Sommaires du BSL

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Numéro 93/1 (1998)

PagesAuteursTitreLienRésumé
i–xxiv Procès-verbaux des séances Indisponible
1–40 Marc DÉCIMO La celtomanie au XIXe siècle Résumé
La celtomanie se définit comme l’obsession de voir une trace « celte » un peu partout et, en particulier, dans les langues, les individus, les monuments ou les pierres. Si les origines de ces spéculations ont été remarquablement étudiées, en revanche on ne s’est guère interrogé sur le passage de la celtomanie aux études celtiques durant la période où la linguistique se constitue comme science, au XIXe siècle. Comment de « celticiste » on devient « celtomane » ou « celtisant »? Par quel effet la terminologie rend-elle compte de l’avancée de la science et isole-t-elle dans un diagnostic un courant de pensée qui perdurait depuis quelques siècles? Opinions enfouies dans les théories du langage, les reconnaître impose de revisiter un passé et, surtout, de reconnaître les limites et les enjeux de ces « manies » que toute la science du XIXe (et du XXe) s’est évertuée à rejeter. Les exhumer présente-t-il aujourd’hui un intérêt autre qu’antiquaire; précipite-t-il le lecteur dans « un humour tout de réception » (par opposition à l’autre, celui d’émission) ou/et dans un jugement déjà confirmé qui tracerait les limites entre préscientifique et science? A la question de savoir ce que peut apporter aujourd’hui une lecture des écrits celtomaniaques fait écho l’idée de se demander s’il est possible d’en constituer l’histoire, une histoire de la linguistique celtomane?
41–58 Claude HAGÈGE Grammaire et cognition
Pour une participation de la linguistique des langues aux recherches cognitives
Indisponible
56–76 Christian TOURATIER Extraposition et structuration informative Résumé
L’extraposition est une fonction syntaxique, inconnue des grammaires scolaires, qui se définit comme un constituant immédiat de P qui est en même temps expansion de P. Au niveau informatif, elle a la propriété de faire du contenu du syntagme concerné non pas seulement un thème ou un topique, mais un support informatif de l’énoncé. Placée en fin de phrase, elle fait du constituant concerné un report informatif. Il faut la distinguer de la simple antéposition linéaire avec intonation descendante, qui, en allemand ou en français parlé, fait du constituamt concerné la partie centrale de l’apport de l’énoncé. Alors que cette antéposition ne peut concerner qu’un seul constituant de la phrase, il peut y avoir plusieurs constituants extraposés de suite, l’extraposition étant une fonction syntaxique récursive.
77–136 François JACQUESSON L'évolution et la stratification du lexique
Contribution à une théorie de l'évolution linguistique
Résumé
En 1978, Hagège et Haudricourt publiaient La phonologie panchronique. L’ouvrage repose sur l’idée du « cycle phonologique »: l’évolution phonologique tend d’un côté à raccourir les mots en multipliant les phonèmes afin de conserver les distinctions; de l’autre (ou ensuite) les mots se groupent quand les mots trop courts perdent en distinctivité, et alors les phonologies se simplifient à nouveau. Puis le cycle recommence. Le livre documente la phase de raccourcissement, et s’intéresse à la création des phonèmes. Je tente ici de documenter l’autre phase, celle de la création de mots longs, en étudiant dans trois groupes de langues (slaves, turk, tibéto-birmanes) la formation de couples racine + affixes. Je tente de monter, notamment sur l’exemple du lexique animalier, que le processus de création lexicale est indissociable de la perception que les locuteurs ont des catégories de leur lexique. Qu’il s’agisse de suffixes, comme en slave, et en turk, ou de préfixes, comme souvent en tibéto-birman, l’évolution à ce stade peut être fortuite au stade de l’innovation, mais elle est socialement contrôlée dans la gestion des catégories qui se mettent en place. L’opposition entre racine et affixe n’est donc pas celle du central et du périphérique, de l’essentiel et du phénoménal, mais une technique qui permet l’innovation lexicale par recombinaison des composants. En outre, j’essaie d’indiquer que la diffusion et le contrôle des innovations sont liés à la structure feuilletée des sociétés, où chaque locuteur, qui appartient à plusiers « milieux » sociaux à la fois, joue de la superposition de ses répertoires.
137–156 Régine DELAMOTTE-LEGRAND De l'hétérogénéité en acquisition
Positionnements et problématiques sociolinguistiques
Résumé
Il s’agit dans les limites de la présente contribution de mettre en perspective quelques pistes de recherche à la croisée des travaux en sociolinguistique et en acquisition du langage par l’enfant. Comme tout secteur de recherche, celui de l’appropriation du langage connaît des développements et des mutations. Les approches sociolinguistiques permettent de questionner autrement le terrain et d’apporter des modèles explicatifs spécifiques. Des exemples sont proposés sur la base de travaux menés dans le laboratoire Dynamiques Sociolangagières (DYALANG) de l’Université de Rouen.
157–180 Robert NICOLAÏ De l'origine des langues
Relectures
Résumé
