à un échiquier, où il est impossible à une case de contenir plus d’une pièce. La variation n’est alors reconnue qu’en tant que phénomène diachronique et/ou diatopique: toute variation représente un changement d’échiquier. Le cas du translatif (article-déictique) des parlers alsaciens suggère un modèle alternatif: la cinèse variationnelle, ou « case élargie », qui permet de rendre compte de variations signifiantes dans la synchronie d’un système linguistique. | ||||
| 363–402 | Georges BOHAS | Pourquoi et comment se passer de la racine dans l'organisation du lexique de l'arabe | Résumé | |
| Il est d'abord montré que la racine triconsonantique ne permet pas de rendre compte de relations phonétiques et sémantiques facilement perceptibles dans le lexique de l'arabe. L'auteur propose une organisation en trois niveaux: matrices, étymons, radicaux. Les matrices sont des composés binaires et non ordonnés de matrices de traits. Les étymons sont des composés binaires non ordonnés de phonèmes issus de ces matrices; ils sont le plus souvent mimophoniques. Les radicaux sont des étymons étendus de diverses manières pour cadrer avec les schèmes de la morphologie. A titre d'exemple, on étudie deux matrices. Cette organisation permet d'expliquer pourquoi des termes comportant les mêmes traits manifestent aussi les mêmes sèmes. Elle permet aussi d'expliquer les manifestation de polysémie et d'homonymie dans le lexique de l'arabe. | ||||
| 403–420 | Lionel GALAND | Lexique et Grammaire Les deux bouts de la lorgnette |
Résumé | |
| On oppose volontiers le nombre limité des éléments grammaticaux au nombre illimité des éléments lexicaux. En fait, l’opposition n’est pas tranchée et les notions logiques d’extension et de compréhension permettent d’en rendre compte. On sait que l’extension (le champ d’application d’un concept ou du signe qui le note) varie en raison inverse de la compréhension (somme des traits définitoires). Les signes se rangent sur une échelle continue, depuis les « plus grammaticaux », qui ont la plus grande extension et la compréhension la plus restreinte, jusqu’aux « plus lexicaux », dont l’extension est plus réduite et la compréhension plus riche. Pour une langue et pour une époque données, leur choix et leur classement dépendent de facteurs multiples, parmi lesquels les données culturelles et le principe d’économie jouent un rôle important. L’article analyse des constructions du type « X (à savoir:) Y », fréquentes en berbère (mais ailleurs aussi), dans lesquelles X, plus « grammatical » et plus rapidement disponible, mais moins précis, est explicité par Y plus « lexical ». | ||||
| 421–436 | Selim YILMAZ | Du suffixe -se à la conjonction si Les hypothétiques en Turc et leur traduction en français |
Résumé | |
| Nous proposons ici une étude morpho-syntaxique et énonciative des différentes subordonnées hypothétiques en turc et leur traduction en français. Dans un premier temps, nous établissons une classification des propositions hypothétiques à partir d’exemples extraits de corpus de langue parlée et écrite du turc contemporain (le turc de Turquie). Nous classons les hypothétiques selon la morphologie du verbe (V1) de la subordonnée (P1) en relation avec la morphologie du verbe (V2) de la principale (P2). En d’autres termes, le verbe de la P1 (celui qui contient le suffixe -se) est notre repère, alors que, le verbe de la P2 étant le repéré, sa morphologie se caractérise par rapport aux valeurs modo-temporelles du premier verbe. Dans un deuxième temps, nous interprétons les énoncés hypothétiques dans un cadre énonciatif, notamment les énoncés issus de l’oral spontané, afin d’analyser non seulement la position du suffixe -sedans le V1 et ses liens avec d’autres suffixes (en fonction des combinaisons possibles), mais aussi la relation syntactico-sémantique des deux verbes dans une structure ‘P1(V1+-se), P2 (V2)’ qui correspond en français à ‘Si P1, P2’. Nous fournissons bien entendu la traduction en français des énoncés hypothétiques en vue de comparer le fonctionnement de ces types d’énoncés dans les deux langues. | ||||
| 437–486 | Alexandre FRANÇOIS | Mouvements et clonages de voyelles en motlav Entre phonologie et morphologie |
