Sommaires du BSL

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Numéro 92/1 (1997)

PagesAuteursTitreLienRésumé
i–xxiv Procès-verbaux des séances Indisponible
1–26 Gabriel BERGOUNIOUX La Société de Linguistique de Paris (1876-1914) Résumé
Après avoir trouvé son équilibre à partir de 1876 sous la direction de jeunes comparatistes spécialistes des langues indo-européennes, la Société de Linguistique de Paris devient le centre de référence des sciences du langage, accueillant des recherches qui sont peu représentées dans les facultés de lettres: la phonétique, la dialectologie et les argots, les langues celtiques, couchitiques ou « soudanaises ». L'analyse des communications et des contributions parues dans les Mémoires de la société permet de marquer quel fut le thème dominant des discussions vers 1870 (la grammaire historique du français), 1880 (la métrique et l'étymologie latines), 1890 (la dialectologie et l'étymologie grecques) et dans les années qui précédèrent la Première Guerre mondiale (le comparatisme indo-iranien et le déchiffrement). Cette « anabase » dans le temps et dans l'espace (de l'ancien français aux représentants archaïques du groupe indo-iranien) s'accomplit sous l'influence des deux premiers secrétaires: Bréal (1832-1915) et Meillet (1866-1936).
27–47 Pierre SWIGGERS Les fondements théoriques de la sociologie du langage
Marcel Cohen et l'approche sociale du langage
Résumé
La sociologie du langage est une discipline linguistique qui a une portée plus large que la sociolinguistique: elle prend pour objet les langues dans leur rapport (évolutif) avec les sociétés. L'importance théorique de la sociologie du langage reste largement méconnue, ce qui est en grande partie dû à un manque de familiarité avec les textes théoriques de base. Ceux-ci ne sont pas à chercher dans les écrits de K. Marx ou de F. Engels, mais sont constitués par des publications de linguistes français, appartenant à « l'école sociologique » qui s'est formée autour d'Antoine Meillet. Parmi les linguistes, c'est avant tout Marcel Cohen (1884-1974) qui s'est manifesté comme le maître à penser et c'est à lui qu'on doit une importante oeuvre de théorisation et de mise en pratique de cette sociologie du langage, appliquée aux langues sémitiques et au français. Dans cet article, nous étudions les principes théoriques de la sociologie du langage telle que Marcel Cohen l'a conçue. Nous analysons d'abord sa caractérisation de la sociologie du langage, dont l'objectif est de définir la nature sociale du langage et d'examiner les rapports existant entre le langage et la société. Si Marcel Cohen s'intéresse en premier lieu à ces rapports, il reconnaît aussi l'autonomie du système linguistique, en distinguant les aspects internes et les aspects externes. Ensuite nous passons à sa conception de la langue comme institution sociale et comme invention humaine: les deux propriétés se recouvrent dans la fonction communicative du langage. Or, cette fonction communicative n'est possible que grâce à une structuration autonome du langage, qui comporte des sous-systèmes ayant une pertinence sociale différenciée. La dernière partie de l'analyse est consacrée à la méthode interdisciplinaire de la sociologie du langage telle que Marcel Cohen l'a circonscrite: méthode qui s'inspire de la sociologie (de Durkheim et de Mauss), mais qui y ajoute des précautions essentielles; ces dernières se justifient par la complexité de l'objet d'étude, les langues humaines.
49–113 Igor MEL'ČUK Cas grammaticaux, construction verbale de base et voix en massaï
Vers une meilleure analyse des concepts
Résumé
Dans cet article, mon but est d'effectuer une analyse logique de deux concepts importants de linguistique générale: le cas et la voix, en me basant sur les faits de la langue massaï, parlée en Afrique de l'Est (groupe nilotique oriental). Le cas et la voix sont étroitement liés: le cas du nom N marque les différents rôles syntaxiques de surface [=SyntS] qu'un groupe nominal [=GN] formé par ce N peut jouer par rapport à son gouverneur, tandis que la voix du verbe V détermine le rôle SyntS qu'un GN qui dépend de V doit jouer par rapport à V. Bien que le cas soit exprimé dans le nom dépendant N, et la voix dans le verbe gouverneur V, ils visent tous les deux le rôle SyntS de N par rapport à V. Voilà pourquoi je crois nécessaire de considérer ces deux catégories flexionnelles ensemble. De plus, l'étude de la voix conduit inévitablement à l'étude de la construction verbale de base de la langue en question, à savoir la construction prédicative constituée d'un verbe dans sa forme « primaire » et de son sujet SyntS (plus les compléments d'objet, le cas échéant). Enfin, pour bien situer les voix spécifiques présentes en massaï, j'ai besoin d'un calcul universel des voix. Je me donne donc les quatre objectifs suivants, dont chacun sera traité dans une section à part:
-Le cas en massaï.
-La construction verbale de base en massaï.
-La voix en massaï.
-Le calcul des grammènes de voix possibles dans les langues humaines.
115–136 Gilbert LAZARD Actance, diathèse: questions de définition
Pour engager le dialogue avec Igor Mel'čuk
Résumé
La notion de structure d'actance, en particulier de structure ergative, ainsi que les notions de diathèse et de voix sont entendues de manières fort diverses dans la littérature linguistique courante et généralement définies trop vaguement. Mel'čuk a raison d'insister sur la nécessité de les définir rigoureusement. Dans le présent article, les définitions proposées par cet auteur sont discutées en détail. D'autres définitions sont proposées, qui se veulent aussi rigoureuses et moins influencées par la tradition grammaticale issue de l'étude des langues indo-européennes.
137–154 Laurent DANON-BOILEAU L'apport de l'étude des troubles du langage à la linguistique générale
Réflexions sur la deixis, la négation et l'actance
Résumé
L'article montre l'intérêt d'une réflexion sur la pathologie de l'acquisition pour la linguistique générale. Deux domaines sont retenus: la négation, l'actance. Un premier exemple montre que pour faire référence à un objet, un manque peut constituer une saillance cognitive plus aisée à verbaliser que toute propriété positive: comment entendre alors le présupposé censément évident qui veut que l'affirmation « précède » la négation? Un autre, fondé sur l'analyse du système pronominal d'un enfant francophone fortement dysphasique, montre que l'actance peut s'interpréter comme une marque locale, au niveau de l'énoncé, d'une organisation discursive globale.
155–206 Robert FOREST Les désordres de l'épithète
Qualification, détermination, occurence
Résumé
Après avoir défini l'ordre de base de la détermination repérable en chaque langue, on étudie les syntagmes (non prédicatifs) de qualification qui, dans de nombreuses langues, paraissent contredire l'attente: soit que le qualifiant occupe la place du déterminé et le qualifié, celle du déterminant, dans un syntagme de détermination conforme à l'ordre de base; soit que certaines qualifications donnent lieu à des syntagmes déterminatifs à séquence inversée par rapport à d'autres syntagmes « normaux »; soit que la qualification doive s'exprimer, non dans un syntagme de détermination, mais dans un syntagme appositif; soit même qu'il n'y ait pas de syntagmes, mais seulement des synthèmes (composés) qualificatifs. On montre que le facteur décisif est dans chaque cas la mise en avant d'un trait sémantique occurrentiel pour le qualifiant, trait opposé à un trait caractérisant dans une polarité inhérente virtuellement à toute qualification, même si les langues ne l'actualisent pas toujours. Cette mise en avant s'opère dans une relative indifférence à l'égard de l'appartenance catégorielle des termes qualifiants.
207–243 Annie RIALLAND Le parcours du 'downstep' ou l'évolution d'une notion Résumé
Cet article retrace l'histoire du « downstep » (ou abaissement de registre tonal) qui a débuté il y a plus d'un siècle. Cette notion, importante dans les études prosodiques actuelles, s'est développée dans un aller et retour constant entre études de terrain et modèles théoriques. Son évolution a également été liée à celle des modèles phonologiques, en particulier au développement des conceptions multilinéaires actuelles. De fait, le parcours du « downstep » nous conduit au coeur même de l'histoire de la phonologie, de la conception unilinéaire des sons du langage qui a prévalu jusqu'à la fin des années soixante-dix, de l'évolution du traitement des faits suprasegmentaux, de la formation de modèles à plusieurs lignes, etc. Son histoire a été fondamentalement déterminée par sa nature non segmentale, c'est-à-dire non réductible à la taille d'une consonne, d'une voyelle ou d'un ton.