« ... dès que la langue cesse d’être le véhicule d’une tradition, la notion de filiation perd toute pertinence »; avec cette remarque G. Manessy spécifiait le fondement de sa conception de la parenté généalogique. Il me paraît aujourd’hui opportun de considérer la question de l’évolution des langues et d’ouvrir l’horizon pour une meilleure saisie du changement linguistique en général; un bon moyen pour cela, c’est de partir du problème particulier de la constitution des langues où son approche et mes propres préoccupations se sont rencontrées. J’aborderai donc ce thème mais je déclinerai, en préalable, deux volets d’une réflexion sur la notion de « tradition » dont la présence en arrière-plan me paraît être évidente. J’ouvrirai ensuite le débat avec une interprétation générale du phénomène des convergences multiples que l’on nomme « alliance de langues » ou Sprachbund et j’achèverai mon propos en traçant un cadre d’analyse qui permette d’appréhender plus nettement la dynamique des langues et donc, accessoirement, les faits d’évolution.
181–210 Sophie MINON Le zêtacisme éléen
Z pour *d dans les inscriptions éléennes dialectales: trait phonétique ou graphique?
Résumé
Dans l'épigraphie grecque dialectale d'Olympie et de sa région, un tiers des inscriptions officielles datées entre ca 550 et ca 475/450 fait apparaître Ζ pour *d, à la place de Δ, tandis que le produit de *dj, de *g(w)j et d'une partie des *j initiaux est généralement noté Δ. Comme il est très vraisemblable que la lettre Ζ fut adoptée avec le reste de l'alphabet éléen pour noter initialement le stade palatalisé, encore distinct de (d)d, de l'évolution de *dj, on s'est demandé si le remploi de cette lettre pour *d n'indiquait pas la palatalisation de ce dernier phonème, plutôt que sa spirantisation, dont on avait fait le plus souvent l'hypothèse. Cependant, la difficulté de l'une et de l'autre de ces explications conduit à leur préférer une solution graphique.
211–228 Benjamín GARCÍA-HERNÁNDES Diathèse et aspect verbal dans les structures lexicales Résumé
Les catégories sémantiques de la diathèse et de l’aspect sont tout aussi fréquentes dans le lexique que dans la grammaire. On définit la diathèse comme une relation intersubjective dans un procès, dont les actants sont sujets des notions complémentaires tant au niveau lexical (magister docet .- discipulus discit) qu’au niveau grammatical (magister docet .- discipulus docetur). C’est dans cette structure diathétique que s’imbrique souvent l’aspect lexical comme une relation intrasubjective séquentielle (discipulus discit — scit), analogue à l’opposition grammaticale « infectum » — « perfectum » (discit — didicit). Complémentarité diathétique et séquence aspectuelle constituent des structures classématiques fondamentales dans la configuration des champs sémantiques.
229–288 Daniel PETIT À propos du lituanien Sámbaris
La racine ie. *bher- en baltique oriental
Résumé
La racine IE *bher-« porter » apparaît, dans les langues baltiques orientales, avec un sens particulier (lit. berti « verser, répandre »), qui ne se retrouve nulle part ailleurs, et aucune de ses formes n'a conservé son sens originel. On propose ici d'en trouver un vestige dans un lexème letto-lituanien *sám-bar- « collecte », connu à la fois au sens abstrait et comme désignation d'une fête païenne. Il est cependant peu vraisemblable que cette forme doive être rapprochée directement du slave suboru« rassemblement religieux, cathédrale » et puisse témoigner d'un culte commun remontant à la période de l'unité balto-slave.
289–322 Karmele ROTAETXE Structures des formes verbales finies en basque Résumé
Le basque est présenté comme une langue agglutinante, et la distribution des constituants de ses formes verbales plurivalentes comme un trait de sa structure. Cette structure distributionnelle semble obéir à plusieurs principes, dont celui de l'équilibre morphémique qui exige le déplacement de certains constituants. Par ailleurs, étant donné qu'une structure distributionnelle peut présenter des cases vides, je soutiens que le d- initial d'un grand nombre de formes verbales n'est pas un indice actanciel de patient (objet) — comme il est, en général, admis — mais un élément de remplissage d'une case vide (morphème nul) exigé par la distribution. Cette idée permet d'expliquer la constitution des formes du passé qui montrent une apparente scission de l'ergativité ainsi que l'accord en nombre objet-verbe, à propos duquel on propose unerègle explicite, pour la première fois. Le statut du d- entraîne une conséquence non mineure concernant les formes des verbes trivalents (du typeil me le donne, etc..) qui ne sont plus triactancielles, ce qui permet de rendre compte de deux usages très courants, tenus pour fautifs: l'emploi de formes trivalentes dans des procès bivalents et de formes bivalentes dans des procès trivalents. On mettra ces deux usages en rapport avec le statut dud-, élément non référentiel mais dont la présence a permis de parler de formes triactancielles. Par ailleurs, l'analyse des formes univalentes permet d'établir que d-(qui en fait aussi partie) n'est pas une marque de présent comme il a été soutenu dans différents travaux.
325–348 Sylvain KAHANE Le calcul des voix grammaticales Indisponible
i–xxiv Procès-verbaux des séances