Résumé | |
| Le seul article consacré à ce jour au motlav (Kasarhérou 1962) relevait, à la suite de Codrington, le phénomène de la copie vocalique: certains préfixes verraient leur voyelle systématiquement assimilée à celle du radical — ex. na- + vôy > nô-vôy. Nous montrons d'abord que cette règle ne concerne que la moitié du lexique, les radicaux de forme CV-, tandis que les autres (en CCV-) remplacent cette voyelle clonée par une voyelle fixe, sans copie. Après une hypothèse diachronique pour expliquer cette bipartition du lexique en deux grandes classes morphologiques (CV- vs. CCV-), le système phonologique est réanalysé en synchronie, suggérant de nouveaux outils théoriques pour représenter les faits observés. Ainsi, dans une approche autosegmentale, la notion de « phonème flottant » est réactualisée pour rendre compte du comportement de ces préfixes, et s'avère également féconde pour expliquer un autre phénomène du motlav, le transfert vocalique — ex. na- + hinag > ni-hnag. Enfin, l'insertion syllabique (mtig > mitig) donne la clef de tout le système, en permettant de transférer parmi les règles phonologiques des formes qui semblaient d'abord relever de la morphologie. Vowel Shifting and Cloning in Motlav (Vanuatu): Between Phonology and Morphology In his first account of motlav grammar, Codrington (1885), followed by Kasarhérou (1962), described the phonological rule of « vowel shifting »: a number of prefixes change their vowel into that of the following lexeme, e.g. na- + vôy > nô-vôy. We first show that this rule only accounts for half of the lexicon, namely CV- roots, whereas for CCV- roots no change occurs, leaving an unvarying vowel instead. After discussing a diachronic hypothesis in order to account for these two distinct morphological sets (ie CV- vs. CCV-), we try and reanalyse the whole system synchronically, thanks to newly defined theoretical tools. For instance, our choice of a multi-linear approach allows us to take into consideration the notion of « floating phoneme », in order to account for the behaviour of these prefixes; and the same notion appears to be efficient in analysing « vowel transfer » (e.g. na- + hinag > ni-hnag), another phonological rule of the same language. Last but not least, the rule for « syllabic epenthesis » (e.g. mtig > mitig) is the key to the whole system, through which certain so-called morphological categories prove to be entirely derivable from phonological patterns. | ||||
| i–xx | Procès-verbaux des séances Année 1998 |
| 1–30 | La réflexion linguistique hébraïque dans l'horizon intellectuel de l'occident médiéval Essai de comparaison des traités de grammaire hébraïque et provençale Cyril ASLANOV Résumé |
| Cet article confronte trois foyers de réflexion grammaticale au Moyen Âge: le foyer latin, son dérivé provençal et le foyer hébreu implanté dans les pays romans. Après avoir posé la question du statut respectif du latin, de l’hébreu et du provençal en tant que langue décrite et en tant que métalangage, nous étudierons les pertuis de communication et les canaux d’influence qui ont uni la grammaire latine à la grammaire provençale d’une part, à la grammaire hébraïque d’autre part; les points de contact effectifs ou les similitudes fortuites entre grammaire provençale et grammaire hébraïque sont mis en évidence à travers l’étude de la façon dont ces deux traditions de réflexion linguistique traitent certains faits de langue non pris en compte par la grammaire latine pour des raisons tenant à la spécificité du latin: il s’agit essentiellement du problème de la fonction du nom dans la phrase dans une langue qui, comme l’hébreu, est dénuée de flexion nominale ou qui, comme l’ancien provençal, est en passe de la perdre. | |
| 31–66 | Serge Karcevski (28 août 1884 - 7 novembre 1955) Irina FOUGERON et Jean BREUILLARD Résumé |