« Le parcours du 'downstep' » s'étend également du point de vue géographique: sa naissance a été africaine mais il a connu une large diffusion, favorisée par certains modèles théoriques et il est maintenant utilisé dans l'analyse d'un grand nombre de langues de familles diverses (somali, anglais, néerlandais, français, japonais...).
Son long périple, son identification dans des systèmes prosodiques très divers ont évidemment modifié le contenu même de la notion de downstep. Depuis la reconnaissance de Christaller (1875) d'un ton haut « abaissé », qui reste un ton haut et ne devient pas un ton moyen, la notion de downstep s'est progressivement - et difficilement - détachée de celle de ton moyen. Elle a été mise en rapport, dans certaines langues, avec des tons dits « flottants » (notion qui a été formée dans les années soixante). Ultérieurement, le rôle démarcatif et hiérarchisant du downstep a été mis en évidence dans des systèmes divers. Sa nature phonétique a été précisée et il apparaît de plus en plus qu'il ne consiste pas uniquement en un abaissement de registre mais qu'il met aussi en jeu des anticipations et des relèvements de registres (au point que certains auteurs se demandent actuellement s'il y a même rebaissement). Des emboîtements de downsteps - à valeur hiérarchique - ont également été dégagés.
L'histoire de cette notion n'est pas close et la notion de downstep peut encore évoluer, surtout, du fait de l'accroissement actuel des études portant sur les registres (leur translation, leur expansion, leur rôle...) dans la modélisation de la prosodie.
245–267 Egbert TÜRK Particules énonciatives, prosodie et message
À propos du sketch de Zouc: Les amoureux
Résumé
Parmi les genres de discours qui ont la faveur du grand public figure en bonne position le shetch. Présenté sur scène par des comédiens ou des comédiennes, ce type de monologue dialoguant mobilise à la fois les ressources verbales et non verbales des artistes. Si dans les productions de Zouc le mimo-gestuel occupe une place considérable, la comédienne, pour faire passer son message, ne néglige pas pour autant deux moyens précieux que lui offre la langue: les particules énonciatives et la prosodie. Combinés, ces deux ordres se révèlent souvent plus efficaces que le verbal dans une acception étroite du terme.
269–293 Martine VANHOVE Un marqueur polysémique en maltais: għad (/°ād/) Résumé
La particule għad est un héritage du fonds arabe du maltais, tant dans sa forme que dans la plupart de ses fonctionnements et constructions syntaxiques. Selon les contextes, la particule contribue à fournir les sens de « encore », « ne pas encore » ou « ne plus », entre dans la formation d'une locution conjonctive à valeur concessive, sert à exprimer une valeur de parfait, avec référence temporelle de passé proche (« venir juste de »). Elle peut aussi introduire une valeur de futur certain, quoique vague et lointain, ou conférer une valeur modale de doute et d'appréhension. Sous tous ses emplois et valeurs apparemment disparates, on tentera de dégager un invariant sémantique. Une discussion sur le rapport historique entre cette particule et le verbe « dire », issus de la même racine ʕWD, est proposée. Pour resituer les emplois de la particule en maltais dans leur contexte historico-linguistique, des comparaisons avec d'autres dialectes arabes sont faites, à chaque fois que la documentation le permet, et avec l'italien lorsque cela s'avère nécessaire.
295–310 Sylvain VOGEL L'expression du temps en khmer moderne
Les marqueurs kāl bī et nau
Résumé
Les termes kāl bī et nau sont deux marqueurs de temps du khmer. kāl bī détermine le point initial d'une ligne temporelle orientée vers le moment de l'énonciation pris comme repère. kāl bī détermine donc un moment tout à la fois antérieur au moment de l'énonciation et « en prise » sur ce dernier. nau en revanche ne désigne pas un moment affecté intrinsèquement d'un point de repère fixe, le moment désigné par nau dépend du contexte et de considérations pragmatiques. nau peut déterminer un moment antérieur, simultané ou postérieur au moment de l'enonciation, ou un temps virtuel « déconnecté » par rapport à la situation d'énonciation.
313–321 Guy SERBAT L'autre face de N.S. Troubetzkoy
(à propos s d'un livre récent de P. Sériot)
Indisponible
i–xxiv Procès-verbaux des séances