1–40 La celtomanie au XIXe siècle
Marc DÉCIMO
Résumé
La celtomanie se définit comme l’obsession de voir une trace « celte » un peu partout et, en particulier, dans les langues, les individus, les monuments ou les pierres. Si les origines de ces spéculations ont été remarquablement étudiées, en revanche on ne s’est guère interrogé sur le passage de la celtomanie aux études celtiques durant la période où la linguistique se constitue comme science, au XIXe siècle. Comment de « celticiste » on devient « celtomane » ou « celtisant »? Par quel effet la terminologie rend-elle compte de l’avancée de la science et isole-t-elle dans un diagnostic un courant de pensée qui perdurait depuis quelques siècles? Opinions enfouies dans les théories du langage, les reconnaître impose de revisiter un passé et, surtout, de reconnaître les limites et les enjeux de ces « manies » que toute la science du XIXe (et du XXe) s’est évertuée à rejeter. Les exhumer présente-t-il aujourd’hui un intérêt autre qu’antiquaire; précipite-t-il le lecteur dans « un humour tout de réception » (par opposition à l’autre, celui d’émission) ou/et dans un jugement déjà confirmé qui tracerait les limites entre préscientifique et science? A la question de savoir ce que peut apporter aujourd’hui une lecture des écrits celtomaniaques fait écho l’idée de se demander s’il est possible d’en constituer l’histoire, une histoire de la linguistique celtomane?
41–58 Grammaire et cognition
Pour une participation de la linguistique des langues aux recherches cognitives