| Modeste dans son volume, l'œuvre de Karcevski (1884-1955) est à la fois cohérente et inachevée. Cohérente, elle l'est par son objet: la langue russe contemporaine; elle l'est aussi par sa méthode: chaque question est replacée dans la perspective théorique qui lui donne tout son sens. Inachevée, car chaque étude s'insère dans une architecture supérieure, le projet d'une summa linguistica(Jakobson). L'article rappelle quelques aspects fondamentaux de sa pensée: asymétrie du signe linguistique; application du « syntagme » TT' de l'École genévoise; classification du verbe russe; concept de productivité; vues novatrices sur la préverbation; segmentation communicative de l'énoncé; dégagement du dialogue interne aperçu au cœur de la phrase complexe; exploration des intonèmes de la phrase russe; conception des quatre « attitudes » du locuteur face aux « choses ». L'article applique ensuite au fonctionnement de la conjonction à la théorie sur l'origine exclamative des conjonctions de coordination, et la distinction corollaire entre conjonctions « externes » et conjonctions « internes ». L'analyse s'applique enfin à la conjonction hotja et dégage le caractère particulier des concessives; seront mises en évidence au passage les différences entre hotja et ses variantes hotja..., no et hotja i..., no, couramment considérées comme synonymes. | |
| 67–112 | La linguistique est-elle une science? Gilbert LAZARD Résumé |
| L'épistémologue G.-G. Granger range la linguistique parmi les « proto-sciences », disciplines semblables à la physique d'avant Galilée, qui ne disposaient pas encore « d'une définition catégoriale des objets de leur visée ». Faire de la linguistique une science était l'ambition de linguistes comme Hjelmslev et Benveniste, ambition un peu oubliée depuis. Quelle voie pourrait permettre de s'acheminer vers ce but? Certaines approches ont pu être regardées comme scientifiques. La « grammaire comparée » a des aspects scientifiques, mais c'est une discipline essentiellement historique. Quant à la « grammaire générative », qui se veut scientifique, elle semble finalement stérile, malgré des découvertes factuelles qui ne sont pas intrinsèquement liées à la méthode. La typologie, fondée sur la comparaison des langues les plus diverses, paraît plus prometteuse. Elle vise à atteindre des « universaux » ou « invariants », c'est-à-dire des lois du fonctionnement du langage. Cette recherche est actuellement florissante, mais elle s'appuie généralement sur des notions traditionnelles mal définies et n'aboutit qu'à des résultats suggestifs, mais vagues et incertains. Il importe que la linguistique définisse plus rigoureusement « l'objet de sa visée ». Les réflexions de l'épistémologue lui montrent la voie. Elle doit, comme toute science, trouver le moyen de construire son objet par un processus d'abstraction qui dépouille l'expérience brute de ses surdéterminations. Les problèmes se posent à deux niveaux: celui de la description et celui de la comparaison. Les intuitions saussuriennes fournissent une base solide à la description. Pour la comparaison, il faut construire des cadres conceptuels. | |
| 113–138 | Elaboration d'un dictionnaire électronique Gaston GROSS Résumé |
| L'objet de cet article est de présenter les principes d'un nouveau type de dictionnaire électronique du français. On part du principe que l'unité minimale d'analyse n'est pas le mot mais la phrase, définie comme un prédicat accompagné de la suite la plus longue de ses arguments. Ces derniers sont décrits à l'aide d'un outil sémantique appelé « classes d'objets ». Ces classes permettent de rendre compte de la polysémie des prédicats et donc d'isoler chacun de leurs emplois. L'objectif est alors de mettre au point tous les paramètres nécessaires à la description complète de chaque emploi avec la précision requise par le traitement automatique. Ce dictionnaire comprend donc, de façon intégrée, toutes les informations lexicales, syntaxiques et sémantiques permettant la reconnaissance automatique des phrases d'un texte. | |
| 139–184 | Les caractères aspectuels et participatifs des prédications verbales et la transitivité Jacques FRANÇOIS Résumé |