1–26 La Société de Linguistique de Paris (1876-1914)
Gabriel BERGOUNIOUX
Résumé
Après avoir trouvé son équilibre à partir de 1876 sous la direction de jeunes comparatistes spécialistes des langues indo-européennes, la Société de Linguistique de Paris devient le centre de référence des sciences du langage, accueillant des recherches qui sont peu représentées dans les facultés de lettres: la phonétique, la dialectologie et les argots, les langues celtiques, couchitiques ou « soudanaises ». L'analyse des communications et des contributions parues dans les Mémoires de la société permet de marquer quel fut le thème dominant des discussions vers 1870 (la grammaire historique du français), 1880 (la métrique et l'étymologie latines), 1890 (la dialectologie et l'étymologie grecques) et dans les années qui précédèrent la Première Guerre mondiale (le comparatisme indo-iranien et le déchiffrement). Cette « anabase » dans le temps et dans l'espace (de l'ancien français aux représentants archaïques du groupe indo-iranien) s'accomplit sous l'influence des deux premiers secrétaires: Bréal (1832-1915) et Meillet (1866-1936).
27–47 Les fondements théoriques de la sociologie du langage
Marcel Cohen et l'approche sociale du langage

Pierre SWIGGERS
Résumé
La sociologie du langage est une discipline linguistique qui a une portée plus large que la sociolinguistique: elle prend pour objet les langues dans leur rapport (évolutif) avec les sociétés. L'importance théorique de la sociologie du langage reste largement méconnue, ce qui est en grande partie dû à un manque de familiarité avec les textes théoriques de base. Ceux-ci ne sont pas à chercher dans les écrits de K. Marx ou de F. Engels, mais sont constitués par des publications de linguistes français, appartenant à « l'école sociologique » qui s'est formée autour d'Antoine Meillet. Parmi les linguistes, c'est avant tout Marcel Cohen (1884-1974) qui s'est manifesté comme le maître à penser et c'est à lui qu'on doit une importante oeuvre de théorisation et de mise en pratique de cette sociologie du langage, appliquée aux langues sémitiques et au français. Dans cet article, nous étudions les principes théoriques de la sociologie du langage telle que Marcel Cohen l'a conçue. Nous analysons d'abord sa caractérisation de la sociologie du langage, dont l'objectif est de définir la nature sociale du langage et d'examiner les rapports existant entre le langage et la société. Si Marcel Cohen s'intéresse en premier lieu à ces rapports, il reconnaît aussi l'autonomie du système linguistique, en distinguant les aspects internes et les aspects externes. Ensuite nous passons à sa conception de la langue comme institution sociale et comme invention humaine: les deux propriétés se recouvrent dans la fonction communicative du langage. Or, cette fonction communicative n'est possible que grâce à une structuration autonome du langage, qui comporte des sous-systèmes ayant une pertinence sociale différenciée. La dernière partie de l'analyse est consacrée à la méthode interdisciplinaire de la sociologie du langage telle que Marcel Cohen l'a circonscrite: méthode qui s'inspire de la sociologie (de Durkheim et de Mauss), mais qui y ajoute des précautions essentielles; ces dernières se justifient par la complexité de l'objet d'étude, les langues humaines.
49–113 Cas grammaticaux, construction verbale de base et voix en massaï
Vers une meilleure analyse des concepts

Igor MEL'ČUK
Résumé
Dans cet article, mon but est d'effectuer une analyse logique de deux concepts importants de linguistique générale: le cas et la voix, en me basant sur les faits de la langue massaï, parlée en Afrique de l'Est (groupe nilotique oriental). Le cas et la voix sont étroitement liés: le cas du nom N marque les différents rôles syntaxiques de surface [=SyntS] qu'un groupe nominal [=GN] formé par ce N peut jouer par rapport à son gouverneur, tandis que la voix du verbe V détermine le rôle SyntS qu'un GN qui dépend de V doit jouer par rapport à V. Bien que le cas soit exprimé dans le nom dépendant N, et la voix dans le verbe gouverneur V, ils visent tous les deux le rôle SyntS de N par rapport à V. Voilà pourquoi je crois nécessaire de considérer ces deux catégories flexionnelles ensemble. De plus, l'étude de la voix conduit inévitablement à l'étude de la construction verbale de base de la langue en question, à savoir la construction prédicative constituée d'un verbe dans sa forme « primaire » et de son sujet SyntS (plus les compléments d'objet, le cas échéant). Enfin, pour bien situer les voix spécifiques présentes en massaï, j'ai besoin d'un calcul universel des voix. Je me donne donc les quatre objectifs suivants, dont chacun sera traité dans une section à part:
-Le cas en massaï.
-La construction verbale de base en massaï.
-La voix en massaï.
-Le calcul des grammènes de voix possibles dans les langues humaines.
115–136 Actance, diathèse: questions de définition
Pour engager le dialogue avec Igor Mel'čuk