Claude HAGÈGE
56–76 Extraposition et structuration informative
Christian TOURATIER
Résumé
L’extraposition est une fonction syntaxique, inconnue des grammaires scolaires, qui se définit comme un constituant immédiat de P qui est en même temps expansion de P. Au niveau informatif, elle a la propriété de faire du contenu du syntagme concerné non pas seulement un thème ou un topique, mais un support informatif de l’énoncé. Placée en fin de phrase, elle fait du constituant concerné un report informatif. Il faut la distinguer de la simple antéposition linéaire avec intonation descendante, qui, en allemand ou en français parlé, fait du constituamt concerné la partie centrale de l’apport de l’énoncé. Alors que cette antéposition ne peut concerner qu’un seul constituant de la phrase, il peut y avoir plusieurs constituants extraposés de suite, l’extraposition étant une fonction syntaxique récursive.
77–136 L'évolution et la stratification du lexique
Contribution à une théorie de l'évolution linguistique

François JACQUESSON
Résumé
En 1978, Hagège et Haudricourt publiaient La phonologie panchronique. L’ouvrage repose sur l’idée du « cycle phonologique »: l’évolution phonologique tend d’un côté à raccourir les mots en multipliant les phonèmes afin de conserver les distinctions; de l’autre (ou ensuite) les mots se groupent quand les mots trop courts perdent en distinctivité, et alors les phonologies se simplifient à nouveau. Puis le cycle recommence. Le livre documente la phase de raccourcissement, et s’intéresse à la création des phonèmes. Je tente ici de documenter l’autre phase, celle de la création de mots longs, en étudiant dans trois groupes de langues (slaves, turk, tibéto-birmanes) la formation de couples racine + affixes. Je tente de monter, notamment sur l’exemple du lexique animalier, que le processus de création lexicale est indissociable de la perception que les locuteurs ont des catégories de leur lexique. Qu’il s’agisse de suffixes, comme en slave, et en turk, ou de préfixes, comme souvent en tibéto-birman, l’évolution à ce stade peut être fortuite au stade de l’innovation, mais elle est socialement contrôlée dans la gestion des catégories qui se mettent en place. L’opposition entre racine et affixe n’est donc pas celle du central et du périphérique, de l’essentiel et du phénoménal, mais une technique qui permet l’innovation lexicale par recombinaison des composants. En outre, j’essaie d’indiquer que la diffusion et le contrôle des innovations sont liés à la structure feuilletée des sociétés, où chaque locuteur, qui appartient à plusiers « milieux » sociaux à la fois, joue de la superposition de ses répertoires.
137–156 De l'hétérogénéité en acquisition
Positionnements et problématiques sociolinguistiques

Régine DELAMOTTE-LEGRAND
Résumé
Il s’agit dans les limites de la présente contribution de mettre en perspective quelques pistes de recherche à la croisée des travaux en sociolinguistique et en acquisition du langage par l’enfant. Comme tout secteur de recherche, celui de l’appropriation du langage connaît des développements et des mutations. Les approches sociolinguistiques permettent de questionner autrement le terrain et d’apporter des modèles explicatifs spécifiques. Des exemples sont proposés sur la base de travaux menés dans le laboratoire Dynamiques Sociolangagières (DYALANG) de l’Université de Rouen.
157–180 De l'origine des langues
Relectures

Robert NICOLAÏ
Résumé
« ... dès que la langue cesse d’être le véhicule d’une tradition, la notion de filiation perd toute pertinence »; avec cette remarque G. Manessy spécifiait le fondement de sa conception de la parenté généalogique. Il me paraît aujourd’hui opportun de considérer la question de l’évolution des langues et d’ouvrir l’horizon pour une meilleure saisie du changement linguistique en général; un bon moyen pour cela, c’est de partir du problème particulier de la constitution des langues où son approche et mes propres préoccupations se sont rencontrées. J’aborderai donc ce thème mais je déclinerai, en préalable, deux volets d’une réflexion sur la notion de « tradition » dont la présence en arrière-plan me paraît être évidente. J’ouvrirai ensuite le débat avec une interprétation générale du phénomène des convergences multiples que l’on nomme « alliance de langues » ou Sprachbund et j’achèverai mon propos en traçant un cadre d’analyse qui permette d’appréhender plus nettement la dynamique des langues et donc, accessoirement, les faits d’évolution.
181–210 Le zêtacisme éléen
Z pour *d dans les inscriptions éléennes dialectales: trait phonétique ou graphique?