| Les prédications verbales — c’est-à-dire les couples formés d’un verbe et d’un co-texte actanciel, mais abstraction faite du contexte énonciatif — présentent deux types de caractères classificatoires fondamentaux, propriétés aspectuelles et propriétés participatives, lesquelles sont apparues récemment comme indissociables (§1). Cependant, avant même de pouvoir dégager ces propriétés et leur combinatoire, au moins deux obstacles méthodologiques doivent être surmontés, qui concernent les critères d’identification des propriétés aspectuelles et la distinction entre verbes prédicatifs et non prédicatifs (§2). Nous montrerons ensuite pour le français qu’un classement fondé sur les seules propriétés soit d’aspect soit de participation ne permet pas d’assigner un profil explicite à chaque type de prédication alors que leur prise en compte combinée permet de faire émerger des caractères complexes à trois niveaux de spécificité (§3). Enfin nous verrons à partir d’une étude contrastive consacrée à une sous-classe de prédications verbales transitives indirectes de l’allemand que ce classement combinatoire entretient des relations étroites avec le ‘différentiel de participation’ mis en évidence par Dowty, 1991 (§4). | |
| 185–208 | Les proverbes antinomiques Une grosse pierre 'logique' dans le jardin toujours 'universel' des proverbes Georges KLEIBER Résumé |
| On sait que les proverbes antinomiques, comme, par exemple, L'argent ne fait pas le bonheur/ Abondance de biens ne nuit pas, rendent caduque la vue traditionnelle des proverbes comme vecteurs de vérités universelles ou générales. Il n'est logiquement pas possible de soutenir en même temps que les proverbes expriment des lois générales et qu'ils peuvent être antinomiques. Notre contribution essaie de montrer que cette contradiction peut être résolue si l'on abandonne le quantificateur universel pour un autre quantificateur, moins fort: l'adverbe de quantification beaucoup. | |
| 209–244 | De quelques invariants intonatifs dans les langues Mary-Annick MOREL et Laurent DANON-BOILEAU Résumé |
| Après avoir fait l'inventaire des différents indices intonatifs et de leur valeur iconique, nous avons analysé leur incidence sur la structuration de l'oral en français. Puis, nous nous sommes efforcés de voir si ces structures se retrouvent ailleurs. Notre raisonnement est fondé sur l'étude de langues de typologie aussi diverse que l'anglais, le thaï et le turc. Nous postulons que les variations de hauteur mélodique servent à gérer la coénonciation (en tant qu’anticipation de la réaction de l’autre), que les variations d’intensité relèvent de la colocution (du droit de chacun à la parole), que l’allongement de la durée est trace du travail de formulation et que la pause-silence permet d'homogénéiser ce qui la précède. Pour le français, l'intonation détermine deux types d'organisation en paragraphe: une de type préambule-rhème, une autre de type préambule-rhème-postrhème. Le préambule français comporte une succession de segments de fonction différente qui se suivent dans un ordre très contraint: ligateur, point de vue, modus, cadre, support lexical disjoint. Pour ce qui est des autres langues, la structure préambule-rhème est générale, mais la composition du préambule varie, le ligateur et le cadre restant toutefois toujours exprimés. Les ruptures (incise, focalisation, hésitation) semblent aussi obéir à des profils mélodiques constants. Il semble que les différences observées sont des conséquences directes des propriétés de la langue. La nature des marques morphosyntaxiques (suffixes, flexion, marqueurs autonomes) et l'existence de tons ou d'un accent de mot mobilisant le fondamental ou la durée modifient la nature et l'emplacement des indices intonatifs dans la chaîne. | |
| 245–260 | Support (thème) et prosodie en publicité radiophonique Egbert TÜRK Résumé |
| Bien que la radio reste actuellement la mal-aimée des publicitaires, elle offre un précieux champ d’investigation aux chercheurs qui se penchent sur le rôle de la prosodie dans la transmission du message destiné aux auditeurs/consommateurs. S’appuyant sur trois exemples français, cette étude se propose de définir la part qui revient aux paramètres prosodiques dans la réalisation d’un point précis du communiqué radio: le support (thème). | |
| 261–284 | Quelle définition pour bébé cadum? Définitions naturelles d'éléments lexicaux issus de la publicité Karine BERTHELOT-GUIET Résumé |