Gilbert LAZARD
Résumé
La notion de structure d'actance, en particulier de structure ergative, ainsi que les notions de diathèse et de voix sont entendues de manières fort diverses dans la littérature linguistique courante et généralement définies trop vaguement. Mel'čuk a raison d'insister sur la nécessité de les définir rigoureusement. Dans le présent article, les définitions proposées par cet auteur sont discutées en détail. D'autres définitions sont proposées, qui se veulent aussi rigoureuses et moins influencées par la tradition grammaticale issue de l'étude des langues indo-européennes.
137–154 L'apport de l'étude des troubles du langage à la linguistique générale
Réflexions sur la deixis, la négation et l'actance

Laurent DANON-BOILEAU
Résumé
L'article montre l'intérêt d'une réflexion sur la pathologie de l'acquisition pour la linguistique générale. Deux domaines sont retenus: la négation, l'actance. Un premier exemple montre que pour faire référence à un objet, un manque peut constituer une saillance cognitive plus aisée à verbaliser que toute propriété positive: comment entendre alors le présupposé censément évident qui veut que l'affirmation « précède » la négation? Un autre, fondé sur l'analyse du système pronominal d'un enfant francophone fortement dysphasique, montre que l'actance peut s'interpréter comme une marque locale, au niveau de l'énoncé, d'une organisation discursive globale.
155–206 Les désordres de l'épithète
Qualification, détermination, occurence

Robert FOREST
Résumé
Après avoir défini l'ordre de base de la détermination repérable en chaque langue, on étudie les syntagmes (non prédicatifs) de qualification qui, dans de nombreuses langues, paraissent contredire l'attente: soit que le qualifiant occupe la place du déterminé et le qualifié, celle du déterminant, dans un syntagme de détermination conforme à l'ordre de base; soit que certaines qualifications donnent lieu à des syntagmes déterminatifs à séquence inversée par rapport à d'autres syntagmes « normaux »; soit que la qualification doive s'exprimer, non dans un syntagme de détermination, mais dans un syntagme appositif; soit même qu'il n'y ait pas de syntagmes, mais seulement des synthèmes (composés) qualificatifs. On montre que le facteur décisif est dans chaque cas la mise en avant d'un trait sémantique occurrentiel pour le qualifiant, trait opposé à un trait caractérisant dans une polarité inhérente virtuellement à toute qualification, même si les langues ne l'actualisent pas toujours. Cette mise en avant s'opère dans une relative indifférence à l'égard de l'appartenance catégorielle des termes qualifiants.
207–243 Le parcours du 'downstep' ou l'évolution d'une notion
Annie RIALLAND
Résumé
Cet article retrace l'histoire du « downstep » (ou abaissement de registre tonal) qui a débuté il y a plus d'un siècle. Cette notion, importante dans les études prosodiques actuelles, s'est développée dans un aller et retour constant entre études de terrain et modèles théoriques. Son évolution a également été liée à celle des modèles phonologiques, en particulier au développement des conceptions multilinéaires actuelles. De fait, le parcours du « downstep » nous conduit au coeur même de l'histoire de la phonologie, de la conception unilinéaire des sons du langage qui a prévalu jusqu'à la fin des années soixante-dix, de l'évolution du traitement des faits suprasegmentaux, de la formation de modèles à plusieurs lignes, etc. Son histoire a été fondamentalement déterminée par sa nature non segmentale, c'est-à-dire non réductible à la taille d'une consonne, d'une voyelle ou d'un ton.
« Le parcours du 'downstep' » s'étend également du point de vue géographique: sa naissance a été africaine mais il a connu une large diffusion, favorisée par certains modèles théoriques et il est maintenant utilisé dans l'analyse d'un grand nombre de langues de familles diverses (somali, anglais, néerlandais, français, japonais...).
Son long périple, son identification dans des systèmes prosodiques très divers ont évidemment modifié le contenu même de la notion de downstep. Depuis la reconnaissance de Christaller (1875) d'un ton haut « abaissé », qui reste un ton haut et ne devient pas un ton moyen, la notion de downstep s'est progressivement - et difficilement - détachée de celle de ton moyen. Elle a été mise en rapport, dans certaines langues, avec des tons dits « flottants » (notion qui a été formée dans les années soixante). Ultérieurement, le rôle démarcatif et hiérarchisant du downstep a été mis en évidence dans des systèmes divers. Sa nature phonétique a été précisée et il apparaît de plus en plus qu'il ne consiste pas uniquement en un abaissement de registre mais qu'il met aussi en jeu des anticipations et des relèvements de registres (au point que certains auteurs se demandent actuellement s'il y a même rebaissement). Des emboîtements de downsteps - à valeur hiérarchique - ont également été dégagés.
L'histoire de cette notion n'est pas close et la notion de downstep peut encore évoluer, surtout, du fait de l'accroissement actuel des études portant sur les registres (leur translation, leur expansion, leur rôle...) dans la modélisation de la prosodie.
245–267 Particules énonciatives, prosodie et message
À propos du sketch de Zouc: Les amoureux