Sophie MINON
Résumé
Dans l'épigraphie grecque dialectale d'Olympie et de sa région, un tiers des inscriptions officielles datées entre ca 550 et ca 475/450 fait apparaître Ζ pour *d, à la place de Δ, tandis que le produit de *dj, de *g(w)j et d'une partie des *j initiaux est généralement noté Δ. Comme il est très vraisemblable que la lettre Ζ fut adoptée avec le reste de l'alphabet éléen pour noter initialement le stade palatalisé, encore distinct de (d)d, de l'évolution de *dj, on s'est demandé si le remploi de cette lettre pour *d n'indiquait pas la palatalisation de ce dernier phonème, plutôt que sa spirantisation, dont on avait fait le plus souvent l'hypothèse. Cependant, la difficulté de l'une et de l'autre de ces explications conduit à leur préférer une solution graphique.
211–228 Diathèse et aspect verbal dans les structures lexicales
Benjamín GARCÍA-HERNÁNDES
Résumé
Les catégories sémantiques de la diathèse et de l’aspect sont tout aussi fréquentes dans le lexique que dans la grammaire. On définit la diathèse comme une relation intersubjective dans un procès, dont les actants sont sujets des notions complémentaires tant au niveau lexical (magister docet .- discipulus discit) qu’au niveau grammatical (magister docet .- discipulus docetur). C’est dans cette structure diathétique que s’imbrique souvent l’aspect lexical comme une relation intrasubjective séquentielle (discipulus discit — scit), analogue à l’opposition grammaticale « infectum » — « perfectum » (discit — didicit). Complémentarité diathétique et séquence aspectuelle constituent des structures classématiques fondamentales dans la configuration des champs sémantiques.
229–288 À propos du lituanien Sámbaris
La racine ie. *bher- en baltique oriental

Daniel PETIT
Résumé
La racine IE *bher-« porter » apparaît, dans les langues baltiques orientales, avec un sens particulier (lit. berti « verser, répandre »), qui ne se retrouve nulle part ailleurs, et aucune de ses formes n'a conservé son sens originel. On propose ici d'en trouver un vestige dans un lexème letto-lituanien *sám-bar- « collecte », connu à la fois au sens abstrait et comme désignation d'une fête païenne. Il est cependant peu vraisemblable que cette forme doive être rapprochée directement du slave suboru« rassemblement religieux, cathédrale » et puisse témoigner d'un culte commun remontant à la période de l'unité balto-slave.
289–322 Structures des formes verbales finies en basque
Karmele ROTAETXE
Résumé
Le basque est présenté comme une langue agglutinante, et la distribution des constituants de ses formes verbales plurivalentes comme un trait de sa structure. Cette structure distributionnelle semble obéir à plusieurs principes, dont celui de l'équilibre morphémique qui exige le déplacement de certains constituants. Par ailleurs, étant donné qu'une structure distributionnelle peut présenter des cases vides, je soutiens que le d- initial d'un grand nombre de formes verbales n'est pas un indice actanciel de patient (objet) — comme il est, en général, admis — mais un élément de remplissage d'une case vide (morphème nul) exigé par la distribution. Cette idée permet d'expliquer la constitution des formes du passé qui montrent une apparente scission de l'ergativité ainsi que l'accord en nombre objet-verbe, à propos duquel on propose unerègle explicite, pour la première fois. Le statut du d- entraîne une conséquence non mineure concernant les formes des verbes trivalents (du typeil me le donne, etc..) qui ne sont plus triactancielles, ce qui permet de rendre compte de deux usages très courants, tenus pour fautifs: l'emploi de formes trivalentes dans des procès bivalents et de formes bivalentes dans des procès trivalents. On mettra ces deux usages en rapport avec le statut dud-, élément non référentiel mais dont la présence a permis de parler de formes triactancielles. Par ailleurs, l'analyse des formes univalentes permet d'établir que d-(qui en fait aussi partie) n'est pas une marque de présent comme il a été soutenu dans différents travaux.
325–348 Le calcul des voix grammaticales
Sylvain KAHANE