| Cet article se propose de définir, décrire et classifier les définitions naturelles, au sens où elles sont formulées par des locuteurs et non recueillies dans un dictionnaire, de sept termes, syntagmes ou énoncés figés de la langue quotidienne qui ont tous la particularité d'être issus de la langue de la publicité. La réflexion sur la typologie s'accompagne d'une quantification qui permet d'indiquer les préférences des locuteurs en matière de définition naturelle et d'observer d'éventuelles corrélations entre la définition donnée et la forme ou l'origine de l'élément lexical défini. Un phénomène d'attraction imitative, la forme de la définition est identique à celle de l'élément défini, est ainsi mis en évidence. | |
| 285–316 | Prolegomenes au corpus neo-phrygien Claude BRIXHE Résumé |
| La genèse du corpus néo-phrygien. Elimination des textes 49 et 50, qui sont grecs. — Vérification des lectures et problèmes posés par les lettres rondes. — L’alphabet utilisé, la norme graphique et les écarts. — Scriptio continua, difficultés éventuelles de segmentation et problèmes de sandhi. | |
| 317–338 | Étymologies homériques (1. χαλίφρων 2. ἄκμηνος 3. ἀβληχρός) Alain BLANC Résumé |
| Étude de trois composés homériques, dont les constituants n'étaient plus nettement perçus par les lexicographes de l'Antiquité. On montre que χαλίφρων doit avoir été obscurci par une dissimilation consonantique [r]... [r] > [l]... [r], que ἄκμηνος n'est pas un adjectif simple, mais un composé négatif (cf. κομέω) et que ἀβληχρός, qui s'est réduit à βληχρός après Homère, est lui aussi un composé négatif, dont le second membre repose sur la racine *gwel- de βάλλω. | |
| 339–362 | Un espace de variation Le cas du translatif alsacien d...r Raoul WEISS Résumé |
| Le modèle structural classique du jeu d’échec assimile la langue à un échiquier, où il est impossible à une case de contenir plus d’une pièce. La variation n’est alors reconnue qu’en tant que phénomène diachronique et/ou diatopique: toute variation représente un changement d’échiquier. Le cas du translatif (article-déictique) des parlers alsaciens suggère un modèle alternatif: la cinèse variationnelle, ou « case élargie », qui permet de rendre compte de variations signifiantes dans la synchronie d’un système linguistique. | |
| 363–402 | Pourquoi et comment se passer de la racine dans l'organisation du lexique de l'arabe Georges BOHAS Résumé |
| Il est d'abord montré que la racine triconsonantique ne permet pas de rendre compte de relations phonétiques et sémantiques facilement perceptibles dans le lexique de l'arabe. L'auteur propose une organisation en trois niveaux: matrices, étymons, radicaux. Les matrices sont des composés binaires et non ordonnés de matrices de traits. Les étymons sont des composés binaires non ordonnés de phonèmes issus de ces matrices; ils sont le plus souvent mimophoniques. Les radicaux sont des étymons étendus de diverses manières pour cadrer avec les schèmes de la morphologie. A titre d'exemple, on étudie deux matrices. Cette organisation permet d'expliquer pourquoi des termes comportant les mêmes traits manifestent aussi les mêmes sèmes. Elle permet aussi d'expliquer les manifestation de polysémie et d'homonymie dans le lexique de l'arabe. | |
| 403–420 | Lexique et Grammaire Les deux bouts de la lorgnette Lionel GALAND Résumé |
| On oppose volontiers le nombre limité des éléments grammaticaux au nombre illimité des éléments lexicaux. En fait, l’opposition n’est pas tranchée et les notions logiques d’extension et de compréhension permettent d’en rendre compte. On sait que l’extension (le champ d’application d’un concept ou du signe qui le note) varie en raison inverse de la compréhension (somme des traits définitoires). Les signes se rangent sur une échelle continue, depuis les « plus grammaticaux », qui ont la plus grande extension et la compréhension la plus restreinte, jusqu’aux « plus lexicaux », dont l’extension est plus réduite et la compréhension plus riche. Pour une langue et pour une époque données, leur choix et leur classement dépendent de facteurs multiples, parmi lesquels les données culturelles et le principe d’économie jouent un rôle important. L’article analyse des constructions du type « X (à savoir:) Y », fréquentes en berbère (mais ailleurs aussi), dans lesquelles X, plus « grammatical » et plus rapidement disponible, mais moins précis, est explicité par Y plus « lexical ». | |