Egbert TÜRK
Résumé
Parmi les genres de discours qui ont la faveur du grand public figure en bonne position le shetch. Présenté sur scène par des comédiens ou des comédiennes, ce type de monologue dialoguant mobilise à la fois les ressources verbales et non verbales des artistes. Si dans les productions de Zouc le mimo-gestuel occupe une place considérable, la comédienne, pour faire passer son message, ne néglige pas pour autant deux moyens précieux que lui offre la langue: les particules énonciatives et la prosodie. Combinés, ces deux ordres se révèlent souvent plus efficaces que le verbal dans une acception étroite du terme.
269–293 Un marqueur polysémique en maltais: għad (/°ād/)
Martine VANHOVE
Résumé
La particule għad est un héritage du fonds arabe du maltais, tant dans sa forme que dans la plupart de ses fonctionnements et constructions syntaxiques. Selon les contextes, la particule contribue à fournir les sens de « encore », « ne pas encore » ou « ne plus », entre dans la formation d'une locution conjonctive à valeur concessive, sert à exprimer une valeur de parfait, avec référence temporelle de passé proche (« venir juste de »). Elle peut aussi introduire une valeur de futur certain, quoique vague et lointain, ou conférer une valeur modale de doute et d'appréhension. Sous tous ses emplois et valeurs apparemment disparates, on tentera de dégager un invariant sémantique. Une discussion sur le rapport historique entre cette particule et le verbe « dire », issus de la même racine ʕWD, est proposée. Pour resituer les emplois de la particule en maltais dans leur contexte historico-linguistique, des comparaisons avec d'autres dialectes arabes sont faites, à chaque fois que la documentation le permet, et avec l'italien lorsque cela s'avère nécessaire.
295–310 L'expression du temps en khmer moderne
Les marqueurs kāl bī et nau

Sylvain VOGEL
Résumé
Les termes kāl bī et nau sont deux marqueurs de temps du khmer. kāl bī détermine le point initial d'une ligne temporelle orientée vers le moment de l'énonciation pris comme repère. kāl bī détermine donc un moment tout à la fois antérieur au moment de l'énonciation et « en prise » sur ce dernier. nau en revanche ne désigne pas un moment affecté intrinsèquement d'un point de repère fixe, le moment désigné par nau dépend du contexte et de considérations pragmatiques. nau peut déterminer un moment antérieur, simultané ou postérieur au moment de l'enonciation, ou un temps virtuel « déconnecté » par rapport à la situation d'énonciation.
313–321 L'autre face de N.S. Troubetzkoy
(à propos s d'un livre récent de P. Sériot)

Guy SERBAT