| 421–436 | Du suffixe -se à la conjonction si Les hypothétiques en Turc et leur traduction en français Selim YILMAZ Résumé |
| Nous proposons ici une étude morpho-syntaxique et énonciative des différentes subordonnées hypothétiques en turc et leur traduction en français. Dans un premier temps, nous établissons une classification des propositions hypothétiques à partir d’exemples extraits de corpus de langue parlée et écrite du turc contemporain (le turc de Turquie). Nous classons les hypothétiques selon la morphologie du verbe (V1) de la subordonnée (P1) en relation avec la morphologie du verbe (V2) de la principale (P2). En d’autres termes, le verbe de la P1 (celui qui contient le suffixe -se) est notre repère, alors que, le verbe de la P2 étant le repéré, sa morphologie se caractérise par rapport aux valeurs modo-temporelles du premier verbe. Dans un deuxième temps, nous interprétons les énoncés hypothétiques dans un cadre énonciatif, notamment les énoncés issus de l’oral spontané, afin d’analyser non seulement la position du suffixe -sedans le V1 et ses liens avec d’autres suffixes (en fonction des combinaisons possibles), mais aussi la relation syntactico-sémantique des deux verbes dans une structure ‘P1(V1+-se), P2 (V2)’ qui correspond en français à ‘Si P1, P2’. Nous fournissons bien entendu la traduction en français des énoncés hypothétiques en vue de comparer le fonctionnement de ces types d’énoncés dans les deux langues. | |
| 437–486 | Mouvements et clonages de voyelles en motlav Entre phonologie et morphologie Alexandre FRANÇOIS Résumé |
| Le seul article consacré à ce jour au motlav (Kasarhérou 1962) relevait, à la suite de Codrington, le phénomène de la copie vocalique: certains préfixes verraient leur voyelle systématiquement assimilée à celle du radical — ex. na- + vôy > nô-vôy. Nous montrons d'abord que cette règle ne concerne que la moitié du lexique, les radicaux de forme CV-, tandis que les autres (en CCV-) remplacent cette voyelle clonée par une voyelle fixe, sans copie. Après une hypothèse diachronique pour expliquer cette bipartition du lexique en deux grandes classes morphologiques (CV- vs. CCV-), le système phonologique est réanalysé en synchronie, suggérant de nouveaux outils théoriques pour représenter les faits observés. Ainsi, dans une approche autosegmentale, la notion de « phonème flottant » est réactualisée pour rendre compte du comportement de ces préfixes, et s'avère également féconde pour expliquer un autre phénomène du motlav, le transfert vocalique — ex. na- + hinag > ni-hnag. Enfin, l'insertion syllabique (mtig > mitig) donne la clef de tout le système, en permettant de transférer parmi les règles phonologiques des formes qui semblaient d'abord relever de la morphologie. Vowel Shifting and Cloning in Motlav (Vanuatu): Between Phonology and Morphology In his first account of motlav grammar, Codrington (1885), followed by Kasarhérou (1962), described the phonological rule of « vowel shifting »: a number of prefixes change their vowel into that of the following lexeme, e.g. na- + vôy > nô-vôy. We first show that this rule only accounts for half of the lexicon, namely CV- roots, whereas for CCV- roots no change occurs, leaving an unvarying vowel instead. After discussing a diachronic hypothesis in order to account for these two distinct morphological sets (ie CV- vs. CCV-), we try and reanalyse the whole system synchronically, thanks to newly defined theoretical tools. For instance, our choice of a multi-linear approach allows us to take into consideration the notion of « floating phoneme », in order to account for the behaviour of these prefixes; and the same notion appears to be efficient in analysing « vowel transfer » (e.g. na- + hinag > ni-hnag), another phonological rule of the same language. Last but not least, the rule for « syllabic epenthesis » (e.g. mtig > mitig) is the key to the whole system, through which certain so-called morphological categories prove to be entirely derivable from phonological patterns. | |